L’Ostéo4pattes

VIGGO : boiterie du postérieur gauche

Un exemple de complémentarité entre allopathie et ostéopathie pour le foie.
Créé le : vendredi 14 octobre 2016 par Mylene Lemaire

Dernière modificaton le : lundi 10 octobre 2016

Viggo est un croisé Fox et Jack Russell Terrier mâle de 10,5 ans, référé en consultation d’ostéopathie le 13 décembre 2014, pour boiterie du membre postérieur gauche.

Anamnèse

Viggo a été vu par une consoeur, le 9 octobre, pour boiterie du postérieur gauche qui est apparue 10 jours auparavant, suite à un séjour en pension. Exceptée une petite gène lors de l’extension de la hanche, Viggo ne présentait aucune douleur sur le postérieur gauche. Il a reçu un traitement à base d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (meloxicam, Meloxidyl®) pendant 5 jours et un complément alimentaire à base de glucosamine, chondroïtine sulfate et curcuma (Seraquin®) pour un 1 mois.

Deux mois plus tard, la boiterie du postérieur gauche étant toujours présente (malgré un renouvellement de la prescription en novembre), il est référé en consultation ostéopathique.

Première consultation ostéopathique le 13/12/2014

A l’examen clinique, Viggo présente un bon état général, ses constantes cardio-respiratoires sont normales et il n’a pas de fièvre. La démarche est raide. A la palpation, la zone lombaire est tendue et douloureuse. Un léger défaut d’appui du postérieur gauche et une amyotrophie modérée de la cuisse sont observés.
Les propriétaires rapportent un accident ancien (2006), au cours duquel un autre chien lui serait tombé dessus. Cet accident avait occasionné une algie importante du bas du dos, qui avait été traitée à l’aide de glucocorticoïdes.

Il est également noté, la présence d’un gonflement modéré dans la région péri-anale.

En fait, Viggo est suivi depuis mars 2014 pour une sacculite gauche récidivante accompagnée d’une inflammation intermittente du pourtour anal (deux traitements antibiotiques avec méthylprednisolone et un traitement Androcur®). Une exérèse chirurgicale est envisagée.

L’examen ostéopathique révèle une importante tension dure-mérienne et, à l’écoute du mouvement respiratoire primaire, un asynchronisme cranio-sacré. Les dysfonctions rencontrées dans le sens caudo-cranial sont :

- un sacrum en extension rotation gauche sur un axe oblique droit,

- le postérieur gauche en rotation interne et adduction,

- l’ensemble des vertèbres lombaires en restriction de mobilité et de motilité, avec en écoute tissulaire une densité plus importante sur L5-L6-L7.

- T11 en dysfonction FRSd avec T12 et T13 en contre rotation gauche,

- l’antérieur droit avec l’articulation scapulo-humérale en rotation interne adduction et en avant,

- un occiput ventral droit (ESdRg) ,

- une traction caudo-ventrale de la tente du cervelet et de la faux du cerveau entraînant caudalement l’ethmoïde et le palatin,

- et sur le plan viscéral : le foie (médio-postéro-ventral) et la vésicule biliaire apparaissent tendus et en restriction de motilité importante.

La chaine dysfonctionnelle qui peut être proposée semble partir des dernières lombaires avec une tension dure-mérienne se prolongeant d’une part vers la région crânienne et d’autre part vers la région du bassin. La torsion du sacrum apparaît dans ce schéma comme une adaptation physiologique. Elle a cependant été responsable d’une articulation sacro-iliaque gauche en restriction qui au cours du temps a eu pour conséquence l’affaiblissement du postérieur gauche par restriction d’utilisation et/ou du fait de l’émergence des racines du nerf sciatique à proximité de cette articulation.

La contracture des muscles sous-lombaires a créé des tensions depuis l’iliaque (muscle ilio-psoas) jusqu’aux dernières vertèbres thoraciques par l’insertion du muscle petit psoas et le fascia iliaca. Les tensions lombaires se sont également probablement répercutées par le fascia thoraco-lombaire et le muscle grand dorsal jusqu’à l’épaule droite.

Une deuxième chaîne dysfonctionnelle partant du foie semble avoir aggravé la situation. En effet, le foie en dysfonction a créé des tensions sur ses attaches diaphragmatiques d’une part, le péritoine et la zone thoraco-lombaire d’autre part. Le déséquilibre du système de tension dorso-ventral et cranio-caudal du diaphragme (Colombo J.-C., 2008) dans le sens médio-ventro-caudal a provoqué des tensions sur l’insertion de ses piliers (L3 et L4) et a amplifié les dysfonctions dans la zone thoraco-lombaire et les tensions lombaires.

Traitement ostéopathique

La région lombaire étant très sensible, le traitement n’a pas débuté par cette zone.

L’asynchronisme cranio-sacré est corrigé par technique fonctionnelle et les tensions dure-mériennes du bassin et du crâne sont diminuées par un travail tissulaire. Le foie et la vésicule biliaire sont traités par technique viscérale. L’articulation sacro-iliaque gauche a été ensuite traitée par technique structurelle indirecte. Le sacrum retrouve une position normale et une certaine motilité, mais l’amplitude reste faible.

Ces traitements préalables ont permis d’aborder la zone de dysfonction qui paraissait primaire et en forte tension. Le traitement sur les dernières lombaires a consisté en un travail fascial, tissulaire et cranio-sacré : continuité des structures méningées, continuité de la musculature et des fascias.

Une écoute cranio-sacrée finale permet de contrôler la restauration de l’équilibre crâne et sacrum. Le postérieur gauche et l’antérieur droit ne présentent plus de dysfonction. Le foie a retrouvé une motilité correcte mais néanmoins reste en légère tension.

A la fin de la consultation, les propriétaires constatent un meilleur appui sur le postérieur gauche et plus de souplesse dans la démarche. La 2e consultation est prévue un mois plus tard.

Suivi ostéopathique et évolution

Les nouvelles données la semaine suivante sont bonnes. Viggo a été fatigué pendant 2 jours, mais il présente depuis un appui correct sur le postérieur gauche et ne boite plus.

Lors du compte-rendu, les fortes tensions sur le foie ont été signalées au vétérinaire traitant. Après vérification du dossier, il s’avère qu’un bilan réalisé en septembre avait montré une élévation modérée des enzymes hépatiques (phosphatases alcalines - PAL 373 et alanine aminotransférases - ALT 556). Ces résultats ne l’avaient pas alarmé en raison de l’absence de signes cliniques et des traitements réalisés. Un nouveau contrôle est donc réalisé le 29 décembre quand Viggo revient en consultation pour récidive de la sacculite gauche. L’analyse sanguine montre toujours des valeurs au dessus de la normale (PAL 413 et ALT 461). Une échographie abdominale est programmée avant de procéder à l’exérèse chirurgicale de la glande anale gauche. A cette occasion, les propriétaires rapportent que Viggo est mieux (plus d’entrain et absence de boiterie) depuis la consultation ostéopathique.

L’échographie abdominale (15/01/2015) révèle une cholécystite chronique marquée et une zone lobaire hépatique anormale (dorsale et à gauche par rapport à la vésicule biliaire) de 3 cm compatible avec une inflammation chronique ou une tumeur.
Le lendemain, Viggo présente des signes cliniques de cholangio-hépatite/cholécystite avec fièvre, vomissements et douleur abdominale aiguë. Il est hospitalisé 4 jours et reçoit à la suite un traitement de longue durée à base d’antibiotiques (Synulox® et Flagyl®) et Ursolvan®.

Le 13/03/2015, une cytoponction écho-guidée du foie permet d’écarter un processus tumoral.

2e consultation ostéopathique le 28 mars 2015

Viggo apparaît en pleine forme (Figure 1). Il est plein d’entrain et joueur. L’appui du postérieur gauche est correct et la démarche est plus souple.

Figure 1 : Viggo lors de la 2e consultation ostéopathique le 28/03/2015.

A l’examen ostéopathique, on note une force de traction médullaire (FTM) modérée, une L6 en extension et un foie en restriction de motilité modérée (médio-dorso-crânial). Les dysfonctions sont traitées par technique tissulaire à partir du sacrum pour la FTM, myotensive indirecte sur L6 et viscérale pour le foie. Pour terminer, l’écoute ostéopathique (cranio-sacrée globale, fasciale des ceintures) est satisfaisante.

Evolution

Les dernières nouvelles (20 février 2016) rapportent un Viggo en forme et toujours sans boiterie. Les analyses hépatiques montrent une légère amélioration depuis mai 2015. Le problème des glandes anales semble s’être stabilisé (du fait du traitement antibiotique de 2 mois ?). L’intervention chirurgicale initialement prévue ne sera réalisée qu’en cas de récidive et si les paramètres hépatiques sont dans des limites physiologiques.

Synthèse et discussion

Le motif de la consultation était une boiterie du postérieur gauche et l’objectif du traitement ostéopathique était avant tout de donner plus de confort et de souplesse au chien Viggo qui n’est plus tout jeune. En cela, l’objectif a été atteint.

Il semblerait que ce soit un évènement ancien qui soit à l’origine des tensions importantes trouvées sur les dernières lombaires. Il est possible qu’au départ une dysfonction localisée probablement sur L6, et associée à un whiplash, ait entrainé des adaptations de compensation, notamment au niveau du bassin, qui au cours des années, ont favorisé l’apparition de dysfonctions, voire de lésions (pour rappel, absence de radiographie). L’équilibre précaire semble s’être rompu à la faveur d’une situation traumatisante (séjour en pension).

La chaîne dysfonctionnelle pourrait également partir de la dysfonction du foie, allant du bassin d ‘une part, jusqu’à l’épaule droite d’autre part, en passant par la jonction thoraco-lombaire (Colombo J.-C., 2008). Cependant, comment expliquer alors que Viggo n’a plus présenté de signe de boiterie et ceci pendant au moins 6 mois, suite à la 1e consultation. De plus, l’apparition brutale en janvier d’une cholangio-hépatite/cholécystite, oriente la dysfonction relevée sur le foie comme étant d’origine lésionnelle (échographie). Après discussion avec le vétérinaire traitant, il n’a pas été trouvé de cause primaire (auparavant sans signes cliniques). Les traitements pour l’inflammation dans la zone anale ont pu aggraver une situation préexistante. La question s’est posée également si le travail ostéopathique sur le foie, en libérant peut-être partiellement certaines tensions, n’avait pas déclenché les signes cliniques 1 mois plus tard. Cependant, les paramètres hépatiques laissent penser que les lésions étaient déjà présentes bien avant.

Il est possible également que ce soit la chaîne dysfonctionnelle partant des dernières lombaires qui ait entraîné la dysfonction hépatique, qui au cours du temps se serait aggravée pour devenir lésionnelle.

En effet, les tensions sur les insertions lombaires des piliers du diaphragme ont pu entrainer une distorsion des attaches hépato-diaphragmatiques avec des répercussions sur le foie et sur ses attaches viscérales (méso ventral gastro-duodénal). Ces dernières s’étendent de l’estomac et du duodénum jusqu’à la porte du foie où, entre les 2 feuillets du méso, passent la veine porte, l’artère hépatique et le conduit cholédoque. Par ailleurs, la veine cave caudale traverse dorsalement le foie au niveau de l’aire nue délimitée elle-même par le ligament coronaire (Douart C., cours DIE d’Ostéopathie Vétérinaire). Ces distorsions des attaches hépatiques, ont pu entraîner une perturbation chronique du circuit portes-capillaires-veines hépatiques–veine cave caudale, clef du fonctionnement hépatique. Cela a pu également occasionner une mauvaise circulation sanguine abdominale qui pourrait expliquer les problèmes anaux.

Au final, dans ce-cas ci, il a été difficile de déterminer si il y avait au départ une ou deux chaines dysfonctionnelles et si il en avait une seule, qu’elle serait la bonne : à partir du foie ou de zone lombaire ? Pour ma part, je pencherais pour la dernière.
Quoiqu’il en soit, suite au compte-rendu ostéopathique, le vétérinaire traitant a pris en compte la possibilité d’un dysfonctionnement du foie, ceci malgré l’absence de signes cliniques. Cela a permis de ne pas réaliser une chirurgie qui aurait pu être risquée. Par ailleurs, le diagnostic échographique qui a suivi a certainement permis un traitement plus rapide et plus ciblé. Même si, 4 mois plus tard, les paramètres hépatiques ne sont pas encore revenus à la normale, Viggo s’en est bien remis et n’a plus présenté de signes cliniques digestifs depuis.

Conclusion

Viggo est un chien senior référé pour boiterie récidivante du postérieur gauche. Le traitement ostéopathique a apporté une bonne solution à ce problème, puisque Viggo n’a plus présenté de boiterie et ceci, de manière stable (au moins 6 mois). L’examen ostéopathique avait également révélé de fortes tensions sur le foie et la vésicule biliaire (sans signes cliniques), qui se sont avérés être en lésion à l’échographie abdominale. Ce diagnostic préalable a permis une meilleure prise en charge lorsque Viggo a développé une cholangio-hépatite/cholécystite et cela n’a pu qu’augmenter ses chances de rétablissement. Ce cas illustre bien l’intérêt de la complémentarité des approches allopathique classique et ostéopathique.

Bibliographie

COLOMBO J.-C. Mon chien boitait du foie. L’Ostéo4pattes - Revue Européenne d’Ostéopathie Comparée (www.osteo4pattes.net). 2008, 8, 12.

Cours DIE (Diplôme Inter-Ecole) d’Ostéopathie Vétérinaire. Les viscères : anatomie et ostéopathie - Les viscères et leurs moyens de fixité. DOUART C. Oniris Nantes, 2010-2013.

Mylène LEMAIRE

Vétérinaire pratiquant l’ostéopathie

mylene.lemaire chez free.fr



Notez cet article






Accueil | Contact | Plan du site | Se connecter | Visiteurs : 171 / 510504

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site 5 - Exemples d’Ostéopathies  Suivre la vie du site K Cliniques   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.4 + AHUNTSIC

Creative Commons License