L’Ostéo4pattes

43C - Aria : la cervicalgie aigüe

Cas clinique 2 du Dr Magali Charve (pour le DIE d’ostéopathie Vétérinaire)
Créé le : samedi 13 février 2016 par Magali Charve Biot

Dernière modificaton le : lundi 13 mars 2017

A. Préambule

Aria est une chienne Bouvier Bernois de 9 ans, pesant 33 kilos, référée en ostéopathie par une consœur pour cervicalgie le samedi 1er mars 2014.

B. Anamnèse

Depuis 72 heures, Aria souffre d’une cervicalgie sévère sans commémoratifs de traumatisme, hormis un trébuchement sur la dernière marche d’un escalier en descente. D’ordinaire pleine d’entrain et sans aucun antécédent de douleur, la chienne se comporte aujourd’hui comme une chienne âgée. Le port de tête bas, la démarche raide, elle rechigne à se lever et ne joue plus avec sa propriétaire. Dès qu’elle lève ou tourne la tête, la chienne manifeste sa douleur en vocalisant puissamment. Forte de ce constat, la propriétaire est allée chez son vétérinaire traitant qui a effectué des radiographies du cou d’Aria, suspectant une hernie cervicale. Aux vues de la radiographie qui ne permet pas de diagnostic de certitude, la vétérinaire d’Aria décide de la mettre sous cortisone (méthylprednisolone 30 mg/kg) et de la référer rapidement en ostéopathie avant de proposer, en cas d’échec de ces traitements, de poursuivre l’exploration par un scanner.

C. Déroulement de la première consultation ostéopathique

A son arrivée à la clinique, Aria semble marcher sur des œufs. Elle porte la tête basse, le cou figé, le regard triste. Elle se plaint spontanément dès qu’elle secoue la tête, baille ou essaye de relever la tête. Elle est incapable de monter ou de descendre de la voiture.

A l’examen clinique, il ressort un léger état d’embonpoint. L’examen clinique est normal. A l’examen orthopédique, Aria présente une raideur nette de la région cervicale, des trémulations musculaires sur toute la région scapulaire, et une réaction de défense à la manipulation de la tête.

A l’examen ostéopathique, il ressort :

- Un asynchronisme crânio-sacré

- Une perte de l’écoute MRP entre C0 et D4

- Une FTM (Force de traction médulaire) élevée

- C7 et D4 en FRSd

- L’occipital en flexion

- le palatin, l’hyoïde sont caudaux

- le pubis cranial

- le sacrum en extension bilatérale

- Le foie caudal, ventral et droit.

Les dysfonctions observées sont compatibles avec un whiplash (ou coup du lapin), affectant en premier lieu l’os occipital, puis entrainant des tensions sur la ligne du dessus par le biais des structures méningées et sur la ligne du dessous par le biais des fascias. Cet état est souvent observé après un traumatisme violent, mais celui-ci peut être ancien.

L’occipital se retrouve impacté en flexion entre les temporaux, et le sacrum impacté entre les iliums. Une fois cette fixation organisée, les tensions se propagent par le biais des fascias cervical profond, endothoracique et abdominal sur la ligne du dessous et les organes abdominaux. L’incapacité de l’axe crânio-sacré à effectuer des cycles inspir/expir complets crée des tensions sur la dure-mère, se manifestant le long de la colonne vertébrale et au niveau crânien.

Les vertébres C7 et D4 étant en FRSd, elles présentent, de par l’engagement de leurs facettes articulaires, une incapacité à être placées en extension sans créer une douleur vive, d’ou la position de repos en flexion du cou de la chienne.

D. Traitement ostéopathique

La chienne présentant des douleurs importantes, et sans certitude d’absence de hernie discale cervicale, une attention particulière est portée lors de la manipulation des cervicales, et les techniques structurelles seront bannies.

Dans un premier temps, l’asynchronisme crânio-sacré est corrigé par une technique fonctionnelle, puis l’écoute MRP est à nouveau effectuée sur la portion C0-D4 et travaillée jusqu’à devenir satisfaisante.

Un travail en myotensif indirect est alors envisagé pour libérer les vertèbres C7 et D4. L’occiput, le sacrum, puis le palatin, l’hyoïde et le pubis sont travaillés en tissulaire. Un dernier travail en viscéral permet de redonner toute sa motilité au foie. La FTM est alors vérifiée et est jugée satisfaisante à ce stade de la correction. En dernier lieu, l’harmonie retrouvée entre le crâne et le sacrum est constatée suite à une nouvelle écoute attentive.

A l’issue de la consultation, Aria a une démarche moins raide, mais manifeste toujours de la douleur lorsqu’elle s’ébroue.

E. Suivi

Il est alors conseillé au propriétaire d’Aria de la laisser au repos, de lui interdire tout effort pour monter ou descendre de la voiture ou du canapé (où elle semble avoir une place dédiée). Le traitement à base de cortisone est stoppé, et la prescription d’une exploration plus poussée par scanner en cas de persistance de la douleur dans les deux jours suivants est donnée. La propriétaire est enfin prévenue du risque important de grande fatigue à l’issue de la manipulation.

Il est mis l’accent sur l’intérêt d’une réévaluation de la ration alimentaire afin de faire perdre quelques kilos superflus à Aria. Cela lui permettrait une plus grande tonicité et limiterait les risques de chutes violentes.

Il est convenu avec la propriétaire que dès le lundi (soit 48 h après cette consultation) des nouvelles soient données afin de choisir le plus précocement possible une autre option de traitement en cas d’échec de celui effectué aujourd’hui.

F. Evolution du cas

Comme convenu, la propriétaire d’Aria donne des nouvelles 48 heures après la consultation. Elles sont bonnes puisque dès le lendemain Aria ne montrait plus aucun signe de douleur. Sa démarche était plus fluide et son port de tête normalisé. Elle aurait tendance à reprendre le jeu comme d’habitude. Devant le caractère maladroit et brutal de la chienne, il est conseillé à la propriétaire de laisser la chienne au repos jusqu’à la visite de contrôle prévue le 10/03/14.

Lors de la consultation de contrôle, la propriétaire rapporte qu’Aria n’a plus manifesté la moindre douleur ou le moindre inconfort depuis le lendemain de la première consultation. A l’examen, la ligne du dos est harmonieuse.

La vétérinaire d’Aria a ensuite revu Aria en septembre, la chienne va très bien et a repris totalement sa vigueur de jeunesse.

G. Synthèse et discussion

Le whiplash est une pathologie particulièrement bien connue chez l’homme. Il est souvent consécutif à un accident de voiture ou à une chute violente sur les fesses. Chez nos animaux domestiques, on le rencontre fréquemment suite à des chutes violentes (arrêt d’une course dans une baie vitrée fermée mais crue ouverte, chute d’une grande hauteur, bagarre avec des congénères…)., plus précisément à la suite d’un changement brutal dans le mouvement, sans que le corps soit en attente de cette modification subite de mouvement.

Il y a dans ce cas un transfert de l’énergie cinétique liée au mouvement vers le corps lors du choc. L’énergie est alors convertie en énergie potentielle qui va être stockée dans les tissus mous, principalement les tissus élastiques de nature conjonctive. Au delà d’un certain seuil de déformation, ces tissus peuvent ne pas retrouver tout à fait leurs caractéristiques mécaniques originelles. C’est ainsi que certaines zones corporelles particulièrement sollicitées par un ou plusieurs traumatismes peuvent conserver en leur sein une certaine quantité d’énergie d’origine traumatique.

Cette énergie excessive ne se cantonne pas au point d’impact, elle peut se propager dans le corps sous la forme d’une onde vibratoire au sein des liquides corporels. Ainsi, l’onde propagée le long de la colonne via les membranes ou le liquide cérébrospinal peut être responsable d’un blocage du MRP le long de l’axe crânio-sacré, d’ou l’asynchronisme entre le crâne et le sacrum. Il est alors indispensable dans un premier temps de rétablir le MRP le long de la ligne du dessus afin de faciliter la résolution des dysfonctions adaptatives.

Dans le cas d’Aria, il n’est pas rapporté de choc violent constaté par la propriétaire, si ce n’est une réception aléatoire en bas d’un escalier. Il est possible qu’un choc minime aujourd’hui ait compliqué les dysfonctions d’un ancien choc plus violent dont les effets auraient été assimilés par le corps sans manifestation physique notable.

H. Conclusion

Venue pour une cervicalgie mimant des symptômes de hernie discale, Aria s’est vue soulagée lors de la consultation d’ostéopathie par la régularisation de son whiplash. Il aurait pu être intéressant d’effectuer un scanner afin de vérifier l’existence ou non d’une hernie, mais ceci aurait obligé la propriétaire d’Aria à faire plus de 300 km et à faire subir un examen sous anesthésie générale pour finalement ne rien changer au résultat, dans ce cas.

Bibliographie

JP Barral, A Croibier : « Approche ostéopathique du traumatisme », 1997, édition Actes Graphiques, p 30-48

P Coatantiec : « Whiplash, cas clinique ostéo4pattes » Janvier 2009, http://www.osteo4pattes.net/spip.php?article522



Notez cet article






Accueil | Contact | Plan du site | Se connecter | Visiteurs : 5 / 458158

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site 5 - Exemples d’Ostéopathies  Suivre la vie du site K Cliniques   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.24 + AHUNTSIC

Creative Commons License