L’Ostéo4pattes

44B - Dunne : le cervelet qui démange

Créé le : samedi 5 mars 2016 par Magali Charve Biot

Dernière modificaton le : vendredi 12 mai 2017

A. Préambule

Dunne est une chienne Cavalier King Charles Spaniel tricolore de 5 ans pesant 10,4 kg, qui est présentée en consultation d’ostéopathie le 14 février 2013 pour problèmes récurrents de démangeaisons au niveau du cou et une forte suspicion de syringomyélie. Dunne

B. Anamnèse

Depuis ses 10 mois, Dunne passe son temps à se gratter l’oreille, la base du cou et l’entrée de poitrine à gauche.

L’accentuation récente des symptômes, obligeant Dunne à s’arrêter toutes les deux ou trois foulées afin de se gratter, entraine une gène considérable lors des ballades à l’extérieur, et pousse sa propriétaire à évoquer la chose à son vétérinaire traitant. Décontenancé par l’inefficacité de tout traitement mis en place (topiques locaux, cortisone par voie générale…), celui-ci décide de référer la chienne pour avoir un avis dermatologique.

Au cours de la consultation de dermatologie, la spécialiste constate que la peau de Dunne ne présente aucune lésion. Elle réalise des cytologies au niveau de la peau du cou et des conduits auditifs, des raclages cutanés, des scotch-tests et une culture mycologique afin de ne négliger aucune piste. La totalité des examens réalisés reviennent négatifs. A cette occasion, il est constaté que ce prurit sine materia se manifeste systématiquement lorsque l’on stimule Dunne dans le cou, côté gauche.

Face à ce tableau clinique, à la date d’apparition et à l’évolution des symptômes, et aux prédispositions connues pour le Cavalier King Charles, il est envisagé de référer la chienne dans un centre d’imagerie afin de confirmer l’hypothèse principale de syringomyélie. Non seulement l’IRM permettrait de façon certaine de confirmer ou d’infirmer l’hypothèse de syringomyélie, mais elle pourrait surtout renseigner sur la présence d’un engagement du cervelet dans le foramen magnum quasi omniprésent chez le Cavalier King Charles (« syndrome de Chiari »).

C. Déroulement de la première consultation ostéopathique

Lors de la première consultation d’ostéopathie, la propriétaire de Dunne avoue ne pas avoir voulu entreprendre de gros frais d’imagerie médicale pour le moment, préférant attendre de voir ce que permettra l’ostéopathie.

L’examen clinique est normal. Dunne présente une légère rotation à gauche de la tête, ainsi qu’une incurvation globale du corps sur la gauche. A l’examen orthopédique, aucune douleur n’est mise en évidence, par contre, une légère raideur du cou et une relative intolérance à la mise en flexion, en latéroflexion droite et en rotation droite de la colonne cervicale est mise en évidence. Toute stimulation tactile de la partie gauche du cou et toute tentative d’observation de l’oreille gauche se solde d’un reflexe de grattage avec le postérieur gauche. Lorsqu’ elle marche librement dans la salle de consultation, Dunne ne présente aucun problème, par contre, dès que sa propriétaire la met en laisse, elle s’arrête toutes les deux ou trois foulées pour se gratter à gauche. Dunne, tête penchée

A l’examen ostéopathique, Dunne présente :

• Un cervelet en restriction, caudal ventral.

• De fortes tensions de membrane sur la faux du cerveau et la tente du cervelet bloquées en position caudales ventrales en arrière du crane.

• Une SSB (Symphyse Sphéno-Basilaire) en flexion.

• Une C1 en rotation gauche.

• Une C2 en ESRg.

• Une C7 en ERSg.

• Une Force de Traction Médullaire (FTM) élevée

La restriction du cervelet et sa position bloquée en caudal et ventral tirent sur les membranes réciproques et les bloquent elles aussi en arrière. De ce fait, les tensions se répercutent sur l’ethmoïde et le sphénoïde par les insertions de ces membranes réciproques et entrainent la restriction de mobilité en flexion de la SSB. L’engagement probable du cervelet dans le foramen magnum conforte les tensions dure-mériennes le long de l’axe vertébral, créant une adaptation de position des premières vertèbres cervicales, se répercutant probablement tout le long de la colonne si on se réfère à la position globalement incurvée à gauche de la chienne.

Selon le docteur Cauzinille, neurochirurgien à l’hôpital de Frégis, le syndrome de Chiari aurait pour origine une inadéquation de taille entre les structures crâniennes dures et le cerveau. En effet, chez les petites races brachycéphales, la cavité crânienne est parfois trop étroite, ce qui entraine l’extériorisation d’une partie du cervelet par le grand trou de l’occiput et une mauvaise circulation du liquide cérébrospinal.

Il se créerait des cavités (syrinx) au sein de la moelle épinière. Ces cavités liquidiennes, appuyant sur les structures nerveuses centrales seraient à l’origine de sensations de brulures, démangeaisons, picotements qui provoquent des réactions de grattages entre les épaules voire dans le vide chez les chiens atteints. A des stades plus avancés, les douleurs engendrées par cette anomalie peuvent être indicatives d’euthanasie.

L’examen ostéopathique semble donc bien aller dans le sens de l’hypothèse diagnostique de syringomyélie.

D. Traitement ostéopathique

Dans le cas de Dunne, où il est fortement suspecté une lésion d’engagement du cervelet dans le foramen magnum, il semble illusoire de croire que l’ostéopathie puisse guérir la chienne, par contre, il semble important d’essayer de limiter les tensions afférentes afin de minimiser les symptômes. Pour ce faire, un relâchement de la FTM est entrepris dans un premier temps par un abord tissulaire au niveau du sacrum.

Un travail sur les membranes intra crâniennes est alors entrepris afin de finir d’en lever les tensions, puis un travail en MRP sur le cervelet afin de lui redonner un peu de mobilité.

Pour finir, un travail en myotensif indirect sur chacune des vertèbres présentant une dysfonction permet de libérer les tensions le long de la colonne. Le choix des techniques indirectes est pour privilégier le confort de la chienne, qui rechignait en début de séance à aller dans le sens de la flexion et de la rotation et latéroflexion droite.

A l’issue de la manipulation, l’harmonie de la correction sur l’axe cranio sacré est vérifiée.

Dans les cas de « syndromes de Chiari » avérés et douloureux, le docteur Rusbridge conseille un traitement chirurgical visant à tronquer la partie basse de l’occiput afin de libérer les pressions sur le cervelet. Dans les cas moins extrêmes, il peut être envisagé de mettre en place un traitement médical à base de molécules diminuant la sécrétion de LCR (Liquide Céphalo-Rachidien), diminuant la douleur, ou à base de cortisone.

Boisseleau rapporte que chez l’humain, il est parfois tenté la section du filum terminale afin de réduire les tensions de tractions induites par les membranes méningées dans les cas de malformation de Chiari avérée. Ceci reste expérimental chez l’animal.

Dunne ne manifestant aucune douleur, cette éventualité de traitement est exposée à sa propriétaire, mais non suggérée pour le moment.

E. Suivi

Il est tout d’abord conseillé à la propriétaire de Dunne de privilégier les promenades sans laisse autant que possible, et lorsque cela s’avère impossible, d’opter pour un harnais plutôt qu’un collier.

Il est ensuite clairement exposé à la propriétaire de Dunne que dans le cas d’un syndrome de Chiari avéré avec engagement du cervelet dans le foramen magnum, l’ostéopathie ne permettra pas une remise en place du cervelet, mais simplement une levée des tensions afférentes.

Elle doit aussi entendre que le corps de Dunne tendra à se réorganiser autour de la lésion, et qu’il est fortement probable que nous devions nous revoir régulièrement à la reprise des symptômes.

F. Evolution du cas

Dunne est amenée en contrôle en mars, un mois après la consultation initiale. Après un mieux de quelques jours, les symptômes ont rapidement repris. A la consultation, les mêmes dysfonctions sont mises en évidence. Les mêmes corrections sont entreprises et des réserves sont émises sur l’efficacité du traitement entrepris.

Au mois d’avril, les nouvelles téléphoniques sont bonnes. Dunne peut à nouveau marcher en laisse avec le harnais sans s’arrêter pour se gratter. La chienne reprend goût aux jeux avec d’autres chiens et montre plus d’entrain lors des sorties.

Dunne est revue au mois de juin pour reprise des grattages depuis 10 jours lors des ballades en laisse. A ce moment là, seul le cervelet et la SSB sont en dysfonction, la FTM est aussi à nouveau élevée.

Après un an de silence, Dunne est à nouveau amenée en juillet 2014. Celle-ci est asymptomatique sauf lorsqu’on lui stimule le côté gauche du cou, mais sa propriétaire préfère la remontrer une fois par an. Les tensions sont toujours présentes sur les membranes de tension réciproque, le cervelet et les cervicales, mais dans des proportions moins importantes.

G. Synthèse et discussion

A la frustration d’une absence de diagnostic de certitude, s’est ajouté le sentiment d’échec à l’issue de la première consultation. Puis au fil du temps, force est de constater que l’ostéopathie permet à Dunne de vivre et fonctionner normalement, malgré une pathologie relativement invalidante.

H. Conclusion

Venue pour un problème de démangeaisons gênant sa locomotion, Dunne s’est vue améliorée par l’ostéopathie. Même si celle ci ne permet pas de solutionner la pathologie dont souffre probablement Dunne, elle lui donne un confort de vie agréable, malgré la réinstallation systématique des tensions.

Bibliographie

✓ L. Cauzinille :« Le syndrome syringomyélie du Cavalier King Charles » Pratique médicale & chirurgicale de l’animal de compagnie 2004, vol. 39, no3, pp. 15-19

✓ Rusbridge C, Jeffery, NJ : Pain mechanisms and treatment in Chiari malformation and syringomyelia in the dog. In press The Veterinary Journal 2007, 10.1016.

✓ Boisseleau, A. (2012). La Force de Traction Médullaire : Etude bibliographique. Thèse de doctorat vétérinaire, Faculté de Médecine, Nantes. ONIRIS : Ecole Nationale Vétérinaire, Agroalimentaire et de l’Alimentation Nantes Atlantique, 95-115.



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