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Raideur et manque d’entrain pour le travail chez une jeune chienne de grande race

"Flora" : cas clinique DIE Mariam Godde
Créé le : dimanche 25 septembre 2016 par Mariam Godde

Dernière modificaton le : vendredi 4 août 2017

Commémoratifs :

Flora est une chienne Labrador croisée Leonberg de trois ans. Elle a été stérilisée à l’âge de six mois. Elle est correctement vaccinée et vermifugée, et traitée chaque mois contre les parasites externes à l’aide de pipettes à base d’imidaclopride et permethrine (Advantix ND). Elle mange une alimentation sèche de bonne qualité. Elle cohabite avec une autre chienne Epagneul breton plus âgée. Flora pratique l’agility et l’obéissance en club depuis son plus jeune âge. Flora travaille volontiers habituellement mais teste en permanence sa propriétaire en revenant régulièrement sur les acquis. Elle n’a pas d’antécédent médical particulier.

Motif de consultation et anamnèse :

Flora est présentée à la consultation d’ostéopathie le 9 Octobre 2013 en raison d’une raideur généralisée, d’un manque d’entrain global et d’une fatigabilité plus importante qu’en temps normal.

Ces symptômes ont commencé il y a environ deux mois et demi et sont d’installation progressive mais constants. Flora montre de moins en moins d’entrain pour l’obéissance et ne veut plus entrer sur le parcours d’agility. A la maison, elle est également moins patiente avec l’autre chienne, sur qui elle a habituellement le dessus, ce qui induit des conflits réguliers entre elles. Aucun changement familial ou dans son mode de vie n’est rapporté. Aucun traumatisme, ni physique ni psychologique n’est rapporté par la propriétaire.

Examen clinique :

Flora est en bon état corporel. L’état d’hydratation est normal et les muqueuses sont roses. L’auscultation cardiaque ne révèle aucune anomalie. Elle est normotherme. L’examen de l’appareil locomoteur ne révèle pas de dissymétrie des membres, et aucune douleur n’est mise en évidence à la palpation ni à la mobilisation.

Examen ostéopathique :

L’examen dynamique montre un manque d’amplitude des mouvements, un peu plus marqué sur les membres antérieurs de façon bilatérale. Aucune boiterie ou dissymétrie lors de la marche n’est remarquée.

L’examen en statique montre un MRP global faible (Lizon F., 1989) c’est à dire un mouvement ralenti, non souple. La tension neurale, qui traduit l’état de tension de la moelle épinière et de sa méninge la plus interne, la pie mère, est importante (Boisseleau A., 2012).

Les dysfonctions ostéopathiques principales constatées forment une chaîne médiane, avec :

– l’occiput ventral droit, c’est-à-dire une convergence du condyle droit,

– les deux épaules caudales, c’est à dire dans un mouvement facilité vers l’arrière,

– le sternum caudal, soit dans un mouvement facilité vers l’arrière,

– l’articulation T1/T2 en extension rotation side bending gauche, soit une convergence des facettes articulaires vertébrales à gauche,

– une tension de la lame médiastinale et péricardique,

– une restriction de mobilité du diaphragme, caudal,

– l’articulation T13/L1 en flexion, rotation side bending gauche, soit une divergence des facettes articulaires à droite,

– l’ilium gauche dorsal, c’est à dire dont le test d’appui vers le bas est restreint

– le col de l’utérus caudo-dorso-latéral. Illustration 1 : Dysfonctions observées

Illustration 2 : Schéma de l’orientation global de la chaine de dysfontions principale.

On observe donc une restriction généralisée de mobilité de la cage thoracique avec un mouvement de translation caudale global et une arrière-main en torsion gauche avec une tension viscérale, à mettre en relation avec l’occiput gauche également. En effet, la motilité de l’occiput et celle du sacrum sont reliées par l’intermédiaire de la duremère spinale (Upledger J.E.,1998).

Traitement :

Un travail préliminaire de détente de la FTM est d’abord proposé (Boisseleau A, 2012). L’occiput est ensuite libéré par une technique structurelle indirecte, en inclinaison droite et rotation gauche. Un travail fascial est réalisé pour redonner de la mobilité à l’utérus (Duval J.A., 2008) , puis l’ilium gauche est ensuite ventralisé par une technique en clé de catch sur le membre postérieur gauche (Lizon F., 1988).

Pour libérer la cavité thoracique de ses tensions, un déroulé fascial des deux membres antérieurs est proposé (Duval J.A., 2008) puis une technique indirecte d’accentuation de la caudalisation du sternum. Pour l’articulation T1/T2, celle ci étant difficilement accessible, un appui sur la première côte à gauche est réalisé pour entraîner une rotation droite du corps vertébral. Après ces manipulations, le diaphragme a retrouvé une mobilité normale. Le contrôle final révèle un retour à
une bonne mobilité globale. Il est préconisé un repos de trois jours puis un retour à une activité normale. Étant donné le tableau clinique fruste de fatigue générale, il est également conseillé à la propriétaire une prise de rendez vous avec son vétérinaire traitant pour explorer un éventuel problème cardiaque, ou infectieux à bas bruit.

Suivi :

La propriétaire rappelle dix jours plus tard : Flora a retrouvé une très bonne vitalité et l’envie de travailler, en agility et en obéissance. La propriétaire a préféré attendre avant de consulter son vétérinaire traitant. Elle a participé à un concours quelques jours après la séance, et était débordante d’énergie, peut être même trop car elle n’a rien écouté a déploré la propriétaire ! Elle a retrouvé une démarche souple, et aucune raideur ou gêne lors du concours, des entraînements ou en balade n’ont été observées.

Flora est revue trois mois plus tard au moment d’une consultation de sa congénère Epagneul breton.

La propriétaire rapporte qu’elle est toujours très active et se déplace avec une démarche ample et souple, elle a toujours envie de travailler. Un rapide examen ostéopathique révèle quelques dysfonctions vertébrales : l’occiput en dysfonction ventrale droite cette fois ci, T6 en flexion rotation side bending droit et la jonction thoraco-lombaire en extension rotation side bending gauche. En revanche, la FTM est normale (Boisseleau A., 2012) et un MRP global ample et de bonne qualité est reporté (Lizon F, 1989).

Discussion :

Un tel tableau clinique lors d’une visite générale est problématique car aucun symptôme n’est très spécifique, et il peut donc correspondre à de nombreuses maladies autant organiques que comportementales. En effet, le diagnostic différentiel doit alors inclure :

– une anémie d’origine parasitaire

– une infection chronique

– un trouble de la fonction cardiaque

– une maladie du système immunitaire

– une origine nerveuse.

Afin d’investiguer ces hypothèses, il serait intéressant de réaliser un bilan sanguin biochimique et numération formule, ainsi que d’éventuelles sérologies. Une radiographie thoracique ou une échocardiographie permettraient l’exploration de la fonction cardiaque (Hébert, 2006). N’étant pas le vétérinaire traitant de Flora, ces examens n’ont pas été réalisés, mais il a fortement été conseillé de consulter chez le vétérinaire traitant si les symptômes persistaient dans les jours qui suivaient. Il aurait été plus confortable que ces hypothèses diagnostiques aient été exclues avant la consultation ostéopathique. Dans l’hypothèse où aucune maladie n’est mise en évidence, l’abord traditionnel est alors peu intéressant pour apporter du confort à Flora. L’abord classique du vétérinaire traitant aurait pu passer par un apport de vitamines tel que Pet Phos sport ND ou de chondroprotecteurs et antiinflammatoires naturels type Flexadin ND. Enfin, il est à noter l’intérêt de l’ostéopathie pour les chiens pratiquant un sport en compétition ou en loisir. En effet, dans le cas de Flora, le motif de consultation dépassait le cadre du terrain d’agility, mais il arrive dans d’autres cas que ce soit une simple difficulté à prendre le slalom d’un côté, ou d’avoir l’impulsion pour un saut qui constituent le motif de consultation... Dans ces cas précis, il n’existe aucun symptôme hors du terrain de sport.

Dans le cas où l’examen classique ne montre pas d’anomalie, l’abord ostéopathique est alors tout indiqué.

Conclusion

Flora a été amenée à la consultation en raison d’une fatigabilité, d’un manque d’entrain pour le travail et d’une raideur généralisée d’évolution chronique sur quelques mois. L’examen ostéopathique a mis en évidence la présence d’une chaîne dysfonctionnelle médiane avec restriction de mobilité globale de la cage thoracique et du diaphragme et une arrière main en torsion gauche, pouvant expliquer les symptômes observés chez Flora. La prise en charge ostéopathique a permis un retour à une bonne vitalité, une démarche souple et l’envie de travailler, et ce en moins d’une semaine, avec un effet durable, en évitant toute prise de médicament.

Boisseleau A., La force de traction médullaire : étude bibliographique, Thèse de doctorat Vétérinaire Nantes, 2012

Duval J.A., Techniques ostéopathiques d’équilibre et d’échanges réciproques, Editions Sully, 2008

Hébert F., Guide pratique de médecine interne canine et féline, 2ème édition, Editions Med’com, 2006

Lizon F., La consultation ostéopathique et homéopathique du chien et du chat, Editions Similia, 1988

Lizon F., La clé de la guérison l’ostéopathie, Editions de Beaumes, 1989, p 26

Upledger J.E., La thérapie cranio-sacrée, Tome 1, Editions Satas, 1998



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