L’Ostéo4pattes

Ostéopathie des Mammifères (1)

Créé le : jeudi 25 septembre 2008 par Erich Degen

Dernière modificaton le : lundi 21 mai 2018

Voici l’heure de présenter le concept qui anime ma pratique depuis toutes ces années. Ostéopathe des Mammifères, c’est ce que je suis, après tout. Après quoi ?

Diplômé vétérinaire du Val-de-Marne en 1984, puis diplômé d’ostéopathie de la Collégiale Académique en 2002, la question de ma légitimité est vite réglée. Mais ce concept particulier, vous, vétérinaires étudiants en ostéopathie, aurez plus d’un mot à en dire.

C’est pourquoi nous établirons d’emblée une règle du jeu, règle du cours, règle du Jour.

 ► Règle du Jour

Le cours que vous allez suivre aujourd’hui sera conçu comme un débat. Je vais d’abord rappeler ce que sont, pour moi, les conditions d’un débat, j’en trouve trois :

1. sujet

Il faut s’entendre sur le sujet dont on doit débattre et essayer d’éclairer le niveau d’où l’on en parle, c’est à dire le point de vue.
Le niveau le plus simple, c’est « on », l’opinion publique.

« On » pense « ça », ne signifie nullement que le point de vue de « on » serait, par nature, inférieur à tout autre.

Chacun ici je l’espère aura vécu ce type d’expérience étrange, qui peut même s’avérer déstabilisante pour peu qu’on soit mal assis, où un point de vue éclairé d’une réflexion profonde se trouve remis en question par un trait issu d’une pensée populaire qui ne se rattache à aucune école connue.

C’est là l’origine des dictons, adages et autres maximes, dont on peut dire, une fois qu’ils ont traversé les siècles, qu’ils correspondent à un vécu puissant, un accord unanime, une pensée partagée dépassant toute logique et les nourrissant toutes par ailleurs.

Une fois ceci posé, reconnaissons d’autres points de vue, plus complexes, par exemple : historique, scientifique, philosophique, religieux, etc..., Qui, eux, nécessitent, pour s’exprimer clairement, le respect de la pensée de celles et ceux qui les ont explorés avant soi.

Pour autant, l’Ostéopathie, selon Andrew Still son découvreur, se définissant à la fois comme un Art, une Science et une Philosophie, un ostéopathe, comme tout être vivant complexe par nature, en empruntera à ces différents domaines pour éclairer son point de vue. Il aura alors, plus qu’un autre, l’obligation de correctement définir de quoi il parle et d’où il en parle... sinon, point de débat.

2. Débat

Pour qu’il y ait débat, il faut évidemment ne pas être d’accord au préalable.

Même si nous pouvons nous fixer comme objectif provisoire de parvenir à une sorte d’accord final, il faut reconnaître que le consensus représente le degré zéro du débat.
Nous devrons donc en passer par la polémique.

Dans le cours « Présentation, histoire, principes et épistémologie de l’ostéopathie » donné à vos prédécesseurs de la première formation à l’ostéopathie vétérinaire de l’ENVN par Édouard Schalchli et moi-même, nous écrivions ceci : « La polémique a pour vertu essentielle d’obliger les interlocuteurs à dévoiler le point de vue d’où ils parlent et considèrent les problèmes posés.

En dénonçant les incohérences ou les failles d’autrui, on affirme sa propre cohérence et sa propre intégrité et on l’expose à la critique, comme l’a bien montré Popper, puisqu’on définit un idéal de cohérence et d’intégrité qui constitue un critère auquel on doit soi-même se conformer.

Prétendre se passer de cette forme conflictuelle de dialogue qui est en usage depuis l’origine de ce qu’on appelle la pensée rationnelle, ce n’est pas seulement s’installer dans l’outrecuidance et la manie monologuante, c’est se priver du meilleur moyen dont dispose l’esprit humain pour se réformer et se rapprocher d’une quelconque « vérité », du moins dans les limites qu’il peut s’assigner lui-même en se définissant comme capacité rationnelle.
Pour autant, la polémique ne peut-être considérée comme forme unique du dialogue.
Elle n’est qu’une phase ou une dimension, précédant et nécessitant une phase ultérieure qui la dépasse et assure le passage à une dimension supérieure permettant de reprendre les termes du débat sur un mode non polémique. »

Je reprends donc ces phrases sans en rien ôter, tout en ajoutant que, puisque la question d’aujourd’hui est d’examiner le concept d’ « Ostéopathie des Mammifères », le débat conduirait-il à en démontrer la vanité que je me trouverais du même coup renvoyé à mes chères études, voire, pourquoi pas, à cesser définitivement d’ennuyer le monde avec des idées fausses.
Honnêtement, je m’y prépare, aujourd’hui comme chaque jour.

3. Clarté

Pour qu’un débat soit clair et constructif, il ne faut pas qu’un point de vue, par nature, l’emporte systématiquement sur un autre. Deux points de vue doivent pouvoir s’exprimer indépendamment l’un de l’autre, sans que l’un soit forcé de s’exprimer dans les termes de l’autre. C’est en partant de cette idée simple que nous avions, entre 2001 et 2003, bâti le cours que nous présentâmes à vos prédecesseurs entre 2003 et 2005.

À l’époque, la loi sur la reconnaissance de l’ostéopathie humaine venait de paraître et nous pensions, par ce travail, contribuer à sa clarté. Ce travail, en outre, tentait humblement de répondre à la demande initiale et provocatrice de Claire Douart à notre équipe d’enseignants, « J’attends de vous que vous exposiez la validité scientifique de l’ostéopathie ».

Force est de constater qu’en 2008, et bien que l’ostéopathie soit officiellement reconnue, il n’y a pas eu d’avancée notoire sur le terrain où nous emmenions le débat. Mais nos arguments n’ayant, à ma connaissance, reçu aucune réfutation, il reste possible de reprendre là où nous l’avions laissée l’étude scientifique de l’ostéopathie, c’est-à-dire d’examiner ce qui oppose et rapproche science et ostéopathie, sans présumer d’une quelconque supériorité de l’une sur l’autre, qui, je le répète, annulerait d’emblée tout débat.

C’est ce que nous essayerons de faire ensemble, une fois la règle d’aujourd’hui posée.

 ► Mammifères...?

Parler « d’Ostéopathie des Mammifères » signifie d’abord envisager la vie animale dans ce qu’elle a de plus global, insister sur la communauté d’organisation en son sein plutôt que sur les différences entre l’homme et les animaux ou entre les animaux eux-mêmes.

Ceci fait sans poser comme préalable une supériorité de l’homme sur le reste du monde vivant. C’est aussi, bien sûr, privilégier dans l’étude qui va suivre le point de vue ostéopathique, c’est à dire issu de la pensée de son découvreur, Andrew Taylor Still, enfin, ce que j’en ai compris.

Je me propose de faire cela en suivant le plan ci-après

 ► Plan Du Cours.

Chaque chapitre fera l’objet d’un article distinct dans cette revue.

1. Introduction.
Naissance de la Médecine.
Il y sera question d’Histoire et de Philosophie, de Cuisine et d’un point d’Embryologie.

2. Développement et premiers pas.
On y parlera encore d’Histoire et de Philosophie, d’Anatomie, d’Embryocinèse, de Physique et de Chimie.

3. Révolutions.
Il y sera toujours question d’Histoire et de Philosophie, du Positivisme, de l’Ostéopathie, d’Anatomie et de Physiologie.

4. Paix
Nous présenterons l’Utopie Républicaine (c’est-à-dire l’Anarchie). Partant de là, nous verrons le développement de l’Ostéopathie et de l’Histoire des Sciences, en particulier de l’Évolutionnisme au 20° siècle.

5. Guerres.
Nous parlerons là de l’émergence et du développement de la Médecine Moderne à travers l’Histoire de ce 20° siècle encore inachevée.
6. Conclusion.
Espoir d’un âge adulte pour la Médecine.
Nous y imaginerons les conditions de début du 21° siècle, nous parlerons de la Glande Pinéale et de l’Homéostasie, de Relativité et de Physique Quantique, d’Évolution, et enfin nous dirons quelque chose de l’Ostéopathie Tissulaire.

 ► Introduction : Naissance De La Médecine.

À l’origine de la Médecine, il y eut la Cuisine.

La naissance de la Médecine, elle, est inséparable de la pensée des philosophes grecs (ioniens) du 5° siècle avant JC.

Auparavant, l’homme, par chez nous, vit dans un monde dominé et régi des Divinités.

S’il est frappé d’un mal, qu’il en réchappe ou qu’il en meure, c’est qu’un ou plusieurs Dieux le veulent bien.

Ce qui ne l’empêche pas d’essayer d’agir. C’est parce qu’il y a des êtres vivants malades et d’autres en bonne santé qu’il y a une médecine (Canguilhem disait : « Si l’humanité s’est donnée une médecine, c’est qu’elle ne pouvait s’en dispenser »).

Mais son action principale se résume en prières et sacrifices, et son attente, finalement, en miracles ou cataclysmes. Quand il exerce la Cuisine, il fait preuve d’un empirisme non fondé en raison, moqué par Platon dans Phèdre.

Dans Phèdre, dialogue où l’on voit Socrate s’efforcer de démystifier l’art de la rhétorique au profit de la philosophie en opposant le souci du vrai qui peut seul inspirer l’art véritable à l’exigence de vraisemblance qui conduit l’orateur habile à dissimuler sous les apparences d’un savoir inconsistant son ignorance réelle des sujets les plus importants, un bref passage est consacré à la médecine :

« Dis-moi donc, si quelqu’un venait trouver ton ami Eryximaque ou son père Acoumène, et leur disait : « Je sais par l’emploi de certaines drogues échauffer ou refroidir à mon gré le corps, faire, si bon me semble, vomir ou évacuer par le bas, et produire quantité d’autres effets du même genre, et je prétends de ce chef être médecin et faire un médecin de tout homme à qui je transmettrais ces connaissances », que penses-tu qu’ils répondraient à ces prétentions ?
- Ils lui demanderaient à coup sûr s’il sait encore à qui et quand il faut appliquer chaque traitement et à quelle dose.
- Et s’il répliquait : « Je n’en sais absolument rien, mais je prétends qu’un homme qui aura reçu mes leçons sera lui-même capable de faire ce que vous demandez » ?
- Ils répondraient, je pense : cet homme est fou !
Pour avoir appris dans quelque livre ou mis la main sur quelques petits remèdes, il s’imagine être médecin, bien qu’il n’entende rien à cet art. »

L’art dont il est question ici est celui du Dieu Asclépios (Esculape chez les Romains).

Son culte fut établi d’abord à Épidaure, lieu de sa naissance. De là, il se répandit bientôt dans toute la Grèce. On l’honorait à Épidaure sous la forme d’un serpent. Une statue d’or et d’ivoire, ouvrage de Trasymène de Paros, le représentait sous la figure d’un homme assis sur un trône, ayant un bâton d’une main, et appuyant l’autre sur la tête d’un serpent, avec un chien couché près de lui. Le coq, le serpent et la tortue, symboles de la vigilance et de la prudence nécessaires aux médecins, lui étaient spécialement consacrés. On voit là l’origine du caducée, symbole encore aujourd’hui des professions médicales.

L’activité médicale qui se caractérise à partir d’Hippocrate va s’opposer à la pensée religieuse en ce qu’elle se fonde sur l’observation de la nature.

Les philosophes ioniens prônent le voyage, la visite d’autres contrées pour comparer, afin d’étendre leur connaissance de cette nature universelle.

La méthode hippocratique consiste d’abord dans la prise de notes, établissant ainsi un relevé d’observations qui, mêlées au raisonnement, permettent une investigation sensée du réel. Tout est matière à observation, rien n’est exclu a priori.

Pour Hippocrate, il apparaît tout aussi important de consigner les symptômes que présente le malade, – les chemins qu’emprunte son corps et qui le font dévier - c’est à dire, lui font quitter la santé – que d’envisager les conditions dans lesquelles vit cet homme ou cette femme, situation géographique, données climatiques, mais aussi coutumes et variations ethniques, et encore, système politique et position occupée par le malade au sein de celui-ci.

Dans le concept hippocratique, l’analyse de la nature du corps est intimement liée à la connaissance de la nature universelle.

Affranchir l’homme des pensées religieuses ou magiques qui subordonnent jusqu’alors son devenir à l’inconnu revient à développer le savoir, la science. Dans la méthode préconisée par Platon à travers Socrate, ce qui est essentiel, c’est l’idée d’une nécessaire connaissance de l’universel pour décrypter ce monde des phénomènes auquel nous confronte la vie, avec ses exigences pratiques.

La méthode hippocratique vise à faire du médecin avant tout un homme qui sait ce qu’il fait et qui ne fait pas ce qu’il ne sait pas, idée clairement exprimée dans cette célèbre sentence :

« Il n’y a que deux choses : savoir et croire savoir. Savoir, c’est la science, croire savoir, c’est l’ignorance ».

On voit facilement là un pont avec la pensée platonicienne qui oppose aux savoirs non fondés le non-savoir radical. Comme dit Socrate : « Je ne sais qu’une chose : c’est que je ne sais rien ». S’engager dans la voie de la science, celle du savoir véritable, c’est d’abord avoir conscience des limites de la connaissance.

On ne s’engage pas par là pour devenir l’égal d’un Dieu, Celui qui Sait tout, Celui qui est omniscient.

C’est même très exactement le sens contraire, comprenons bien que c’est justement la pensée des ancêtres dont Platon vise à sortir l’homme, le rendant ainsi moderne. L’homme ne saura pas tout, alors il ne sait rien. Armé de cette certitude, il peut aller vers le savoir.

La définition hippocratique qui oppose science et ignorance est d’abord négative, il s’agit moins de savoir ce qu’est la médecine que de savoir ce qu’elle n’est pas : elle n’est pas un pouvoir de guérison ni une collection de recettes, elle est une capacité rationnelle, celle de discerner entre savoir et non-savoir, elle est d’abord conscience de ses limites. Mais en posant ces limites, Hippocrate (comme Socrate) pose les bases et les conditions d’un savoir véritable : pour guérir en connaissance de cause, il faut connaître la nature du corps et la nature universelle.

Du coup, la médecine est moins un art d’application qu’une voie de réflexion, qu’un cheminement vers la vérité.

Par contre, là où le médecin d’Hippocrate se différencie du philosophe, c’est qu’au yeux du public profane, le médecin est d’abord un praticien capable, un savant, dont on attend qu’il sache. D’où la prudence et la vigilance dont il doit faire preuve, Asclépios veille. Cette grande difficulté, attribuée d’emblée à la pratique de l’art médical – savoir qu’on ne sait pas tout et se présenter en tant que celui qui sait – la méthode hippocratique use de sagesse pour y faire face. Afin de ne pas laisser le médecin désarmé, elle énonce que le fait de connaître conduit avant tout à reconnaître ce qui, dans la nature, va dans le sens de l’acte médical : « Dans l’intérieur du corps existe un agent inconnu qui travaille pour le tout et pour les parties, qui est à la fois un et multiple ».

Il n’y a d’action médicale possible que si le corps se prête à cette action et collabore avec le médecin, qui ne croit pas pouvoir obtenir quelque chose, que ce soit par la force, ni par la ruse.

Voici présenté le concept d’autoguérison.

Tel qu’il est à l’origine et tel qu’il n’a pas vocation à changer. N’étant pas scientifique, il n’est pas matière à débat. Il n’est pas un concept mouvant tendant à évoluer et à être critiqué.

Il est juste la condition première à l’exercice sensé de la Médecine, car nul n’a intérêt a se priver de cette arme. Le raisonnement [hippocratique] suppose d’avance qu’il y a un « allié dans la place » qui répondra à la sollicitation médicale, parce que l’ordre de la nature est pensé en fonction de ce qui caractérise la vie, dont le modèle est, pour les grecs, la vie en société : dans le corps, comme dans une ville ou dans une maison, tout est disposé dans l’intérêt de la communauté, et le corps lui-même est considéré en tant que communauté : « Il n’y a dans l’économie – entendu comme « art de gérer une maison » — qu’un but, qu’un effort, tout le corps y participe ; c’est une sympathie universelle. Tout est subordonné à tout le corps, tout l’est aussi à chaque partie ».

L’allié dans la place, dont parle Hippocrate, n’est pas un énième avatar de la figure divine protectrice qui veillerait au salut de l’homme. Encore une fois, c’est tout le contraire. Il représente l’exigence du savoir, l’appui immobile que peut se donner l’homme de science en toute conscience.

Hippocrate observe cette nature et y décèle d’abord une profonde harmonie dont l’homme participe.

Que le médecin veille à s’y conformer et il peut être sûr que l’allié dans la place fera bon usage de sa pratique et que la santé s’en trouvera renforcée. Son rôle de médecin sera autant d’user de la force conférée par cette vision que d’éclairer tout ce qui est susceptible de l’étayer. Il va le faire en développant les sciences médicales, en faisant apparaître comment l’homme est constitué (Anatomie) et comment il fonctionne (Physiologie), avant d’étudier comment, parfois, il dysfonctionne (Pathologie) et ce qu’on prescrit pour qu’il se remette à fonctionner (Thérapeutique).

Ça, c’est le programme, c’est pour plus tard.
Mais tout de suite, pour ses actes quotidiens, il doit non seulement se sentir aidé, mais aussi rester mesuré.

Alors, pour limiter ses prétentions aventureuses, l’envie qu’il pourrait ressentir de se remettre à la Cuisine dont il est issu, il lui trace une frontière absolue : d’abord ne pas nuire.

Primum non nocere est l’expression concrète de la sagesse qui doit, chez le médecin, se développer auprès du savoir scientifique.

Le médecin ne doit jamais oublier les limites de ce savoir. Il évitera ainsi de prétendre à un savoir définitif, prétention qui serait régression plutôt que progrès. Pour espérer ne pas nuire, le médecin devra observer, réfléchir et agir, aussi lentement, en fait, que l’urgence le permet.

On peut ainsi voir que la pensée hippocratique ne s’opère pas en rupture avec la pensée religieuse qui la précède. Le progrès consiste à substituer à des Dieux qui échappent, par définition, à toute analyse, l’observation des phénomènes vitaux dont on a décidé a priori qu’ils concourent à l’établissement et au maintien de la santé de l’homme et qu’il ne tient qu’à l’homme de science d’étudier plus avant.

 ► Petit Aparté.

Je peux ainsi donner mon avis sur l’exergue du mensuel Biocontact de septembre 2007 :
« L’autoguérison, mythe ou réalité ».
Cette question polémique non formulée (il n’y a pas de point d’interrogation) qui viserait à opposer les médecines dites alternatives, tenantes de l’autoguérison, à une médecine officielle qui la nierait, est imprécise et ne peut se poser en ces termes.

Car, en toute logique, on devrait répondre : « Ni l’un, ni l’autre, l’autoguérison est un a priori à toute médecine ».

L’autoguérison n’est pas un mythe, elle est une référence pour la pensée scientifique qui vise à affranchir l’homme des pensées religieuses et magiques.

Elle n’est pas une réalité, au sens scientifique du terme, c’est à dire scientifiquement prouvée, car elle est posée a priori.

Elle est certes une réalité, mais d’un autre ordre, et elle se nourrit, depuis Hippocrate, de toutes les découvertes sur la vie et les phénomènes vitaux, qui avèrent l’appartenance de l’homme à un ordre naturel plus vaste.

Mais le médecin ne vit pas dans un monde fait que de médecins, et le public, auprès duquel son art ou sa science s’exerce, n’est pas censé entrer dans toutes ces subtilités.

Le public est fait de femmes et d’hommes qui naissent, vivent, enfantent et meurent (même les médecins) et qui voient leurs proches naître, vivre, enfanter et mourir. Même dans un monde où la médecine progresse et met à jour les mécanismes les plus intimes du fonctionnement du corps et du développement de leurs maladies, les humains continuent de souffrir directement ou indirectement. Pour continuer malgré tout à vivre, il leur faut continuer d’espérer, de prier, quels que soient le sens, la direction et la nature de ces prières, c’est toujours s’adresser à l’inconnu.

La fonction dévolue à la superstition.

 ► Vocabulaire.

Le dictionnaire Petit Robert, dans son édition de 1984, nous renseigne :

Superstition est un nom féminin, employé pour la première fois en 1375 pour désigner la « religion des idolâtres », le « culte des faux dieux ».

Son étymologie est latine, de superstitio, lui-même probablement issu, en latin plus ancien, de superstes « survivant », de superstare « se tenir dessus », pour désigner ceux qui prient pour que leurs enfants leur survivent. Bien avant de prendre les sens modernes de « Comportement irrationnel vis-à-vis du sacré », d’ « attitude religieuse considérée comme vaine », « d’Ensemble des traditions religieuses, des préjugés contraires à la raison », s’opposant ainsi à la philosophie, ce qui fit dire à Voltaire : « La superstition, cette infâme »...

Très loin avant de signifier « Le fait de croire que certains actes, certains signes entraînent, de manière occulte et automatique, des conséquences bonnes ou mauvaises », la « croyance aux présages, aux signes », enfin « Toute attitude irrationnelle, magique, en quelque domaine que ce soit »...

La superstition (c’est-à-dire le terme dont elle procède) désignait ce fait, vieux comme le monde, qui est de se soucier de la vie de ses proches, ses plus proches étant bien sûr ses enfants, et de redouter leur mort.

On voit donc aisément que, même dans le monde moderne, laïc et scientifique où nous vivons aujourd’hui et où la superstition représente un des sujets les plus constants de moquerie, il n’y a que deux façons de cesser de l’être, superstitieux, au sens primitif du terme (qui est celui vécu par les humains de tous temps) : soit, cesser de se soucier du devenir de ses enfants, cesser de les aimer, ce qui représente assurément une forme d’inhumanité vers laquelle je ne pense pas que la majorité des habitants de notre partie du monde souhaite aller ; soit, plus simplement, cesser d’avoir des enfants.

En attendant qu’une de ces éventualités se réalise, il paraît plus sain de s’accepter pour ce qu’on est, c’est-à-dire toujours et encore soumis aux vicissitudes de la vie et de la mort et capable, comme tout un chacun devant un événement tragique, d’oublier toute rationalité et de se livrer, pieds et poings liés, à l’inconnu.

Si ça soulage...

Ce n’est donc pas là, à mon sens, qu’il faudra chercher à débusquer et se libérer de la pensée religieuse, si l’on considère, c’est mon cas, que celle-ci représente un obstacle au progrès humain. Le progrès humain a emprunté dès ce tournant de l’Histoire le véhicule de la Science. La pensée hippocratique constitue l’embryon de la pensée rationnelle en Médecine. On ne sait pas ce qui l’a fait naître. Malgé tout on peut présumer, comme le fait Canguilhem, (« Si l’humanité s’est donnée une médecine, c’est qu’elle ne pouvait s’en dispenser »), qu’il s’agissait là d’une profonde nécessité, mieux encore, d’une exigence absolue sur la voie de l’Évolution.

La méthode hippocratique représente une référence pour toute méthode scientifique postérieure.

Ici comme partout ailleurs du point de vue scientifique, l’observation (de la Nature) précède le raisonnement.

Seulement ainsi peut-on espérer déchiffrer le réel.

 ► Au Commencement

Je voudrais rapprocher ce fait du développement embryonnaire des mammifères

À la fin de la 2° semaine (chez l’homme), apparaît la ligne primitive. L’embryon est en forme de disque et s’amarre au chorion par le pédicule embryonnaire, dans la zone de ce qui constituera son futur sacrum.

Il est désormais doté d’une gauche et d’une droite, d’un haut et d’un bas, d’un avant et d’un arrière.

Au début de la 4° semaine, il va s’enrouler céphalo-caudalement, le point d’appui est en bas, et si l’on dit céphalo-caudalement, c’est que le mouvement nait un jour plus tôt en haut qu’en bas. Au pôle céphalique, la plicature entraîne vers l’avant le septum tranversum, ébauche de diaphragme thoracique auquel est accolée l’ébauche cardiaque, et, juste en-dessous, liée au septum, la structure intestin antérieur se ferme au niveau de la membrane pharyngienne (future bouche).

Concomitamment, juste un peu après, le tube neural se forme autour de la chorde. C’est là l’ébauche de la colonne vertébrale, fermeture de l’arc antérieur pour le corps vertébral, constitution de l’arc postérieur par fermeture postérieure autour du tube neural, puis mise en place des somites du haut vers le bas.
Au 30° jour après la fécondation, tout cela est fait.

Il s’en faut peut-être de quelques heures, à l’échelle des trois mois que dure le développement embryonnaire chez l’homme, mais le septum transversum se forme avant la chorde, c’est un fait.

C’est dire que le système respiratoire et le système circulatoire qu’il entraîne précèdent le système nerveux qui les anime tous deux.

De même qu’en Sciences, l’observation précède le raisonnement qui l’expose a posteriori, de même que l’intuition d’un phénomène précède l’étude scientifique (observation et raisonnement) qui la validera, de même que Socrate précède Platon qui éclaire sa pensée, de même le coeur (et le diaphragme avec) précède le système nerveux qui le fait fonctionner.

Still ne pouvait connaître ce fait embryologique, révélé après sa mort.

Cependant, l’echo profond de ce fait naturel en lui, permet de donner à l’ostéopathie un sens (« la règle de l’artère ») qui résonne avec l’Histoire de la Médecine et des Sciences tout en la rendant clairement différente de la médecine moderne, comme nous le verrons dans le chapitre 3.

 ► Références Bibliographiques.

Rendons tout d’abord à César ce qui appartient... à Abraham.

Cette étude puise ses racines dans l’ouvrage d’Alain Abraham Abehsera : Traité de
Médecine Ostéopathique. Histoire et Principes de l’Ostéopathie à ses débuts. Édité par O.M.C, à Charleroi, en 1986.
C’est le premier ouvrage traitant d’ostéopathie que j’ai eu en mains, à mes débuts, en 1991.

Vierge de toute autre influence, avant même d’entamer ma formation, c’est ainsi que s’est tracé pour moi le chemin qui mène provisoirement à l’Ostéopathie des Mammifères, telle que je peux l’exprimer aujourd’hui.

En particulier, ceux qui ont lu cet excellent travail, première tentative, à ma connaissance, d’étudier rationnellement la place que tient l’ostéopathie, à côté de la médecine, dans l’Histoire de la Médecine, auront reconnu, dans le cinquième chapitre, son paragraphe « À propos du Blood Seed »
(Appendice VI, page 227), que j’ai intégralement recopié, avec l’accord tacite de l’auteur, même si je ne l’ai pas revu depuis notre rencontre en 2003.

Les références à Georges Canguilhem, constantes tout au long de ce texte, sont issues de plusieurs sources. Je ne saurais trop conseiller à tout lecteur désireux de s’interroger sur le devenir de la Médecine, au sens le plus large, et avide de se poser les bonnes questions sur le sujet, de lire l’ensemble de l’oeuvre de ce grand homme du vingtième siècle.

En attendant, voici ces sources :
Le Normal et le Pathologique (1943), augmenté de Nouvelles réflexions concernant le Normal et le Pathologique (1966), 9ème réédition PUF/Quadrige, Paris, 2005.
Études d’histoire et de philosophie des sciences concernant les vivants et la vie. Ed. J.Vrin, Paris, 1968. (en particulier ce remarquable texte : L’homme de Vésale dans le monde de Copernic :1543)
Puissance et limites de la rationalité en Médecine, conférence du 7 décembre 1978, donnée pour le Séminaire sur le fondement des sciences, à Strasbourg (Université Louis Pasteur), à l’occasion du Centenaire de Claude Bernard, ... conférence dont je ne possède qu’une photocopie...

Pour le reste, voici les références, chapitre par chapitre :

- Chapitre 1 : Naissance de la Médecine.
Tous les passages en italiques sont tirés du cours donné à l’École Vétérinaire de Nantes lors de la première formation de vétérinaires à l’ostéopathie au sein d’une structure d’état, de 2003 à 2005, par Édouard Schalchli et moi-même : Présentation, histoire, principes et épistémologie de l’ostéopathie.
Ce support de cours existe sous forme de polycopié, interne à l’École de Nantes. Il se décline en trois chapitres :
- Chapitre I : Problème de la reconnaissance scientifique de l’ostéopathie. Description du contexte. Genèse d’une conception de la science où l’esprit scientifique est identifié
à l’esprit positif.
- Chapitre II : L’idée médicale entre rationalisme, empirisme et esprit traditionnel. L’ostéopathie en tant que médecine alternative. - Chapitre III (inachevé en l’état mais qui se prolonge dans l’Ostéopathie des Mammifères) : Hippocratisme – Holisme – Médecine expérimentale - Ostéopathie.
Pour éventuellement le lire, contacter Mme Claire Douart, professeur d’Anatomie et
responsable de la formation, cdouart chez vet-nantes.fr

Tous les dialogues de Platon sont édités aux Éditions La Pléïade, Paris, en deux tomes.
Pour ce qui est d’Hippocrate, je ne possède plus la référence du Corpus Hippocraticum que j’ai eu entre les mains (et que j’ai dû « prêter »), mais ceux qui désirent se plonger dans cette instructive lecture n’auront pas de mal à se documenter.

On pourra aussi et surtout lire de Jouanna,
Jacques et Magdelaine, Caroline : Hippocrate. L’art de la Médecine. Éditions Flammarion, Paris, 1999.



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