L’Ostéo4pattes
La Mécanique vertébrale

A01/02 - Explication et traitement de la ’’maladie vertébrale’’ (AR)

Dr Xavier AUGROS
Créé le : lundi 30 janvier 2006 par Ostéo4pattes-Vetosteo

Dernière modificaton le : lundi 20 novembre 2017

La MEcanique vertEbrale :

Il est classique de parler de palpation et de mécanique d’un genou, d’une hanche, il en est tout autre quand il s’agit de la colonne vertébrale, non seulement sur un de ses segments mais sur sa totalité. Cette palpation l’est encore moins, si elle est faite sous anesthésie générale.

Il est classique également qu’un tel sujet déborde, à tort, vers ce qu’on appelle les médecines douces ou parallèles, ce qui n’est pas l’objet de ce travail. Nous verrons comment les perturbations durables de mobilité de cet ensemble articulaire complexe génèrent et expliquent des désordres neurologiques et arthrosiques à plus ou moins long terme.

INTRODUCTION :

1- Les données cliniques :

Les douleurs ou les déficits moteurs d’origine vertébrale sont très fréquents chez le chien et sont sans doute sous estimés. Le praticien s’y trouve tous les jours confronté : il faut des signes cliniques suffisants pour justifier l’inquiétude du maître, le questionnaire montre le plus souvent qu’il y a déjà eu des signes annonciateurs. L’évolution de ces états varie en fonction des races, en fonction de l’âge, dans sa banalité, petite gène à froid cédant à chaud, dans sa brutalité quelque fois, grande douleur avec hurlements ou accidents paralytiques, mais aussi dans sa chronicité avec des états arthrosiques, des troubles de la démarche, de faiblesse ou d’incoordination, évoluant dans certains cas vers une paralysie progressive.

Les anti-inflammatoires améliorent les symptômes au début miraculeusement, avec le temps les résultats sont moins spectaculaires et à un certain stade, ils sont nuls.

La radiographie simple ne nous apporte pas d’éléments décisionnels, seulement dans certains cas un constat d’arthrose ou de calcification discale.

Passées les premières alertes, le plus souvent bénignes et les traitements miracles, tous ces cas cliniques de cervicalgies, parésies, paralysies, sont très difficiles à aborder pour le praticien ; diagnostic et traitement chirurgical nécessitent une prévision et une mise à disposition d’un budget important, le plus souvent difficile à assumer pour le maître. Les mutilations conséquentes et les éventuels déboires de la chirurgie vertébrale ne sont pas, non plus, sans poser de problèmes...

2- Motivation de la démarche :

Face à ces difficultés, la recherche d’une solution thérapeutique de faible coût fait son chemin avec une question posée : pourquoi les médecines manuelles donnent-elles certains résultats chez l’homme, pourquoi ne pourrait-il pas en être de même chez le chien, pourquoi aussi effectivement, cet ensemble articulaire complexe qu’est la colonne vertébrale, n’est-il pas susceptible de présenter des désordres mécaniques, ceux-ci pouvant entraîner des troubles douloureux ou moteurs ?

Commence en 1975 un travail d’équipe vétérinaire / ostéopathe consistant à examiner tous les syndromes douloureux et déficits moteurs ou leur association, d’origine vertébrale ou supposée telle, selon le protocole suivant :

- Recherche de lésions de blocage (palpation, repérage), c’est à dire repérer et situer les modifications des rapports anatomiques d’une vertèbre par rapport à la suivante, entraînant un déficit de mobilité,

- Description clinique succincte,

- Correction, contrôle,

- Résultats (constat de réponse), limites et synthèse.

3- Le principe :

Toute perte de mobilité entre deux vertèbres entraîne par nécessité de rééquilibrage des modifications de mobilité à d’autres niveaux de la colonne. Ces altérations de compensation sont essentiellement les zones cliniques. On distingue ainsi des lésions primaires de blocage dites ‘’lésions clefs’’, silencieuses en général, et des lésions de compensation dites ‘’secondaires’’ formant le tableau clinique. Si on ne s’intéresse qu’à ces zones cliniques, il ne faut pas s’étonner des surprises et désillusions observées tant dans l’évolution de la symptomatologie que dans la thérapeutique médicale et chirurgicale puisque la cause originelle n’a pas été traitée.

Le grand nombre d’observations rassemblées (plus de 3000) et les résultats satisfaisants, voire enthousiasmants, aboutissent à des constantes mécaniques d’une part et à une explication de la ‘’maladie vertébrale’’ d’autre part.

Classiquement on parlerait plutôt de restriction de mouvement et non de blocage, de dysfonction neurovégétative et non de « maladie vertébrale » et le terme de dysfonction semble plus adéquat que celui de lésion. NDLR

I-LA LESION DE BLOCAGE

A- La lésion en général :

Il s’agit d’un déficit de mobilité entre deux ou plusieurs vertèbres, d’une rigidité anormale d’un segment vertébral.

Le mouvement normal, limité, entre deux corps vertébraux s’effectue par le disque intervertébral et son nucleus qui joue le rôle de pivot. Au delà d’un certain seuil les facettes articulaires entrent en jeu.

Il y a lésion de blocage lorsque le point pivot, normalement assuré par le disque et son nucleus se déplace sur une des facettes articulaires, la vertèbre restant bloquée à la limite de son mouvement physiologique.

4 termes définissent la lésion :

- Latéroflexion : la colonne est incurvée, la concavité définit le sens de la latéroflexion ;

- Flexion ou extension : le processus épineux s’éloignant ou se rapprochant du suivant ;

- Rotation : le corps vertébral est déplacé en raison du pivotement sur l’articulation inter apophysaire. L’animal étant en position ventrale, le processus transverse est relevé dans le sens de la rotation, abaissé de l’autre coté, le processus épineux est alors déporté dans le sens contraire.

2 degrés lésionnels sont possibles :

- Lésion du premier degré : la rotation est dans le sens de la latéroflexion et le processus transverse se trouve relevé dans la concavité. L’épineux est dévié dans la convexité, rapproché du suivant pour une lésion en extension, il est éloigné pour une lésion en flexion,

- Lésion du second degré : rotation et latéroflexion sont en sens inverse, le processus transverse est relevé dans la convexité, l’épineux est dans la concavité.

Ce qui est appelé ici premier degré représente l’équivalent de la deuxième loi de Fryette : partant d’une vertèbre en hyper(ventri)flexion ou d’une hyper(dorsi)extension rotation et inclinaison vont dans le même sens (ERS ou FRS) et ce qui est appelé un deuxième degré représente l’équivalent de la première loi de Fryette, sur un groupe de vertèbre en appui discal (neutre), une inclinaison est suivie d’une rotation en sens opposé (Nsr).

B - Cas particulier de l’étage sacro-iliaque :

A l’état normal le sacrum s’articule entre les deux ilium sur un axe horizontal.

En appui bipodal symétrique et sans marcher...NDLR

Son mouvement, synchrone des mouvements respiratoires, s’effectue dans l’axe du rachis. Lorsqu’il y a blocage, cet axe se trouve dévié à G, le plus souvent, ou à D, l’axe du sacrum n’étant plus dans l’axe vertébral, le mouvement L7-S1 n’est plus harmonieux.

Comme pour la première vertèbre cervicale, la radiographie de face pourrait apporter une aide à l’appréciation, mais le protocole positionnel est difficile à fixer.

C - Lésion clef - lésion secondaire :

. On considère qu’il y a deux types de lésions de blocage :

- les unes, lésions clefs, siégeant essentiellement au niveau des charnières : occiput C1 (C1), Cervico-Thoracique (C-T), et Sacro-iliaque (Sa), (exceptionnellement T13) ;

- les autres, lésions secondaires, (de compensation), induites par les premières et le plus souvent responsables du tableau clinique, T12-T13-L1 et L3-L4-L5.

Les lésions clefs et les lésions secondaires étant des étages bloqués, les zones intermédiaires deviennent des zones hyper mobiles pour récupérer une certaine mobilité nécessaire à l’équilibre. C’est le cas des cervicales postérieures C4, C5, C6, du segment entre T13 et L4, ou entre L5-S1, L7-S1 est douloureux dans la très grande majorité des cas. Elles sont le siège d’inflammation puis à la longue d’arthrose.

En zone thoracique, la stabilité étant beaucoup plus grande, il n’y a pas ou rarement d’atteinte arthrosique, ni de blocage.

II - REPERAGE DES LESIONS DE BLOCAGE :

Si la radiologie fournit un reflet de la dégradation vertébrale, dans sa localisation et dans son ancienneté, elle n’apporte aucune aide à la constitution du bilan lésionnel de mobilité.

Protocole :

La palpation d’une colonne vertébrale s’effectue dans sa totalité, de C1 au Sacrum. Elle est délicate, demande une formation du doigté, et se fait en 2 temps :

1- Animal debout :

La palpation de C1 se fait par préhension des processus transverses. Elle est facilitée par leur importance. A l’état normal ils restent horizontaux, que la tête soit en flexion ou en extension. A l’état pathologique soit ils restent bloqués en rotation supérieure droite (D) ou gauche (G), soit leur rotation est variable, en fonction du mouvement de flexion-extention, (cette variabilité disparaît dans ce cas toujours sous anesthésie). Le reste de la colonne cervicale, étant donné les masses musculaires, ne peut être exploré.

La zone thoraco-lombaire : index et majeur se déplacent de part et d’autre de l’axe vertébral, à un doigt des épineuses. Les processus articulaires sont mobiles et dans le même plan. Si la lésion vertébrale est en rotation D, l’épineuse est déviée à Gauche, les apophyses articulaires sont en supériorité Droite ; si la lésion est à G, l’épineuse est déviée à D, les articulaires sont en supériorité G, (le terme de ‘’supériorité’’, chez le quadrupède, est en effet volontiers remplacé par ‘’postériorité’’, par analogie à la nomenclature humaine et par rapport à l’observateur).

Les épineuses lombaires basses peuvent être anatomiquement déviées à D ou à G, sans rotation du corps vertébral.

La palpation du sacrum se fait main à plat, son mouvement de flexion-extension s’exécute autour d’un axe horizontal transverse, synchrone des mouvements respiratoires. A l’état pathologique la flexion-extension s’effectue sur un axe oblique à D ou à G.

L’espace L7-S1, dans la plupart des cas, est un point douloureux. Il y a toujours au moins deux lésions décelables.

2- Animal anesthésié :

On reprend la palpation de la colonne toujours dans sa totalité. La passivité obtenue par l’anesthésie simple, Thiopental sodique intraveineux, (Nesdonal, ND) élimine les contractions réflexes ou liées à la douleur. Elle permet de repérer de façon précise les anomalies de positionnement, de mobilité ou de limitation de mouvements. Deux étages ne peuvent être appréciés que sous anesthésie : il s’agit de la latéralité de C1 et de C7 -T1.

Il existe normalement, au niveau de C1, un mouvement de latéralité qui est symétrique. A l’état pathologique il est limité à D ou à G ; cette latéralité est dite à D, si elle est limitée à G et amplifiée à D et réciproquement.

La palpation de C7-T1 se fait par rotation de la tête avec une légère extension (verrouillage des articulaires cervicales sus-jacentes). Cette rotation est normalement symétrique. A l’état pathologique, elle est limitée à D ou à G, elle est dite à D, dans le sens de la lésion, si la rotation est limitée à G ; elle est dite à G, dans le sens de la lésion, si la rotation est limitée à D.

Le reste de la palpation est facilité mais identique à celle de l’animal debout.

III - CORRECTION DES LESIONS DE BLOCAGE, MANOEUVRE THERAPEUTIQUE :

A - Principe :

Parmi les malpositions décelées, la correction d’une ou plusieurs lésions clefs entraîne la réduction spontanée des autres.

Elle est conduite sous anesthésie, immédiatement après avoir repéré l’ensemble des lésions. La normalisation vertébrale consiste à agir avec vélocité et précision uniquement sur les étages clefs, jamais sur les secondaires, en inversant les paramètres de blocage.

B - Suites :

- le réveil est rapide,

- des courbatures discrètes peuvent être observées pendant quelques jours,

- l’animal est revu 15 jours après pour apprécier la stabilité de la réduction et le début de réponse, puis entre 45 à 90 jours pour un contrôle tardif.

- précautions : les jeux, les glissades, les coups de laisse sur le collier, les descentes d’escaliers sont dans la mesure du possible rigoureusement proscrits, le port d’un harnais est vivement conseillé, pour ménager la colonne cervicale.

IV - DESCRIPTION CLINIQUE

Il s’agit d’un classement succinct, sans examen neurologique approfondi et sans radiographies systématiques. Nous verrons que les éléments importants sont ici la palpation et l’anesthésie générale.

A - Classement en fonction de la gravité, par stades :

Il s’agit du classement traditionnel des troubles neurologiques,

- STADE 1 : douleur seule par intermittence

- STADE 2 : manifestations douloureuses accompagnées de perturbations de la locomotion.

- STADE 3 : trouble moteur avec un certain degré d’incapacité,

- STADE 4 : paralysie accompagnée d’une perte de sensibilité totale.

C’est au stade 3 que se situent les limites raisonnables d’efficacité des manœuvres thérapeutiques.

B - Classement par identité clinique

- gène dorsolombaire, troubles de la démarche postérieure,

- douleur cervicales,

- douleur névritiques, boiteries cervico-brachiales, etc...

C -Classement par identité raciale :

Ces problèmes vertébraux existent dans toutes les races, mais avec une expression clinique de race ou de ‘’format’’ : type doberman-danois. Ils sont par contre d’une grande rareté chez le chat et sont souvent masqués, lorsqu’ils existent, par des compensations complexes.

V - BILAN LESIONNEL :

L’exposé de ce travail, constitué d’un très grand nombre d’observations, serait fastidieux et sans intérêt si on s’en tient à une énumération de cas et de statistiques. Aussi les exemples donnés correspondent à des séries plus ou moins importantes de cas cliniques, et non à des états anecdotiques. Ils sont tous reliés par un constat, la même perturbation mécanique, suivis par une réponse favorable dans la très grande majorité des cas.

- Trois notions sont importantes :

1- la notion d’ensemble lésionnel :

deux exemples très classiques illustrent cette notion, le premier est un ‘’stade I’’, le second est un ‘’stade III’’.

‘’stade III’’, l’ensemble lésionnel est toujours le même : CT, T13, L4, Sa, (C1 est moins constant), quel que soit le cas clinique, quelle que soit sa gravité, quelle que soit la race et quel que soit l’âge du sujet

- 1er exemple, teckel 4 ans, MAX : gène pour sauter sur un fauteuil, pas de bonne place, dos rond au lever, normal à chaud, Stade I, (T13D = 13ème vertèbre thoracique en rotation droite).

PALPATION DIFFICILE en état de veille :T13 D, L4D, SacrumG PALPATION sous Anesthésie générale

CTG (= cervico -thoracique), T13 D, L4 D Sa G REDUCTION :

CTG SaG. Le chien est mieux le soir même, saute de nouveau normalement les jours suivants.
- 2ème exemple, petit griffon métissé 7 ans, TOMMY : (Stade III) parésie postérieure il y a trois semaines, amélioré par les anti-inflammatoires, de nouveau dégradation depuis l’arrêt du traitement, la radio montre une arthrose +++L7/S1

PALPATION en état de veille :

T13 G L4 D Sa G

PALPATION SOUS anesthésie générale :

CTG T13G L4D SaG REDUCTION :

CTG SaG Le chien est déjà mieux 6-8 jours après, très nette amélioration 4 semaines après.

2- La notion d’interdépendance vertébrale est illustrée par le cas :

- OPALINE, Labrador, f, 18 mois, qui présente des signes cliniques flous, difficiles à classer : boiterie antérieure D depuis 2 ½ mois, irrégulière et en progression, ne s’étire plus, (C1 latD = 1ère vertèbre cervicale en latéralité droite). PALPATION :

C1G, T13G, L4G, Sa G. PALPATION sous anesthésie générale :

C1latD, CT,D, L4G, T13 G SaG

REDUCTION : SaG

La seule réduction du Sacrum entraîne une mobilisation de tous les autres étages, on a l’ensemble lésionnel : C1, CT, T13, L4, Sa, la réduction d’une (ou plusieurs lésions clefs) entraîne une mobilisation spontanée des autres étages. (la réduction du Sacrum dans les deux exemples, Max et Tommy, faite en premier, aurait peut être pu suffire.)

3- la notion de récidive :

Quelques cas nécessitent un nouvel ajustement, il n’y a pas eu de réponse ou le chien est moins bien depuis quelques jours, on retrouve les lésions de la première intervention ou elles sont différentes. La récidive peut être dûe à une réduction incomplète lors de la première intervention ou bien à un nouveau traumatisme, favorisée par les altérations musculaires ou ligamentaires qui accompagnent rapidement ces lésions. Ce type de récidive est classique et peut se produire dans un délai très variable, de quelques jours à plusieurs années.

Ou bien la conséquence de dysfonctions viscérales ou crâniennes non abordées ici NDLR

VI - RESULTATS :

A - Résultats en fonction de l’identité clinique :

1 - Gène dorsolombaire :

(du Stade I à IV, jusqu’à la paralysie du train postérieur).

- teckels à tous les stades, 10 chiens sont suivis, 5 ajustés 1 fois, deux 2 fois, un 3 fois, un 8 fois en 8 ans, un 9 fois en 7 ans, soit 29 interventions (les cas de récidives sont espacés de quelques mois à plusieurs années) :

La palpation sous anesthésie générale nous montre :

5 x C1 :

28 x CT,

29 x T13 et L4

28 x Sa

La réduction des lésions clefs représente :

24 x CT

24 x Sa

4 x C1

Les zones T13 et L4 sont toujours des lésions secondaires, jamais ajustées.

- chiens de toutes races, (quelquefois associée à des cervicalgies ou des boiteries Ant ou Post), 20 chiens sont suivis, 8 ajustés 1 fois, huit 2 fois, quatre 3 fois, soit 36 interventions.

La palpation sous anesthésie générale nous montre :

36 x T13 ET L4

35 x Sa

27 x CT

25 x C1

La réduction des lésions clefs représente :

35 x Sa dont 30 fois à G

24 x CT

12 x C1

La lésion clef la plus fréquente étant celle du Sacrum, il est logique de donner la priorité à la réduction de cet étage.

- Commentaires :

- pour les stades 1 et 2, la guérison est proche de 100%. En règle générale les progrès sont complets en 15 jours. Dans des algies récentes, une disparition de la douleur est quelque fois observée le soir même.

- pour le stade 3, les résultats sont plus aléatoires et fonction des différents degrés cliniques. Les premiers signes de mieux sont observés après un délai de 6 à 12 jours. Cette réponse se précise progressivement dans les semaines suivantes et la ligne du dessus s’horizontalise en 1 à 2 mois environ.

Chez le teckel principalement, la précocité de la réduction est une notion importante afin d’éviter les risques de dégradation ; en intervenant aux stades 1, 2, ou début 3, il n’y a pas de stade 4, tout retard à la réduction est préjudiciable. La limite d’action, pour une possibilité de réponse et de récupération satisfaisante, se trouve à ce stade 3, le chien qui se tient campé seul constituant une limite raisonnable. On conçoit que les thérapeutiques antalgiques, si elles soulagent l’animal, le rendent aussi imprudent et favorisent, pour ces races prédisposées, le prolapsus discal brutal classiquement observé.

- au stade 3 avancé et au stade 4, (la solution chirurgicale étant refusée), avec un mois sans réponse, on doit considérer l’échec (l’explication est alors évidente ).

2 - Douleurs cervicales :

elles présentent un délai de réponse très variable : disparition des douleurs le soir même dans quelques cas (cas cliniques récents). Elles sont par contre souvent longues à s’estomper et très difficiles à supporter pour l’entourage ; nous avions classés ces cas en échecs les premières années faute d’attente, le délai de guérison peut demander en fait 5 semaines. Le contrôle de stabilité doit alors faire prendre patience, aidé s’il le faut, par la mise sous traitement anti-inflammatoire majeur (corticoïdes), afin d’éviter une euthanasie prématurée souvent demandée par les maîtres, (cette démarche est à éviter autant que possible, pour ne pas apporter une amélioration factice sans intérêt).

- 10 chiens sont suivis, 5 ajustés 1 fois, 2 ajustés 2 fois, 3 ajustés 4 fois, soit 21 interventions (les récidives pour un même chien nécessitant une nouvelle réduction, souvent pour des signes cliniques différents).

La palpation sous anesthésie générale nous montre :

21 x Sa

20 x CT, T13 et L4

9 x C1

La réduction des lésions clefs représente :

19 x CT

17 x Sa dont 12 fois à G

4 x C1

La lésion du sacrum (Sa) est plus souvent à gauche qu’à droite.

3 - Les douleurs névritiques :

cervicobrachiales ou sciatiques demandent aussi quelque fois 5 semaines, mais elles sont toujours accompagnées d’une certaine faiblesse postérieure, mal perçue avant réduction, qui s’améliore généralement en quelques jours, ce qui encourage et fait prendre patience.

Comme dans les douleur cervicales, ce délai de 5 semaines pourrait correspondre, sans doute, au temps nécessaire de ‘’résorption’’ du matériel hernié, (où sa présence est moins catastrophique qu’au niveau de la charnière thoracolombaire).

Que ce soit pour une gêne dorsolombaire, pour des douleur cervicales ou névritiques :

- Sa et CT sont les lésions clefs les plus fréquemment réduites,

- Les lésions de groupe de T13 et de L4 sont des lésions secondaires de compensation,

- On retrouve toujours le même schéma lésionnel,C1, CT, T13, L4, Sa,

quel que soit l’âge, la race et la gravité du cas clinique.

4 - Clinique ‘’perdue’’ ou mal explicitée :

Le recul et l’importance du nombre de cas nous permettent aussi de regrouper tout un ensemble de cas cliniques ‘’perdus’’, ou mal expliqués, tels que :

- certains troubles de l’équilibre,

- une paralysie faciale et un syndrome de Claude Bernard et Horner,

- une tétraparésie avec hyperspastie des membres antérieurs,

- une tête en rotation-flexion sur un chien tournant en rond toujours dans le même sens, ou en tétraparésie, avec quelque fois un nystagmus. La brutalité d’apparition oriente classiquement le clinicien vers un ’’accident vasculaire cérébral’’. L’origine vertébrale est pourtant bien en cause puisqu’ici encore, on retrouve le même schéma lésionnel, et la réduction rétablit ces désordres souvent très bien et rapidement . Aux neurologues d’en préciser le principe et d’en fixer les indications. C’est l’étape suivante, intéressante, que nous pouvons souhaiter.

a- Cas cliniques de tétraparésie, hyperspastie des antérieurs : 2 exemples :

NECTOR Griffon métissé, 3ans, : chute en descendant de voiture, après la chasse, pas de prémices remarquées antérieurement. Palpation :

PALPATION :

C1G, T13 G, L4D, SaD

PALPATION SOUS AG :

C1lat G, CTD, T13 G, L4D, SaD

REDUCTION :

CTD,C1lat G, SaD.

Réponse rapide, le chien court 14 jours après.

DEBBIE Cairn terrier, 10 ans, : brusquement un matin impossibilité de se lever, tourne sur elle même, tête en flexion G rotation D

PALPATION : C1 D, T13 D, L4G SaG

PALPATION SOUS AG :

C1lat D CT D, T13 D L4 G Sa G

REDUCTION : SaG

Réponse rapide, remarche au bout de 5 jours.

On remarque ici que la réduction seule du Sacrum a suffi pour la mobilisation de l’ensemble. L’expérience nous a montré qu’il en était le plus souvent ainsi. Dans le cas précédent (Nector), plus ancien, nous aurions pu sans doute commencer par la réduction du Sacrum.

b- Cas cliniques de parésie, tétraparésie, tourne en rond dans le même sens, tête en flexion droite-rotation gauche ou le contraire, avec nystagmus, type ‘’pseudo-accident vasculaire cérébral’’ :

HUGO, berger allemand, m, 6 ans : tétraparésie, antérieurs en hyperspastie, tête en flexion D rotation G + nystagmus, (C1 lat G).

JULIE, cocker métissé, f, 13 ans : a beaucoup joué la veille, tête en flexion D rotation G + nystagmus, (C1 lat G).

BATSY, berger métissé, m, 13 ans : pertes d’équilibre depuis 8 jours, tête flexion G rotation D, (C1 lat D).

ALPHO, berger allemand, f, 13 ans : troubles de l’équilibre, tête flexion G rotation D + nystgmus, (C1 lat D).

ON RETROUVE LE MËME ENSEMBLE LESIONNEL C1, CT, T13, L4, et Sa,

On constate que la rotation de la tête est dans le sens de la latéralité de C1

Dans ces quatre cas, la réponse est rapide, si la clinique est récente, la cause vertébrale semble évidente.

B - Résultats en fonction de l’identité raciale :

1- groupe teckel-basset : on connaît dans ce groupe le haut risque d’accident discal aigu.

Dans l’expérience que nous avons, l’ensemble lésionnel est toujours installé avant le stade clinique de plégie-paralysie, le stade 1 des prémices est passé inaperçu par les maîtres, les éventuelles thérapeutiques n’ont fait que masquer le problème.

Application à la prévention : La palpation systématique chez ces sujets à risque peut être avantageusement mise à profit pour décider s’il y a lieu d’une réduction, avant l’apparition des troubles (c’est l’exemple du teckel et du danger classique de dégradation brutale du stade 1, 2 ou début 3, en stade 4 catastrophique). Cette attitude nous semble bien plus sage que la mise sous anti-inflammatoire, qui rétablit le confort en même temps qu’elle rend le chien imprudent.

2- groupe Berger allemand-Doberman : les lésions sont souvent très anciennement installées, sans signe clinique ou avec des signes d’apparition lente, progressive, donc mal perçus, tels que précautions au lever à froid ou appréhension pour sauter.

Comme dans tous les autres cas, on retrouve chez ceux-ci ‘’l’ensemble lésionnel’’ classique des lésions de blocage C1,CT,T13,L4 et Sa. Les zones d’hypermobilité qui en dépendent, se trouvent principalement exprimées en L7-S1 chez les premiers, en C4-C5-C6 chez les seconds, elles engendrent, à la longue, une souffrance médullaire chronique qui évolue à un certain stade de façon irréversible.

Remarques :

- les cas de jeunes chiens atteints de problèmes vertébraux sont beaucoup plus fréquents qu’on le pense, la mise sous traitement anti-inflammatoire, régulièrement pratiquée, repoussant l’échéance, ne constitue qu’un ‘’cache-misère’’.

- A 6 mois, chez le jeune berger allemand des lésions de blocage peuvent être déjà constatées ; elles sont compensées et ne provoquent aucun signe clinique avant l’âge de 6, 7, 8 ans ou plus. La réduction, au stade clinique avéré, est souvent trop tardive ; elle est suivie d’une réponse, mais souvent de courte durée, liée à l’instabilité. On réajuste de nouveau, la réponse est réelle mais de moins en moins conséquente, la dégradation de type myélopathie dégénérative est alors toujours observée avec toujours le même ensemble lésionnel à la palpation.

- A tout âge, un chien dysplasique peut être beaucoup plus gêné par ses lésions vertébrales que par ses anomalies des hanches, et tout ne doit pas être mis sur le compte de la dysplasie.

- Tout retard à la réduction est préjudiciable.

Berger allemand et myélopathie :

36 chiens sont suivis, dont 1 ajusté 22 fois en 4 ans (à la demande du maître), au total 98 interventions.

A chaque intervention, on retrouve toujours le même ensemble lésionnel : le chien va mieux, le contrôle est bon ; le chien est moins bien, on retrouve le schéma lésionnel type.

cas favorables : 7 chiens sont suivis pendant 3 à 9 ans, la réponse est positive à long terme pour les jeunes, ayant des signes cliniques récents.

Cas défavorables suivis de myélopathie dégénérative :

9 chiens de 7 à 8 ans : 1 est bien depuis 3 ans

8 sont myélopathes, mais l’évolution a été probablement retardée,

11 chiens de 9 à 13 ans : tous sont myélopathes

On a toujours une réponse positive, souvent courte, la réduction est instable ; la réponse est négative seulement au dernier stade de la dégradation.

Doberman et syndrome de Wobbler, hypermobilité, instabilité de C4, C5, C6 :

un exemple typique JUNIOR, doberman , m, 6 ans : démarche modifiée, dos monobloc, faiblesse postérieure et petits pas des antérieurs,

incontinence des urines et des selles, dégradation progressive, longtemps passée inaperçu , nette depuis 2 mois proprioception + antérieur D depuis 2 mois + postéreur D depuis 3 semaines radios lombaires, arthrose +++ L2-L3

ON A TOUJOURS LE MEME ENSEMBLE LESIONNEL

J 60 : la réduction est stable, le contrôle est bon, marche mieux, la proprioception postérieure D est très améliorée, à l’antérieur D, léger mieux.

J 13 mois : tétraparésie brutale, pas de contrôle depuis 9 mois, les lésions sont réapparues entraînant à un moment une dégradation brutale.

C - Bilan général des résultats :

- Résultats négatifs :

- Un chien peut bien sûr avoir des lésions vertébrales et un ostéosarcome débutant par exemple...

- Les échecs des stades 3 avancés et 4 du type basset, des bergers allemands en paralysie progressive avancée, des Dobermans en tétraparésie, ne constituent pas réellement des échecs puisqu’il s’agit du stade ultime de la dégradation de la ‘’maladie vertébrale’’, la réduction arrive trop tard. Ils constituent pour nous la justification de la palpation systématique de prévention, avec réduction précoce, là aussi.

- Résultats positifs :

- Dans tous les autres cas la réponse est très satisfaisante voire enthousiasmante ; le traitement intéresse la colonne dans sa totalité, sans toucher à la zone clinique. La lésion vertébrale est une réalité qu’on ne peut ignorer, ses conséquences sont insidieuses et redoutables.

- La palpation précise est difficile mais on peut rapidement être capable d’apprécier une anomalie telle que :

- la rotation de C1,

- le processus épineux de T13 et de L4 non alignées,

- CT sous anesthésie en rotation limitée à D ou à G ,

et s’orienter vers une réduction rapide.

VI - HYPOTHESES

PATHOGENIQUES, ETIOLOGIE DE CERTAINS SYNDROMES

- Genèse de la hernie discale et de l’effet ‘’domino’’ :

A l’état normal, la mobilité de deux corps vertébraux s’effectue sur le disque intervertébral puis sur les facettes articulaires de part et d’autre. Lorsqu’il y a blocage, cette mobilité s’effectue sur le disque et sur un seul coté des facettes articulaires. Les modifications de pression ainsi créées sur le disque, provoquent une dynamique de propulsion, des phénomènes de compression, voire de prolapsus vers le canal vertébral.

L’ensemble des blocages restant les mêmes après une intervention chirurgicale de décompression, le disque cranial ou caudal par rapport au disque excisé appartient à la même lésion de groupe et subit la même distortion que celui ci, avec la même dynamique de propulsion vers le canal vertébral ; cet effet ‘’domino’’ s’observe aussi bien aux niveaux cervical que lombaire et pour les mêmes raisons, (explication de bien des déboires chirurgicaux ou récidives).

- Conséquence du blocage chronique :

En zone cervicale il entraîne dans les zones d’hypermobilité de C4 à C6 une inflammation continue, qui provoque à la longue une souffrance vasculaire avec des oedèmes, distension ou fibrose ligamentaire et des signes de compression médullaire, plus ou moins discontinus.

Au niveau L7-S1 , zone toujours douloureuse, le non alignement axe lombaire / axe sacrum et l’hyper mobilité qui en résulte, entraînent une souffrance continue de la zone de la Queue de cheval pendant une grande partie de la vie. On conçoit alors que cette hyper mobilité puisse provoquer à la longue les lésions d’arthrose classiquement observées, des modifications du plancher du canal vertébral et des lésions neurologiques qui la constituent, pouvant aller jusqu’à une dégénérescence walérienne.

C’est ainsi que nous avons été amenés à formuler une conception étiologique des troubles constitués par les myélopathies dégénératives du berger allemand et les syndromes de Wobbler des dobermans-danois, comme étant des complications tardives d’une seule et même entité constituée par des altérations anciennes de la mobilité vertébrale.

Nous pensons également que l’étiologie de ce qui est appelé embolie fibrocartilagineuse relèverait de la même explication à caractère aigu. Nous devrions en apporter la preuve par une répétition suffisante de cas.

L’examen neurologique, s’il constitue un constat précis des déficits neurologiques à un moment donné, n’a qu’une valeur relative quant à la localisation des lésions causales ; il n’apporte en effet aucune aide à la détermination des lésions clefs, qui sont le plus souvent muettes et essentielles.

CONCLUSION :

Il existe réellement une pathologie de la Mécanique vertébrale ; hors cas cliniques extrêmes, la restauration complète de la mobilité à tous les niveaux apporte une réponse très satisfaisante de l’état de l’animal.

Les lésions neurologiques, de type Moto Neurone Central ou Moto Neurone Périphérique, sont en fait la résultante des lésions mécaniques primaires situées au niveau cervico-thoracique, au niveau sacro-iliaque, et un peu moins systématiquement au niveau occipito-cervical. Elles sont variables dans leur expression clinique, en fonction de l’âge du sujet, de la race et de leur ancienneté, elles sont le plus souvent réversibles en fonction de la précocité du retour à une mobilité de l’ensemble de cette colonne et susceptibles, nous le pensons, de remettre en cause certaines indications chirurgicales. A ces altérations de mobilité articulaire, sont associées des perturbations musculaires et neurologiques. Leur difficile appréciation constitue cependant les bases du pronostic.

Si la hernie discale occupe à elle seule une grande partie de la littérature, elle n’est qu’une étape ultime de la Maladie vertébrale. La notion d‘interdépendance vertébrale permet d’expliquer les syndromes aigus graves, mais aussi les répercussions chroniques, induisant des processus dégénératifs progressifs, non récupérables à un certain stade.

La palpation est certes difficile ; la réduction dans sa qualité, dans sa précocité, voire même, dans son urgence pour certains cas, est à considérer. L’usage trop facile des anti-inflammatoires prenant alors un caractère redoutable, car il retarde la décision et contribue ainsi à la dégradation de l’état du patient.

Il nous a paru très important d’ouvrir ce chapitre de la Maladie vertébrale, car nous pensons que la Médecine vétérinaire, comme la Médecine humaine d’ailleurs, au lieu de l’occulter, devrait pouvoir en tirer profit par la connaissance rationnelle de ses principes, non seulement sur le plan thérapeutique, mais aussi sur le plan de la prévention, quand on connaît ses méfaits à plus ou moins long terme.

En écrivant ce rapport de synthèse, nous avons une pensée toute particulière pour deux Amis

qui nous ont quittés : il s’agit d’Arsène OUNIS (ostéopathe DO) avec lequel nous avions commencé ce travail et de Pierre BELOT avec lequel nous abordions en pionniers la chirurgie vertébrale il y a déjà très longtemps ; brillant chirurgien dans ce domaine en particulier, il était converti à cette démarche.

Nous remercions le Professeur Michel Fontaine pour son aide et ses encouragements, depuis le début, tout au long de ce travail.


Effectivement les médecines se recoupent et s’expliquent mutuellement. .heureusement ! Concernant la manipulation sous anesthésie c’est évidemment par commodité qu’elle est pratiquée en effet comment dire à un animal détend toi encore respire à fond etc... J’apporterais comme unique retenue dans cette méthodologie que le fait de manipuler un animal sous anesthésie shunte tous les circuits cognitifs donc la guérison s’arrête au structurel, mais quelle part le cognitif joue t’il dans la guérison chez l’animal ? Un vaste sujet qui comprend l’utilisation du placebo et des intentions de la personne qui l’administre ! Merci pour ce travail qui étoffe grandement la pratique canine.

Alexandre Chichery


Cet article reprend très simplement des principes de base, d’une ostéopathie biomécanique structurelle, c’est très didactique, on peut discuter beaucoup des résultats, peu importe les principes sont là. Mais je ne suis pas sûr que l’anesthésie apporte beaucoup, voire ne gêne pas la ré information des récepteurs, mais si les résultats sont là....

P .CHENE




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