L’Ostéo4pattes

Tact : De La Mesure à La Démesure.

Créé le : lundi 12 juillet 2010 par Erich Degen

Dernière modificaton le : samedi 17 janvier 2015

Mesurer la taille d’une queue ne peut sérieusement s’envisager.

C’était en deux mille cinq. En août, je crois. Juste après qu’un homme, fort bien intentionné comme on en jugera aussitôt, m’éructa, les yeux dans les yeux et la bave aux lèvres, ou presque :

« Pierre Tricot, quand il traduit Still, je l’adore, mais quand il parle de conscience des cellules, je le
hais ! »

La bite est incommensurable, tout le monde sait ça.

La scène se passe dans l’arrière-salle d’un restaurant, dans une petite rue au pied du Parc des Buttes-Chaumont à Paris, lieu habituel des réunions du Comité d’Experts de l’Académie d’Ostéopathie (CEAO). L’homme évoqué plus haut, mais très bas non ?, est le rapporteur et la tête pensante dudit Comité. Pour mieux sentir le sel de l’affaire, il faut savoir que Pierre Tricot est un des fondateurs de l’AO douze ans plus tôt. Quant à moi, je me trouvais là en tant que membre actif de l’AO, responsable du Département d’Ostéopathie Comparée depuis trois ans que j’avais présenté mon mémoire sur l’autoguérison.

Je m’explique : il ne peut pas s’agir de mesurer les dimensions du tuyau qui pend quand elle ne sert à rien ou bien pisser. D’accord, on pourrait comparer de deux queues la pression de l’émission. C’est sans doute ce que signifie le jeu au plus haut du mur mais chacun sait que c’est un
jeu d’enfants.

Depuis trois ans, inlassablement, à raison de trois-quatre réunions par an, je tentais de faire entendre ma différence d’ostéopathe des mammifères naissant au milieu de respectables ostéopathes
très humains qui tous avaient connu les temps redoutés de la clandestinité. Ils en tremblaient encore. Et si moi j’étais en colère, c’est clair, il faut bien dire qu’eux suaient la peur.

Non, je vais parler de la bite érigée qui gagne, l’a-t-on assez entendue, à être la plus grosse et permet à son propriétaire d’espérer diriger le monde.

Je m’essayais, mais j’y arrivais de moins en moins, on l’a bien compris, à montrer, qu’à côté de ce qui occupait l’essentiel de nos réunions, c’est à dire, orienter les mémoires de fin d’études ostéopathiques vers la production de choses mesurables et former les étudiants dans ce but, il y avait aussi la place pour exposer l’autoguérison et ce territoire magique, la neuro-hypophyse où sang et cellules nerveuses se mélangent si intimement. C’était pas gagné. En attendant patiemment et enrageant intérieurement, je collaborais donc à ce que plus jamais un étudiant en ostéopathie ne puisse traduire dans ses écrits sa joie dans la vie, comme moi et d’autres l’avaient fait jusqu’alors.

Un monde de bites assurément.

Je les faisais bander de moins en moins, et quant à moi, je vous dis pas. Quand je dis bander, il y avait celle-là, là, je ne me rappelle plus son nom ou veux pas balancer (dis, Georges, ça serait pas
Lulu ?), elle me faisait penser à la ministre du Guerre de l’époque, celle avec les grosses lunettes, là, tu la vois ? Elle faisait peuuur.

Je me posais des questions, à son sujet, sur la taille du clitoris... toutes ces choses-là... souvent, je m’ennuyais avec application et commençais à entrevoir la matière d’un roman.

Je l’appellerais Hiiiiih ! Et ce serait la suite de Ouafouaf.

Bien sûr c’est pas mâle, mais c’est là qu’il ne faut pas se tromper de sujet de discussion.

Cette fois était la dernière fois que je les vis tous autant qu’ils sont. L’un d’eux avait eu le temps de me soigner sans appliquer la main. « Guéris ta colère » m’avait-il imposé paternellement. C’est qu’ils étaient tous aussi ostéopathes de bon aloi. Mais la loi est dure alors je les ai fuis.

C’était une situation d’urgence, rappelez-vous, la bave aux lèvres. Je devais prendre du recul, question de survie. Si je voulais avoir une chance de parler de la paix entrevue à étudier l’autoguérison de près, il me fallait me défiler devant le guerre qu’on me proposait, ne surtout pas
me laisser attirer sur ce terrain-là, sinon perdre le fil lumineux si ténu de l’histoire. Je suis donc rentré chez moi pour l’écrire.

La bite ne s’érige pas sans raisons, serons-nous d’accord sur ce point ? Quelle que soit la nature du stimulus, olfactif, visuel, tactile, onirique ou tous à la fois, le remplissage accourt et la queue se dresse. Mais quand même pas toujours pareillement, non ?

Pierre Tricot, c’est une rencontre à cinq temps. En 1999, lors de ma sixième année d’études près d’Aix-en-Provence, François Bel, son collègue en formations d’alors, était venu nous exposer durant
trois journées l’Ostéopathie Tissulaire. Puis, en 2000, personnellement aux prises avec la construction de la maison, la rédaction du mémoire et les tournées galopantes dans toute la France (saison 10), j’avais enchaîné sans rigoler une série de violentes crises d’asthme en mai, une bronchochose traînante et ravageuse en juin, une épaisse entorse de la cheville gauche en juillet et un fulgurlumbago en août, avant de me faire soigner par Tricot himself en septembre. Le fait qu’il reçût rue
des Juifs à Granville y fut-il pour grand-chose ? Toujours est-il que je pus continuer la même routine harassante jusqu’à Noël sans autre incident. Et puis suivit la formation, premier niveau en 2002, deuxième niveau avec ascenseur en 2005 et 2007.

Tout cela m’avait permis, pourtant encore si fort en colère, de saisir la démesure de l’insulte à la vie commise par le petit chef de l’AO, ainsi surtout d’éviter de relever le gant. D’ailleurs, un véritable ostéopathe ne met pas de gants, même quand il s’occupe des poubelles.

Et puis, je l’avoue, j’avais forcément admis que la sienne était plus grosse, il me l’avait tant dit et de tant de façons, je ne pouvais pas lutter... je parle de son expérience, of course.

On ne peut pas nier qu’entre une petite bandaison sympathique, du genre levons un sourcil devant une promesse indistincte, et une franche trique à la vue d’une scène érotique à laquelle il est convié, le même objet ne se ressemble déjà plus.

J’avais mieux à faire et je l’ai fait. En bon chien paléontologue, comme dirait Patrick Chêne, de race braque comme il se doit, j’ai gratté soigneusement tous les os déterrés en chemin. Je suis parvenu aux résultats que vous avez pu lire ou entendre tout au long de ces années.

Quand faudrait-il donc se précipiter avec le mètre ruban ?

Mais d’où me vient ce retour profus de mémoires ?

C’est cette histoire de mètre-ruban, toujours la même, elle me fait encore de l’effet, satanée colère, jamais (surtout pas !) entièrement guérie.

Certains, quand ils entendaient le mot Kultur sortaient leur Mauser, moi, quand j’entends le mot mesure, je rentre dans ma coquille. Est-ce Cargo de Nuit ? Je dois, Pluto, penser qu’on va me voler mon pied (mais rassurez-vous, j’ai de l’estomac).

Surtout que, arriverait-on au bon moment, on n’aurait alors obtenu que la taille maximale d’une bite dans le monde extérieur. Or, franchement, là n’est ni sa vocation ni son habitat préféré. Elle n’a pas fait tout ce chemin depuis le tuyau qui pend pour risquer s’enrhumer dehors. Car quand elle entre en moi, elle est claire qu’il ne cesse d’augmenter.

Moi, cette hélice fasciale, je la trouve jolie toute pleine et si déliée, mais justement c’est déliée que je l’aime. L’exposé d’hypothèses sur la tenségrité par Vieux Compère Jean-François Mégret (entrée
de concert à Maisons-Alfort en 1977) m’a été fort utile, durant toutes ces années, pour retirer de mon ostéopathie le poids de la gravité newtonienne.

Pouvoir s’affranchir de cette gravité, martelée dans les crânes dès tout petits sans délicatesse, définitivement implicite si on regarde bien, me semble être l’optimum de ce qu’on peut attendre de ces hypothèses attrayantes, je veux dire celles qui cherchent à « adapter le concept physique de tenségrité à l’être vivant dans sa globalité ».

Car ce ne sont qu’hypothèses.

Et, pourvu que l’ambiance lui complaise, je la sens qui grossit toujours.

Arriverait-on à en démontrer la pertinence, suite à une démarche expérimentale rigoureuse, qu’on se trouverait devant de sérieux écueils, par exemple la non-porosité des sciences entre elles, empêchant en général pour minimum cent ans une hypothèse fertile en sciences physiques d’être acceptée en biologie. Et je ne parle même pas de la frontière entre biologie et médecine, gardée par de fameux miradors, correctement garnis de tireurs d’élite (vers le bas).

Enfin, il ne faut jamais oublier qu’une hypothèse, même confirmée et re-confirmée, n’est pas suffisante pour ébranler une théorie, telle que la théorie pastorienne par exemple. Question de logique simple. Et la théorie pastorienne restant le dogme indébattu, l’ostéopathie de Still ne peut pas s’exprimer pleinement, je l’ai abondamment montré.

À ce moment-là, sans compter qu’on a parfois bien mieux à faire, comment devrait-on s’y prendre pour s’assurer de bons chiffres indiscutables ?

La mesure, ici, n’est d’aucun secours. Qu’il soit ruban ou barre d’acier, utiliser le mètre-étalon, glorieux représentant du système bâti sur Newton, ne saurait établir une quelconque vérité scientifique, en l’état actuel, dans un domaine mouvant où presque tout reste à faire. Déjà il faudrait posséder une nouvelle unité de mesure tenségritive, c’est le minimum.

Souvent on continue et alors c’est moi qui se sent grandir adhérente à cette vie qui croît elle aussi. Les centimètres sont-ils adéquats pour exprimer ce qui monte en moi ?

Ou alors c’est pour le plaisir ? Ah ! D’accord. Je comprends mieux. On va se faire plaisir à mesurer un truc qui sert à rien et qui veut rien dire ?

Bon, là j’suis okay, moi je le ferai pas mais j’en dégoûterai pas les autres, c’est promis.

Tout ce qui peut rendre la main plus confiante, tout ce qui lui permettra de percevoir la réalité en mouvement à l’oeuvre dans tel ou telle êtres vivantes, tout est à prendre, même avec le plus tordu ça marche, ça s’appelle autoguérison.

Est-ce toujours d’un objet qu’il s’agite et que je tangue jusqu’à ne plus même être capable de me souvenir d’une règle ni des mesures à prendre ni…mais de quoi parlais-je au faîte ?

Au faîte, il avait à moitié raison (donc à moitié mort), le dabe de l’AO, moi aussi, quand je pense à Pierre Tricot, je vois d’abord l’homme qui a passé des années à découvrir intimement Andrew Still.

Qu’on ne s’y trompe pas. C’est de cette intimité patiente à traduire en français la pensée de notre ancien que Pierre a tiré cette bonhomie accueillante qui frappe tant ceux qui le voient la première fois. Still devait être comme ça autant qu’il était différent.

Parlais-je de ce qui semble faire tourner le monde, qui se donne pour intelligent, quand ce n’est qu’un fantasme facile, un mensonge tacite, voire une absurdité entendue, la taille de la queue ?

Non, ce qui grandit alors c’est autant la femme en mon homme que sa queue en moi, et ça fait longtemps qu’on nage en pleine démesure.

C’est de la vie, simplement, et qu’on ramène ça à la taille d’un truc qu’on ne peut qu’à peine imaginer me laisse rêveuse.

L’important c’est le tact, pas la mesure. Et si c’était ça que nous démontre Pierre Tricot ?

En italiques, si vous reconstituez le puzzle des phrases entrecoupées, vous lirez le début du premier chapitre « la taille de la queue » du deuxième roman au Degré Chien, finalement intitulé « Pardonne l’espoir », et pas « Hiiiiih ! » qui n’est pas très vendeur, ou trop, je suis d’accord .

Le personnage qui parle s’appelle Luce Tigre, elle est écriveuse au Degré Chien qui est, comme elle le définit elle-même, un degré plus cru.

Elle est née lors du premier roman inédit au Degré Chien qui s’appelle « Ouafouaf » et qui date de 1989.

« La taille de la queue » fut conçu à mon retour de cette fameuse réunion des Buttes-Chaumont en 2005, va savoir pourquoi. Le reste du roman dura les deux années suivantes.

Inédit depuis lors, il ne l’est désormais plus tout à fait.

NDLR : Ce qu’il est donc inutile de faire ?



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