L’Ostéo4pattes

Ostéopathie des mammifères (partie 5) (Rés)

Créé le : lundi 26 octobre 2009 par Erich Degen

Dernière modificaton le : jeudi 12 mai 2011

5°/ GUERRES.

L’ « ordonnance de Tibère » traverse toute l’histoire de la Médecine. Elle décrète que tout homme arrivé à l’âge de trente ans doit être son propre médecin. Reprise par Montaigne et Descartes, elle exprime que « quiconque avait vécu vingt ans se devait répondre des choses qui lui étaient nuisibles ou salutaires et se savoir conduire sans médecine ».

À la fois, elle questionne l’homme sur son usage de la médecine et donne un cadre et un objectif aux médecins.

Un cadre, car elle met en avant les notions d’hygiène et de prévention, sous-entendant qu’une vie saine est seule à même de permettre à l’homme de conserver la santé.

Un objectif qui devient ainsi, concourir à l’autonomie de l’homme en l’aidant à se mieux connaître et à adopter les comportements et régimes qui sont bons pour lui.

Ce n’est que très récemment qu’on a pu noter que cette pensée se retrouve finalement dans l’usage de l’auto-médication, usage lié à une méfiance certaine et croissante à l’égard de la médecine moderne, ce qui n’était pas le but.

Si on en est là aujourd’hui, c’est peut-être qu’il y a eu un certain brouillage au niveau des idées concernant la médecine, brouillage que je vais tenter humblement de clarifier ici.

Dans une conférence donnée en 1978 à l’Université Louis Pasteur de Strasbourg à l’occasion du centenaire de la mort de Claude Bernard, Georges Canguilhem indique que 1878 est également l’année où le médecin-général Charles Sédillot invente un mot consacré plus tard par Émile Littré dans le Dictionnaire de Médecine. « Ce mot est microbe, appelé à la fortune que l’on sait chez les savants et dans le public, car il est plus que l’identification d’une réalité jusqu’alors mal cernée, il est l’instigation d’une nouvelle attitude scientifique, sociale et politique, de l’homme confronté à ses maladies »

Pour nous, vétérinaires, 1878 est également l’année d’une refonte complète des chaires d’enseignement à l’intérieur des Écoles Nationales Vétérinaires, en particulier d’un émiettement de la chaire jusqu’alors principale, l’Anatomie, qui perd la Physiologie. Quelques années plus tard, elle perdra aussi l’Histologie et l’Anatomie Pathologique.

Le fait que cette séparation s’opère l’année même de la mort de Bernard nous donne l’idée d’un lien puissant entre la recherche bernardienne et la profession vétérinaire.

C’est le cas effectivement. Dans les années 1840-1870, la recherche expérimentale en médecine trouve un écho profond chez ceux de nos anciens qui sont à la pointe du progrès. Il s’opère là une remarquable marche en avant qui doit mener à une reconnaissance effective de la profession chère à Bourgelat.

Mais il existe un sacré fossé entre les contributions des vétérinaires à la science naissante, qui leur vaut l’entrée dans les Académies, et les préjugés qui s’attachent à la réalité « animale » de leur pratique. Ainsi Gambetta, à l’Assemblée Nationale, pour discréditer des opposants, les traite publiquement de « parti de sous-vétérinaires ». C’est la grosse insulte.

Tout cela va changer avec l’avènement de Pasteur, littéralement « porté » (bien avant le corps médical) par une partie des vétérinaires qui voient là, indépendamment de toute conception scientifique, l’occasion historique de viser dans la société une place dont ils pensent qu’elle leur revient de droit. Ce qui sera chose faite avant la première guerre mondiale.

Car sinon, sur les plans scientifique et philosophique qui nous intéressent, les vétérinaires sont très partagés quant à la « théorie des germes » du chimiste jurassien.

L’école de Lyon, derrière Auguste Chauveau, reste globalement fidèle à Claude Bernard. L’école d’Alfort, derrière Henri Bouley, est très tentée par l’aventure pastorienne. C’est la guerre.

Parce que les théories pastoriennes posent quand même un gros problème vis à vis du positivisme, qui est toujours à cette époque le symbole de l’espoir de l’homme en des temps meilleurs.

En déterminant un élément (le « microbe » bientôt), cause des maladies, Pasteur éloigne la Médecine du concept d’autoguérison hippocratique. Que devient en effet l’ « allié dans la place » dans cette nouvelle situation ? Il redevient motif à discussion, et finalement s’efface devant une réalité plus crue.

D’un point de vue pratique, il y a progrès c’est sûr, puisque avérer l’ennemi permettra, nous allons voir comment, de prévoir et planifier des stratégies thérapeutiques.

D’un point de vue conceptuel, il s’agit là, sans autre explication, d’une régression.

Claude Bernard va donc s’opposer de toutes ses forces à cette théorie, c’est à dire armé, cela seuls les ostéopathes peuvent l’affirmer ainsi, de ses propres préjugés au sujet du couple nerveux/circulatoire.

Canguilhem note : « Si [Claude Bernard] a approuvé la réfutation pasteurienne de la théorie des générations spontanées, il n’a pas réussi à entrevoir la fécondité théorique de l’application thérapeutique éventuelle de la théorie des germes. Pour comprendre rationnellement les phénomènes de l’infection et de la contagion, il fallait n’être pas obsédé par la conviction dogmatique que toutes les maladies sont d’origine nerveuse. S’il est exact, à la rigueur, que, comme le disait C. Bernard, les nerfs ont une action sur les maladies infectieuses, il vaudrait mieux pour lui n’avoir jamais écrit : « Une paralysie nerveuse peut produire une maladie septique. » En cette matière, le type de rationalité physio-pathologique conduit à une explication des symptômes, mais c’est Pasteur et Koch qui ont mis en œuvre le type de rationalité capable de résoudre les questions d’étiologie ».


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