L’Ostéo4pattes

C114 - Le cheval est-il un œuf ?

Créé le : jeudi 7 juillet 2016 par Patrick Chêne

Dernière modificaton le : samedi 9 décembre 2017

Encore une fois, l’iconographie sera pauvre (pour un article de vetofocus) parce que l’ostéopathe fonctionne sans images particulières à montrer et prendre pour la énième fois les mains de l’ostéopathe sur une peau fut-elle de cheval n’apportera pas grand-chose.

Voici donc une belle jument debout en montagne après le traitement ostéopathique alors qu’elle ne pouvait plus se lever seule depuis une semaine.

J’aimerais toutefois faire comprendre en texte sinon en image ce que peuvent ressentir les mains d’un ostéopathe et en quoi cette vision peut aider un vétérinaire qui n’utilise pas ses mains de la même manière que celui qui fait de l’ostéopathie.
Ullah est une jument de trait de 18 ans qui vit des jours paisibles dans un petit paradis avec un gardien qui a une passion pour le cheval qui broute en Montagne, ce qui pour un cheval en France, vous en conviendrez, n’est pas la plus mauvaise des situations.

Voici son pré habituel …loin des ZAC, ZIP et autres sigleries moins adaptées à la vie chevaline.

Pourtant la vie étant la seule maladie 100% mortelle, il arrive que des accidents l’émaillent et ce soir-là Ullah est retrouvée couchée ne pouvant pas se lever. Mon confrère, l’heureux homme, fut convié à passer sa soirée auprès d’elle dans ce paysage pour lequel vous êtes nombreux à payer la mise à disposition quelques jours …

Il y trouva une jument avec bon œil, l’appétit conservé, sans fièvre ni problèmes respiratoires ou gynéco apparents. Sans traumatisme et simplement une impression de coliques sourdes.

Une perfusion bucolique s’ensuivit avec la médication ( méditation...) correspondant au tableau clinique.

Mais hélas à part le premier coup de fouet, pendant une semaine rien n’évolua, tout allait bien sauf que seule, la fourche du tracteur se révéla avoir la force suffisante pour la mettre debout quelques heures, avant qu’elle ne se recouche et qu’il faille la relever le lendemain.

Appelé par mes collègues pour voir ce que j’en pensais, je trouvais un grand classique de l’animal de Montagne : Le syndrome de L’œuf.

Pour comprendre ce syndrome, appellation pyrénéenne non contrôlée, il faut rentrer dans une vision mécanique et non biochimique du corps. Ainsi un corps de cheval devient une paroi musculo-squelettique solide avec un contenu semi liquide, comme peut l’être un Œuf.

Peut-être savez-vous dans votre frigo reconnaître si l’œuf que vous prenez en main est dur, ou cru malgré que vous ne vous souveniez plus ce que vous avez fait ? Le lien qui suit vous donne trois méthodes.

http://fr.wikihow.com/reconna%C3%AEtre-un-oeuf-cru-d’un-oeuf-cuit

Mais nous en retiendrons une : celle qui consiste à faire tourner l’œuf et ensuite l’arrêter brutalement. Si l’œuf est cuit, alors il est arrêté, s’il est cru, la coquille a été arrêtée mais le contenu semi-liquide à l’intérieur par inertie remet l’œuf en route dès qu’on lâche l’œuf et l’on sait ainsi qu’il est cru et non cuit.

Imaginez en montagne un cheval qui tombe et se met à rouler dans la pente, dès qu’il s’arrête, rupture de pente ou bien caillou, comme l’œuf, la partie solide (côtes, muscles, etc.) s’arrête et à l’intérieur, les intestins poursuivent leur mouvement jusqu’à ce que la traction sur les mésos soit trop forte et les arrête dans ce mouvement. Les récepteurs proprioceptifs sont alors toutes affolés et régulièrement ne font pas le « reset » nécessaire pour fonctionner à nouveau correctement.
Il s’ensuit pour l’animal un dysfonctionnement digestif sans cause lésionnelle apparente et la constatation d’un état « coliquard » difficile à rattacher à un organe précis, à une lésion particulière. Le plus souvent ces animaux ne se relèvent pas.

Rien d’étonnant à établir une relation entre une notion d’élongation des mésos et une incapacité à se relever, j’ai souvent utilisé pour coucher les vaches la technique qui consiste à passer une corde entourant l’animal qui dès que la tension devient forte plie les pattes et se couche facilement sans résistance.

Photo FAO http://www.fao.org/docrep/t0690f/t0690f05.htm

Dans le cas qui nous occupe c’est la chute qui a fait l’action que fait la corde, mais la différence est que l’élongation plus violente est pérenne dans le temps.

Il convient alors simplement de défaire la tension avec une technique dite "viscérale fasciale" pour remettre en route les propriocepteurs et permettre à l’animal de se lever.

Pour Ullah, il a fallu attendre 48H pour une régularisation totale, mais sur la 50 aine de cas de chevaux et de vaches vus dans ce cadre (impossibilité de se relever après une chute en montagne avec absence de lésions apparentes), certains se sont relevés tous seuls immédiatement après la manipulation (effet bœuf garanti...)

On peut voir quelque chose de similaire après un freinage brutal dans un transport en Van.

Ce syndrome de l’œuf relié à une vision tenségritive du corps de l’animal telle que je peux l’enseigner correspond à une accentuation forte ou une contrariété de ressort viscéral abdominal de l’hélice fasciale :

Vision tenségritive du corps avec FTM, Hélice fasciale et ressorts viscéraux. Dans le syndrome de l’œuf, le ressort vert schématisant la masse abdominale est en torsion accentuée ou contrariée, c’est la dysfonction primaire, et c’est surtout sur lui qu’il convient d’agir au mieux. Le geste thérapeutique nécessaire est un déroulé fascial de la peau jusqu’aux viscères.

Mais le but de mon propos n’est pas de dire que l’on peut y arriver en tant qu’ostéopathe.

Il me semble que repensant au syndrome de l’œuf, tout vétérinaire qui pendant la perfusion poserait ses mains sur le ventre de l’animal en laissant entraîner ses mains par les tensions ressenties au pire ne ferait pas de mal, et au mieux aiderait à la résolution du problème.

Certes un ostéo ferait mieux, par un traitement plus global et plus adapté, du moins peut-on l’espérer. Mais comme en général la première consultation a lieu n’importe où, n’importe quand et dans des conditions difficiles, le mieux n’est pas à portée, alors que le bien l’est.

La technique consiste donc, pendant que la perfusion coule et qu’il n’y a rien à faire d’autre que de parler d’actus ou de foot de poser ses mains sur le ventre de l’animal en soin, d’essayer de percevoir des tensions qui ressemblent à ce que l’on sentirait sur un drap tendu sur lequel est posé un caillou. Il convient alors de suivre ces tensions en emmenant avec soi doucement et fermement peau et tissus sous cutanés jusqu’à avoir l’impression que le caillou a disparu.

Peut-être votre action sera alors suffisante pour que l’organisme puisse faire le reste tout seul, ou l’améliorer en attendant l’ostéo. En tous cas vous ne perdez pas de temps, au contraire à essayer … non ?



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