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44B - Lylas et sa cystite idiopathique : l’ostéopathie ne peut pas tout résoudre…

Créé le : mercredi 29 juin 2016 par Mylene Lemaire

Dernière modificaton le : vendredi 12 mai 2017

Lylas est une chatte Persan Chinchilla de 2,5 ans (Figure 1), stérilisée, référée en consultation d’ostéopathie pour cystite idiopathique, le 17 janvier 2015.

Figure 1 : chatte Lylas (photo fournie par les propriétaires).

Anamnèse

Lylas est suivie depuis août 2014 pour une cystite récidivante avec hématurie et émissions non douloureuses de petites quantités d’urine hors de la litière. Cette cystite est survenue suite aux vacances de ses propriétaires (la chatte est restée seule et a été nourrie par les voisins). Un nouveau régime alimentaire adapté (Royal Canin Veterinary Diet Urinary) a été mis en place dès la 1e consultation. Les deux premières cystites, fin août et fin septembre ont été traitées à l’aide d’un antispasmodique (Spasmoglucinol®) et d’un antibiotique injectable longue action (cefovencine, Convenia®) car Lylas n’est pas facile à traiter. A la récidive en mi-novembre, l’hypothèse d’une cystite idiopathique/interstitielle d’origine émotionnelle est posée par le vétérinaire traitant et des examens complémentaires sont proposés (analyses urinaires et échographie). Les propriétaires ne souhaitent pas d’investigations complémentaires. Un traitement homéopathique (Urocystyl®) est tenté sans succès et une consultation en ostéopathie vétérinaire est proposée.

Déroulement de la consultation ostéopathique le 17/01/2015

La chatte est très craintive (elle vit en appartement et ne sort jamais). Elle est en état de stress, ramassée sur elle-même, elle feule à chaque bruit ou mouvement brusque, ce qui décontenance ses maîtres qui n’ont pas l’habitude de la voir ainsi. L’approche est donc délicate et se fera très progressivement.

Un examen clinique rapide ne met en évidence aucune modification des paramètres physiologiques. L’état général apparaît bon. Il est cependant signalé qu’un toilettage serait nécessaire (nombreux nœuds dans le pelage). Elle est toujours sous alimentation spéciale, mais n’a plus aucun traitement. Les propriétaires rapportent un appétit conservé et un comportement apparemment non modifié (toujours aussi câline).

A l’examen ostéopathique, il ressort :

- Un asynchronisme crânio-sacré, compatible avec un whiplash, avec un sacrum bloqué en expir et un occiput en inspir, accompagné d’une importante tension dure-mérienne.

- Un strain rotation vertical bas de la symphyse sphéno-basilaire (SSB) avec des temporaux bloqués en rotation externe et des nasaux en rotation interne
- Un système limbique en forte dysfonction avec des amygdales non synchrones

- T13 en ERSd

- L7 en FRSg

- Et au niveau viscéral : le foie bloqué en position ventro-latérale, des surrénales ventrales et médiales, et une vessie en restriction de motilité, en position caudale et ventrale.

Les dysfonctions primaires semblent se situer au niveau du crâne, avec la SSB et le système limbique.

Au vu des dysfonctions relevées, les propriétaires révèlent que la chatte a été victime d’une chute du 1er étage, il y a un an environ. La dysfonction au niveau de la SSB serait ainsi post-traumatique. Ou, lors du whiplash, probablement consécutif à cette chute, la flexion de l’occiput entre les temporaux pourrait avoir provoqué une compression des sutures pétro-basilaires et pétro-jugulaires et avoir ainsi entrainé une compression de la SSB avec un strain vertical bas (Barral et Croibier, 1999). Ce strain de la SSB et les tensions dure-mériennes ont pu perturber le fonctionnement de l’hypophyse (tension de la tige pituitaire enserrée par le diaphragme de la selle ; Weaver C., 1936). Or l’axe hypothalamo-hypophysaire adrénocortical (HHA) est considéré comme un des principaux systèmes de réponse au stress. Les amygdales, les surrénales, le foie et la vessie sont reliées d’une part par le système hormonal via l’hypophyse et d’autre part, par le système nerveux autonome. Enfin, les tensions des surrénales bloquées se sont également répercutées sur le fascia iliaca, sous la voûte lombaire, de la charnière thoraco-lombaire à la charnière lombo-sacrée. Le foie est également concerné par ses attaches viscérales avec le ligament hépato-rénal à droite, et ses attaches diaphragmatiques via les insertions lombaires des piliers du diaphragme.

Face à ce tableau clinique et ostéopathique, l’hypothèse est un dérèglement vésical lié à un dérèglement de l’axe HHA auquel est venu se rajouter le stress des dernières vacances.

Traitement ostéopathique

Le traitement commence en douceur par un travail crânio-sacré visant à lever l’asynchronisme entre l’occiput et le sacrum. Celui-ci est complété par un travail tissulaire sur le sacrum afin de réduire les tensions dure-mériennes. Dans la foulée, la L7 est traitée par technique fonctionnelle. Le sacrum retrouve une certaine motilité, mais l’occiput reste bloqué. Un travail crânien en MRP réalisé sur la SSB, les temporaux et les nasaux, permet de libérer l’occiput. Le système limbique étant toujours en dysfonction, il est travaillé par technique tissulaire. Une écoute des amygdales permet de constater leur normalisation, mais les surrénales et la vessie restent en dysfonction. Un travail viscéral sur le foie, complété d’un travail fonctionnel sur les surrénales, permettra de les libérer ainsi que la jonction thoraco-lombaire.

Une écoute cranio-sacrée finale permet de contrôler la restauration de l’équilibre crâne et sacrum.

Pendant tout le traitement, Lylas est restée calme et s’est même apaisée.

Cependant en fin de consultation, suite à un bruit inattendu, elle échappe à l’attention de ses propriétaires (venus sans cage de transport) pour se réfugier sous l’évier où elle retrouve malheureusement son stress initial.

Afin de limiter le stress de la chatte, un diffuseur de phéromones apaisantes (Feliway®) à placer dans la pièce principale de vie est préconisé. Il est aussi conseillé de stimuler son activité physique par le jeu, la mise à disposition de griffoirs, arbres à chats, ... Une seconde consultation est prévue 1 mois plus tard.

Suivi ostéopathique et évolution

Des nouvelles sont données dès le jour-même, Lylas a retrouvé son calme et est à nouveau très câline avec ses maîtres. Le diffuseur d’hormones apaisantes n’apparaît donc pas nécessaire à leurs yeux.

Trois semaines plus tard, Lylas va bien et n’a pas refait de cystite. Malheureusement, au vu de l’état dans lequel elle se met pour venir à la clinique, les propriétaires ne souhaitent pas une 2e consultation pour le moment.

Des nouvelles téléphoniques fin avril (3,5 mois), indiquent toujours une absence de récidive.

En août (7 mois), la propriétaire rapporte que Lylas va bien, mais que suite à différents stress (par exemple : séjour de parents à la maison), elle présente à nouveau des cystites. Par contre, elle signale, que les cystites sont nettement diminuées en fréquence, intensité et durée.

Synthèse et discussion

La cystite idiopathique (CI) ou interstitielle constitue une des affections les plus fréquentes du bas appareil urinaire chez le chat entre 2 et 10 ans. Les facteurs de risque sont essentiellement l’alimentation et le stress (Rivière Paquier, 2001). Une origine neurogène est suspectée. En effet, il a été montré une augmentation significative de la thyrosine hydroxylase dans le cerveau des chats atteints de CI et plus particulièrement dans l’hypothalamus et le locus cœruleus (Buffington, 2011). Or le noyau locus cœruleus, situé dans le tronc cérébral, par ses nombreux liens avec l’amygdale, l’hippocampe et le cortex, est impliqué dans la vigilance et l’éveil, mais aussi dans la peur et l’anxiété (jusqu’aux troubles de panique). Les voies afférentes, comme la distension vésicale, stimulent l’activité neuronale de ce noyau, qui est aussi l’origine de la voie excitatrice efférente vers la vessie. Ce noyau apparaît comme médiateur de la réponse viscérale en réponse aux évènements aussi bien internes qu’externes. L’augmentation des signes cliniques de CI en réponse au stress (interne ou externe) a été démontrée (Buffington, 2011). La réponse au bruit apparaît également augmentée chez les chats atteints de CI.

Tout ce ceci est en accord avec les observations cliniques et avec les dysfonctions ostéopathiques relevées, au niveau du système limbique, de l’amygdale et des surrénales avec les impacts sur la vessie (axe HHA).

Si le traitement ostéopathique n’a pas permis de résoudre complètement ce problème de CI, il semble néanmoins qu’il a permis d’en diminuer la fréquence et l’intensité.
Il aurait été important de pouvoir vérifier la stabilisation du retour à la normale avec une 2e consultation, ce qui n’a pu, hélas, être réalisé. Il est également possible que les paramètres subjectifs de communication que sont la présence, l’attention et l’intention (P. Tricot, 2010) n’aient pas été suffisamment respectés au cours de la consultation.

Néanmoins, il faut également savoir que le chat Persan fait partie des races considérées comme prédisposées à la CI (Rivière Paquier, 2001). Par ailleurs, la mise en place de mesures visant à réduire le stress environnemental et/ou social a montré son intérêt thérapeutique, mesures qui semblent n’avoir pas été suffisamment prises en compte par les propriétaires, surtout pour un chat qui ne sort jamais et qui ne peut donc exercer son comportement normal.

Enfin, même si l’ensemble des commémoratifs plaide en faveur d’une CI, il eut été important d’avoir des examens complémentaires, tels que les analyses d’urine (cytologie et bactériologie) pour éliminer une infection persistante, mais surtout l’échographie, et si possible une cystoscopie, afin d’écarter toute autre cause (calculs, anomalies anatomiques, tumeur).

Conclusion

Lylas est présentée en consultation ostéopathique pour cystite récidivante et réfractaire aux traitements usuels, y compris, semble-t-il à la mise en place d’une alimentation spécifique. Le traitement ostéopathique semble avoir eu un léger effet bénéfique, notamment sur la fréquence et l’intensité des cystites. Cependant, sans examens complémentaires permettant d’écarter tout autre cause que celle de la cystite idiopathique suspectée et si c’est bien le cas, sans une gestion multimodale visant la réduction des stress environnementaux et relationnels, il apparaît difficile d’éviter la récidive.

Bibliographie

BARRAL J.-P. & CROIBIER A. A Mechanical Approach to Trauma. In : Trauma – An osteopathic approach. Editions Eastland Press, Seattle, USA. 1999, 5-37.

Buffington C.A.T. Idiopathic Cystitis in Domestic Cats - Beyond the Lower Urinary Tract. J Vet Intern Med. 2011, 25(4), 784–796.

RIVIERE PAQUIER C. 2001. La cystite interstitielle féline. Thèse de Doctorat Vétérinaire, Maisons-Alfort, France.

TRICOT P. Communiquer. In : Approche tissulaire de l’ostéopathie - Livre 1 - Un modèle du corps conscient. Editions Sully, Vannes, France. 2010, chap. 8, 111-122.

WEAVER C. Etiologic Importance of the Cranial Intervertebral Articulations. JAOA. July 1936. 




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