L’Ostéo4pattes

C116 - Mesures Hélices

Contribution à l’étude d’une mesure de l’effet ostéopathique chez les chiens
Créé le : lundi 3 février 2014 par Jean François Pollet

Dernière modificaton le : samedi 9 décembre 2017

Cet article est le résumé de la thèse de Jean François Pollet, deuxième Prix Axitlas 2013

« Un des reproches fait à l’ostéopathie est de ne pas être mesurable, quantifiable. Et si tout d’un coup il ressortait quelque chose de simple, voir de très simple pour mesurer l’effet ostéopathique ? » dixit Patrick Chêne (1).

Je serais tenté de rajouter plus égoïstement et s’il existait une mesure qui me permettrait de montrer au propriétaire et surtout à moi-même qu’il s’est passé quelque chose pendant un soin ostéopathique. Car honnêtement, j’ ai beau me dire que ma main a toujours raison, mon cerveau cartésien a parfois du mal à l’accepter.

Alors, j’ai voulu comprendre, essayer et vérifier la mesure de l’hélice fasciale chez le chien.

I Notions Biophysiques :

Le modèle de l’hélice fasciale repose sur plusieurs notions biophysiques étudiées depuis quelques années déjà et qui ne sera pas développé dans cet article pour privilégier l’application pratique.

1 .Le Mouvement Respiratoire Primaire ( Sutherland 1873-1954) (2)

2 .La Tenségrité ( Jean François Mégret) (4)

3 .La Torsion Physiologique ( Yves Guillard) (5)

4 .La Force de Traction Médullaire A Ruiz de Azua Mercadal (6)

Globalement l’encéphale, la moelle épinière, les méninges, les os, les tendons, les chaines musculaires, les fascias, la peau et le reste de tous les éléments entrent en relation entre eux en un état permanent de tension compression, modèle tenségritif.

Patrick Chêne a proposé de modéliser cette tenségrité à l’échelle corporelle globale (1) :

–un ressort interne à la colonne vertébrale, la FTM

–un ressort fascial externe qui contrebalance le premier ressort

–le rôle des viscères qui se vrillent pour emmagasiner les excès de tension
–excès de tension qui se répercutent dans un sens ou dans l’autre de manière symétrique

Dessin De Lisa Pelissier, où le ressort bleu représente la FTM, le ruban orange l’hélice fasciale qui sert d’appui à la torsion physiologique, les spirales vertes qui symbolisent les vases d’expansion des viscères.

II. Mesures de l’hélice fasciale chez le chien

Dans ce système de tenségrité, la mesure de l’hélice est la seule accessible facilement par l’utilisation d’un mètre ruban.

1 . Que mesure-t-on ?

On mesure une élasticité cellulaire.

On imprime une tension avec le ruban métreur, tout le long de l’hélice fasciale et on mesure la souplesse globale des cellules qui sont dessous.
La souplesse des cellules et de leur micro-squelette, modifie directement la capacité de la cellule à fonctionner. Alors on peut supposer que cette mesure d’hélice à force constante va diminuer si le
corps est détendu et plus apte à fonctionner.

2 . Description de la mesure :

- le zéro de la mesure se situe sous la queue du chien à son insertion dans le corps
- on passe sous le pubis et on ressort sous l’iliaque gauche
- on croise la ligne du dos au niveau de la 13ème vertèbre thoracique
- on passe sous l’épaule droite, à droite du sternum
- on ressort devant l’épaule gauche au niveau des 5ème et 4ème vertèbres cervicales
- on recroise la ligne du dessus au niveau du cou pour passer côté droit
- on repasse sous le cou
- on croise sous l’ATM gauche
- on arrive entre les yeux, la mesure est prise au milieu du chanfrein au niveau du stop.

Le ruban est tendu fortement et toujours de même façon. On mesure une élasticité cellulaire et non pas une longueur indépendante de la mesure. Pour limiter les surprises, j’ ai effectué toutes mes mesures avec mon ASV assumant le point zéro fixe.

L’ animal doit être debout, la tête légèrement tendue à hauteur moyenne et le dos droit sans incurvation.

Chaque mesure a été faite trois fois en routine. J’ai tenté de répéter les mesures jusqu’à obtenir trois mesures avec au plus 1 cm d’écart entre chaque.
Les résultats ont été notés ainsi : 161 cm. par exemple pour 3 mesures 161/162/161.

J’ai dû écarter tous les chiens aux poils trop épais ou trop sales, ainsi que ceux qui bougeaient trop notamment à la première mesure ( mesures non répétables).

2 . les lots

Lot n°1 : chiens venant pour une consultation d’ostéopathie ; la séance durant entre 30 et 45 minutes.

Lot n°2 : chiens hospitalisés en vue de chirurgie, animaux en bonne santé pour des opérations de convenance ou présentant des pathologies ( tumeurs mammaires par exemple) sans discrimination
 ; soin ostéopathique durant 15 minutes en moyenne.

Lot n°3 : chiens en consultation vaccinale sans aucune approche ostéopathique, animaux en bonne santé apparente ; consultation de 15 minutes généralement.

Chaque chien a été mesuré 3 fois avant les soins et 3 fois après.

III .Résultats et discussion :

1. Résultats :

Pour les lots 1 et 2 , la mesure de l’hélice fasciale avant et après manipulation, va dans le sens d’une diminution après le soin ostéopathique ( sauf pour un cas).

Lot 1 : diminution moyenne de 4 cm (4,06 pour 49 mesures) avec des extrêmes : augmentation de la longueur de l’hélice de 2 cm jusqu’à une diminution de 9 cm.

La moyenne est à tempérer en fonction de la répartition des chiens : il y a une plus grande diminution pour les grands chiens ( moyenne de 3,04 cm pour 24 chiens < 20 kg vs + 5,04 cm pour 25 chiens > 20 kg )

Lot 2 : diminution moyenne de 3 cm (2,9 cm pour 30 mesures dont uniquement 5 chiens > 20 kg)

Lot 3 : aucun changement notable de longueur pour 17 mesures ( 15 mesures identiques et 2 chiens présentant une diminution de 1 cm.

2. Discussion :

La mesure de l’hélice fasciale semble permettre d’objectiver un changement rapide de l’organisme suite au soin ostéopathique.

Généralement cette mesure diminue après une séance d’ostéopathie, ce qui va dans le sens d’une meilleure contractibilité cellulaire et par extension du corps de l’animal. Les cellules étant moins tendues, elles se laissent mieux comprimer par le mètre de couturière, corroborant le modèle tenségritif de l’organisme.

En revanche, je n’observe aucun changement rapide lors de la consultation vaccinale. C’est vraisemblablement lié au fait que le vaccin n’a pas le temps d’agir en un temps si court.

Le fait que la mesure ne change pas lors d’une consultation vaccinale (environ 15 minutes) tandis qu’elle diminue lors d’un soin ostéopathique avant une chirurgie pour le lot n°2 (environ 15
minutes également) démontre qu’il a bien un lien entre le soin ostéopathique et la longueur de l’hélice.

Je suis toujours aussi étonné que ce changement soit aussi rapide. Cependant à bien y réfléchir, lorsque lors d’une séance ostéopathique une dysfonction lâche sous nos mains que ce soit en fasciale ou en mrp, la sensation est immédiate et le corps du patient semble de nouveau respirer plus harmonieusement.

J’ ai comparé mes résultats à ceux obtenus par Patrick Chêne (7). Contrairement à lui, je n’ai pas obtenu de nombreux cas d’augmentation de longueur.

En revanche lors de diminution de mesure supérieure ou égale à 2 cm ( majorité des cas ), j’obtiens des résultats similaires.

Pour le choix des animaux du lot n°3, j’ai privilégié des animaux jeunes et en bonne santé, avec l’idée d’avoir alors des valeurs d’hélice basses voire même plancher, c’est à dire vers quoi on devrait tendre après les soins. Cela était sans aucun doute trop optimiste, car elles sont sur les graphiques ci-joint plutôt en bas de courbe sur le rapport longueur de l’hélice / poids avant soin, et en milieu de courbe sur le même rapport après soin.

Ce concept de valeur plancher est évidemment faux, si on l’appliquait de façon globale : « un chien de 15 kg devrait avoir une hélice de 132 cm. » cela n’a pas de sens.
Par contre appliqué de façon individuelle « le chien Kiki pesant 15 kg devrait tendre vers une hélice de 132 cm par exemple », cela pourrait être plus plausible ; une longueur d’hélice fasciale idéale, un peu comme un poids de forme idéal en quelque sorte.

J’ai tenté de mesurer à chaque fois des animaux que je suis
régulièrement en ostéopathie, et effectivement après les soins, ils tendraient vers cette mesure.

Cependant je n’ai pas assez de cas pour affirmer ceci et c’est rare que ces animaux même bien suivi par leur propriétaire aient toujours le même poids de forme.

Un dernier écueil pour ces mesures est constitué par le format du chien (lévrier versus bouledogue).
Il serait intéressant d’avoir des résultats en fonction des race.
Il est toutefois intéressant de noter que malgré tout, mes mesures de longueur d’hélice après soin tendent vers une courbe basse définie par P. Chêne.

Il faudrait pour l’affirmer complètement de nombreuses autres mesures faites par d’autres ostéopathes.

CONCLUSION :

Les mesures de ces hélices sont répétables ( 3 mesures à 1 cm près) et facilement accessibles.

La mesure de cette hélice met en évidence la capacité du corps à se détendre lors d’un soin ostéopathique et ceci relativement de façon quasi instantanée. Les cellules ont la capacité de se comprimer sous la tension du ruban métreur, et confortant ainsi la tenségrité du cytosquelette qui permet une mesure globale.

Lors de suivis à plus long terme d’animaux, il semble que la longueur de l’hélice diminue lors du passage d’un état pathologique à un état de meilleur santé.

Autrement dit, l’état de santé de l’animal semble aller de pair avec une meilleure capacité de ses cellules à se laisser comprimer, et par le biais de la tenségrité à avoir une hélice fasciale de moindre longueur. Cette longueur idéale d’hélice de l’animal serait un peu comme son poids de forme.

Nous pouvons donc dire que l’on peut mesurer facilement et rapidement un effet ostéopathique. Mais est-ce suffisant et utile ?

Suffisant, malheureusement pas, la mesure de l’hélice illustre bien et en partie les notions de tenségrité, de FTM, de torsion physiologique mais il faudra encore d’autres découvertes pour comprendre ce qui se passe lors d’un soin « ostéopathique ».

Utile pour se rassurer certes « je suis capable de faire ça ? », pour montrer aux sceptiques « je suis capable de faire ça ! », donc une finalité bien égoïste somme toute et un peu paradoxale.

Le thérapeute est là pour aider l’autre et non pas pour se satisfaire l’égo. Cependant, je dois bien avouer que cette étude m’a été fort utile pour avancer dans mon apprentissage d’ostéopathe et il n’y a pas de mal à se faire du bien. Ne dit-on pas « charité bien ordonnée commence par soi même ?"

Bibliographie :

1.CHÊNE Patrick. Une mesure de l’effet ostéopathique Ostéo4pattes juin 2010

2.SUTHERLAND William. The Cranial Bowl 1939

3.MAGOUN Harold-I. Ostéopathie dans le champs crânien traduction édition Sully 2004

4.MEGRET Jean François. Cours Diplôme Inter-Ecoles d’Ostéopathie Vétérinaire session 2010-2013

5. GUILLARD Yves. La Torsion Physiologique en ostéopathie comparée de l’humain au quadrupède édition Sully 2013
www.torsion-physiologique.fr

6.Antonio Ruiz De Azua Mercadal, Patrick Chêne . Importance de la force de traction médullaire en ostéopathie Ostéo4pattes mai 2007

7. CHÊNE Patrick. Premières mesures d’hélices chez les chiens Ostéo4pattes avril 2013



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