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A08 - Anatomie vétérinaire et Anatomie osteopathique (AS)

Créé le : jeudi 28 septembre 2006 par Claire Douart

Dernière modificaton le : mardi 28 novembre 2017

Il s’agit ici de comparer l’anatomie vétérinaire, telle qu’enseignée dans les Ecoles françaises et l’anatomie ostéopathique, entendue par un enseignant d’Anatomie non ostéopathe. Cette comparaison, très basique, voire simpliste, ne se veut en aucun cas polémique.

Nous nous intéresserons principalement à la splanchnologie et nous dirons quelques mots de la somatologie.

1. l’anatomie animale enseignée dans les écoles vétérinaires françaises, actuellement se limite aux Vertébrés, voire aux seuls Mammifères. Depuis plusieurs décennies, elle est basée sur l’anatomie systématique : elle délaisse l’anatomie régionale, jugée trop compliquée dans une première approche, ce qui nous paraît indéniable.

Rappelons la définition essentiellement physiologique de l’anatomie systématique, qui regroupe les organes concourant à la même fonction en appareils - lorsque les organes sont différents - ou en systèmes - lorsqu’ils sont semblables. Dans le cas des viscères [appareils digestif, respiratoire et uro-génital], elle s’enquiert pour chacun d’entre eux successivement de sa conformation - extérieure et intérieure, s’il y a lieu - de sa situation, de ses rapports et de ses moyens de fixité. Sans négliger les deux dernières questions, elle fait la part belle aux deux premières.

Les rapports envisagés dans l’anatomie vétérinaire sont les seuls rapports de contiguïté. Quant aux moyens de fixité, ils sont souvent listés sans que leur valeur soit réellement établie. Une dérive actuelle consiste à ne pas distinguer les moyens de fixité des moyens d’union, de sorte qu’il n’est pas véritablement fait de place à la notion de fixité de l’organe : à la fin du cours, les étudiants n’ont pas vraiment réfléchi à la variabilité de la situation de l’organe étudié en fonction de la valeur de fixité des moyens énoncés, de sorte que la situation décrite avant les rapports et les moyens de fixité semble immuable, au sens premier.

Nous prendrons l’exemple du foie du Chien.

Celui-ci est présenté aux étudiants nantais comme une glande annexe du tube digestif, élément de l’appareil digestif :
- située contre le diaphragme,
- en rapport avec ce dernier, la face pariétale de l’estomac, les intestins mais aussi le rein D et le pancréas, sans compter les veines porte et cave caudale.

Ses moyens de fixité sont de trois ordres, la pression des viscères à l’entour, les ligaments et la continuité avec la veine cave caudale.
Aucun moyen de fixité par continuité de structure n’est clairement mis en évidence dans le cas du foie. Si tel est le cas, comme lors de la description de l’estomac - continuité avec le cardia et avec le pylore - la fixité du cardia et du pylore n’est elle-même pas précisée.
Il est ajouté finalement que le foie est appendu par les ligaments coronaire et triangulaires dans la cavité abdominale et qu’il est plaqué contre le diaphragme par la pression de l’estomac.

L’anatomie ostéopathique ne renie pas l’anatomie vétérinaire : elle emploie les mêmes définitions et observe les mêmes phénomènes. C’est l’importance qu’elle leur donne qui est modifiée. Certes la conformation et la situation générale d’un viscère restent étudiées mais ce sont ses rapports qui priment. Ceux-ci sont plus larges que ceux compris en anatomie systématique et l’on peut ainsi en définir plusieurs types :
- relation ou rapport de continuité : les deux organes se succèdent et la limite entre les deux est arbitraire. Exemple de la continuité estomac-intestin arbitrairement placée au niveau du pylore par les descripteurs. Ce sont ceux que l’anatomie vétérinaire classe parmi les moyens de fixité, en omettant de préciser le plus souvent si la continuité permet, ou non, de fixer l’organe en question.
- relation de contiguïté, dite rapport direct : les deux organes sont au contact l’un de l’autre. Exemple de l’estomac et du foie, appliqués l’un contre l’autre. Ce sont les rapports définis par l’anatomie vétérinaire.
- relation médiate, dite rapport indirect : les deux organes sont en rapport grâce à un intermédiaire. Exemple de la tête et de la queue de l’animal, indirectement en rapport par l’unicité du tissu conjonctif de l’organisme. Ce type de rapports, cher à Etienne GEOFFROY SAINT-HILAIRE - l’un des fondateurs de l’Anatomie comparée, qui en a fait l’un des principaux piliers de la notion d’homologie [notion que nous devons plus tardivement à Richard OWEN], sont complètement ignorés de l’anatomie vétérinaire, et d’autant plus facilement qu’ils ressortissent à une discipline que n’enseignent pas les anatomistes dans les Ecoles vétérinaires françaises : l’histologie [même si une épreuve d’histologie est prévue dans leur concours d’agrégation].

Les rapports, du fait de leur importance, peuvent primer dans le choix du plan, de sorte que l’anatomie systématique n’est plus retenue. Reprenons l’exemple du foie du Chien. Dans le cadre de la formation Nantaise à l’ostéopathie, son étude entre dans celle beaucoup plus vaste centrée sur le diaphragme thoracique : le foie est d’abord et avant tout remis dans son contexte embryologique. Ainsi il est décrit un "bloc anatomique" centré autour du diaphragme thoracique et composé, outre de ce dernier, du c¦ur d’un côté, du foie, de la rate et du pancréas de l’autre côté. L’accent est mis sur la continuité originelle des mésos du foie avec le médiastin, qui sont secondairement séparés par la cloison diaphragmatique. Par ailleurs, dans le cours consacré aux fascias, l’évidente continuité conjonctive de l’organisme est réaffirmée, qui nous permet de cheminer du c¦ur au foie sans ambages.

Nos considérations personnelles nous font dire que cette différence d’approche dans la notion de rapports entre les deux anatomies est, bien entendu, fondamentale. L’anatomie vétérinaire usuelle, pour peu que l’on ne soit pas puriste, fait vite le tour de l’observation et de la mémorisation des viscères des quelques espèces de Mammifères domestiques du programme d’enseignement. L’anatomie ostéopathique oblige, quant à elle, à se pencher sur les détails laissés de côté par l’anatomie vétérinaire : l’examen des mésos, non plus en tant que moyens de fixité plus ou moins efficaces mais en tant que moyen de relation médiate [ce qui est un pléonasme : méso et média = moyen] devient primordiale. Il ne s’agit plus d’une observation superficielle mais bien d’une investigation dont les résultats ne sont pas toujours gagnés d’avance : seule l’anatomie ostéopathique apprend vraiment à observer. Il est fort possible, en contrepartie, qu’en tant que première approche, elle soit extrêmement difficile à aborder [entremêlement des niveaux d’approfondissement, plan ne répondant pas à la logique habituelle].

2. ajoutons rapidement que, dans le cas de l’étude du squelette lato sensu, la notion de moyens de fixité n’a pas lieu d’être. Par contre, il s’ajoute une notion dynamique, que l’anatomie vétérinaire classique base très simplement sur le bon sens : observation du volume et des insertions musculaires, de l’anatomie des articulations : forme des surfaces articulaires et emplacement des ligaments, suffit à déterminer le déplacement général des abouts osseux mis en jeu. Ce qui ne veut pas dire que les anatomistes vétérinaires réduisent la biomécanique à ces notions trop simples mais l’enseignement en reste très rudimentaire.

Prenons l’exemple des vertèbres. Les vertèbres sont décrites très simplement puis les mouvements des segments vertébraux sont rendus par l’observation des surfaces articulaires du corps et de l’arc : mouvements amples des vertèbres cervicales et mouvements extrêmement limités des vertèbres lombaires.

Bien entendu, l’anatomie ostéopathique, en faisant primer les petits mouvements, ne peut se réduire à cette étude de premier degré. Mais, là encore, elle mêle les niveaux de connaissance, mettant la somatologie à un niveau de difficulté que le temps ne permet pas de lever dans une Ecole vétérinaire.

Pour conclure, l’anatomie ostéopathique est tout à fait passionnante dans la mesure où elle permet d’oser ce que l’anatomie vétérinaire élimine. Cependant, elle est d’un niveau de compréhension qui oblige à un temps d’enseignement bien supérieur et il n’est pas dit qu’une étude en deux temps, le premier correspondant à une approche vétérinaire, le second correspondant à un chamboulement ostéopathique des données vétérinaires, ne soit pas une solution didactique à retenir.



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