L’Ostéo4pattes

ψ13 - Le juste niveau, le niveau juste

Créé le : mercredi 3 janvier 2007 par Emmanuel Pommier

Dernière modificaton le : mercredi 29 novembre 2017

La pratique, seule limite à la spéculation intellectuelle, apporte des sensations diverses dans la mise en place du mouvement thérapeutique, que l’on peut réduire pour faciliter le mode d’expression à la notion de technique thérapeutique. En effet, certaines fois on se sent porté par un état de grâce, les mouvements se succèdent comme si tout coulait de source, alors qu’à d’autres moments tout est haché, sans harmonie. On peut donc se demander d’où viennent ces différences. La difficulté majeure à cette recherche est à mon sens la notion temporelle : en effet, tout ce qu’on à fait ne pourra jamais être à nouveau réalisé de manière identique. Tout change à chaque seconde...alors parler de répétabilité est une vaste mascarade. Donc l’analyse des états rencontrés lors de notre pratique est rendue difficile car on ne peut faire plusieurs essais "pour du beurre".
Malgré cela, ces différences existent et nous amènent à formuler cette question : Quel est la juste stimulation à effectuer chez l’autre afin de déclencher le mouvement thérapeutique. J’utilise ce terme de mouvement de manière spécifique car il traduit fidèlement ma vision actuelle de la technique thérapeutique quelle quelle soit et ceci sera détaillé plus loin.
Pour en revenir à cette notion de juste niveau, certains ont cherché du côté de la précision du diagnostic, mais je crois que cette démarche se trouve devant un énorme écueuil : celui de n’être en mesure de trouver uniquement que ce que l’on connait déjà.....ce qui rend toute découverte très difficile. Or on se rend bien compte que dans tout domaine les choses sont immuables jusqu’à ce qu’on prouve le contraire !!!! Mais donc quelle autre perpective a-t-on pour ne pas choisir de manière unilatérale son niveau et ses techniques de traitement préalablement mais plutôt de manière intéractive.
En m’inspirant du " Tuishou" ou poussée des mains, technique développée dans de nombreux arts martiaux nommées internes par les occidentaux....., distinction peu compréhensible par de nombreux orientaux baignés dans le symbole du Taichi, je vais vous proposer une adaptation que l’on pourrait nommer " la poussée des mains thérapeutique".
Je vais tout d’abord vous expliquer ce que j’ai pu comprendre du principe du Tuishou : il s’agit d’une pratique ou deux partenaires et non adversaires !!! se tiennent l’un en face de l’autre en contact par les avant bras. A partir de cette position de départ, chacun essaye de déstabiliser l’autre en s’adaptant instantannément au choix de son vis à vis. Tout ceci bien évidemment en suivant la loi du Tai Chi, celle de la complémentarité : le fort répond au faible et inversement et ce dans tout les paramètres....tout un Art.
La nécessité de cette adaptation dans ma pratique est récente et répond ma déception assumée d’avoir eus l’impression de trop imposer au patient sans réellement lui avoir proposé... ;ainsi que de la lecture du dernier ouvrage de Pierre Tricot dans lequel il indique que l’on ne peut aller trop profond seulement aller trop rapidement. Cela rejoint aussi cette notion apprise et semble-t-il encore incomprise lors de mes études d’ostéo à savoir qu’il fallait laisser les tissus de l’autre accepter les mains et donc l’intention des mains.
Tout cela est très beau....et surtout très abstrait face au quotidien qui demande un positionnement thérapeutique fréquent et je crois devoir ajouter adaptatif. En effet, on peut choisir un axe de traitement et en quelque sorte amener le patient à soi au travers de notre filtre diagnostic ou choisr, ce qui est mon cas ou du moins ma volonté, d’aller à la rencontre directe des nécessités de l’autre sans tenir compte de nos propres limites....qui ne demandent qu’à s’atténuer. En fait on pourrait dire que je cherche à équilibrer l’autre par rapport à lui même et non par rapport à l’idée que je me fais de lui.
Mais là encore la beauté de la réflexion se trouve confrontée à la dure réalité du choix de la mise en place de la thérapeutique.
Cet écueuil me faisait évoluer jusqu’à présent de manière schizophrénique, pensant une chose ou plutôt ressentant profondement une évidence sans pour autant être capable de lui donner corps...cet état de fait commence à fondre avec l’intégration pas à pas de la vision ternaire du TaiChi.
Pour comprendre l’évolution que je traverse dans ma pratique, il faut s’attarder à la place du mouvement, expression énergétique quelque soit la densité visuelle de ce dernier : depuis l’intention : sorte de mouvement microscopique : beaucoup de Yang (idée ) pour peu de Yin ( matière ) jusqu’au mouvement macroscopique proprement dit. Préalablement, je considerais le mouvement visible comme un moyen d’aller d’un état à un autre. Dorénavant, je me rapproche du terme mutation : le mouvement contient en lui même les deux états et c’est la variation des proportions Yin et Yang qui permet de passer d’un état visuellement inerte à un mouvement visible. On comprend ainsi qu’un mouvement ne nait pas de rien, il part d’une idée pour se "charger" en réalité, support de son accomplissement. On passe ainsi d’une pensée figée voulant uniquement passer d’un état à un autre à une pensée en mouvement. Ca peut paraître anondin mais je crois que cela permet de trouver un support au mental. En effet, il semble bien difficile de rester attentif à une idée, le mental étant plus volatil que le corps et donc il peut être plus aisé de porter son attention sur un mouvement visible. Au lieu de fixer son attention sur le fait de passer d’un point A à un point B, on est attentionnné au déroulement du mouvement même. On se retrouve devant une expression de la pensée taoïste considérant que peu importe le but, seul compte le chemin.
Pour être plus concert, ce qui précède pour exprimer le fait que ce n’est parce qu’on sait d’où l’on part et où l’on veut arriver qu’on va prendre le bon chemin pour effectuer ce voyage....surtout qu’il s’agit du voyage d’un autre : notre patient.
Cela m’amène à une réflexion concernant le trust, signe de reconnaissance pour certains des véritables ostéopathes. J’ai toujours eus un sentiment mitigé teinté d’admiration et de défiance devant cette technique. Au début j’ai cru que ce sentiment mélé était cOntenu dans mon ignorance et mon incapacité à réaliser ces actes....mais je crois aujourd’hui qu’il n’en est rien. Je crois que le trust est une forme de mensonge fait au corps. Je m’explique, la technique consistant à réaliser une manipulation allant plus vite que la réponse corporelle, on décide pour le corps sans lui demander son avis....le dialogue peut donc devenir ensuite fort délicat !
A l’opposé, on peut imaginer apporter la stimulation minimale au corps afin qu’il retrouve son équilibre. On pourrait parler d’homéostasie de l’acte thérapeutique : ou comment réaliser un acte avec le minimum de perte d’énergie.... le moindre effort est peut être la solution ultime de l’ostéopathe !!!!!
Mais pour réussir cette non lutte à rappROcher du Wu wei ( non agir en dehors des lois naturelles ) cher aux orientaux il faut tout d’abord un praticien holistique en lui même. Pour obtenir un mouvement harmonieux, il faut intégrer la notion de vitesse. Il faut laisser le temps au corps d’exprimer le mouvement, on pourrait dire de vivre le mouvement. On part d’une idée et selon la roue di TaiChi, on lui laisse prendre forme sans lutter inutilement, laisser l’espace s’ouvrir à notre idée et lui donner un support.....le moins de force possible. Afin de ressentir cet état de totalité, certaines pratiques comme le TaiChi, le Qi Gong ....permettent un accès par le corps et non par la pensée qui nous domine bien trop souvent ! Ainsi, on se rend compte qu’à une certaine vitesse un mouvement est complet, aérien alors qu’une faible accélération rend la forme instable.....rappelons nous que nous sommes essentiellement fait de vide organisé : c’est peut être la juste vitesse de l’électron qui donne un homogénéité à certains tissus.....il en va peut être de même pour tout.
Donc il faut commencer et sans cesse se perfectionner à cet état de totalité qui permet de ne plus faire que l’essentiel.
L’autre point clef concerne la rencontre entre le mouvement thérapeutique et le patient. Quelle est ici la tension minimale à offrir à l’autre afin d’initier et de conduire le mouvement thérapeutique. Pour ce faire, il faut pour chaque changement proposé initier au plus proche du niveau souhaité par les tissus. La réponse instantannée de ces derniers permet de connaitre la justesse de notre action. Le durcissement des tissus avec la sensation de barrière doit faire augmenter l’énergie par rapport à la matière : la volonté d’appui diminue et celle de tirer augmente. On "éthérise" l’appui. La partie physique diminue au profit de la partie énergétique. Attention, ici je parle pas d’éloigner les mains du corps. Il s’agit d’une proportion entre le physique et le mental. Les mains suivent la réponse du corps et notre être change dans ses proportions YinYang.
Le juste appui dans sa répartition YinYang permet au mouvement de se développer harmonieusement. A chaque arrêt du mouvement, les fameux Still Point on recherche un nouvel équilibre. Le raisonnement est le même si on se retrouve face à une ramolissement des tissus : il faut donc augmenter la partie matière et ainsi de suite.
Cette façon de pratiquer peut donc être rapprochée de la poussée des mains. Le mouvement est dû à la rencontre de forces qui s’équilibrent . Dans l’acte thérapeutique, l’autre nous donne ses déséquilibres, ses impasses à résoudre. A nous de faire l’exercice de poussée des mains thérapeutique.
Pour insister sur la prépondérance du chemin, il faut se rappeler que la situation spatiale ne rend pas complètement compte de sa situation spatio temporelle. En effet, les impasses à résoudres ne sont pas dans un seul plan mais intègrent aussi la notion de temps, donc du passé par rapport au présent. Certains états peuvent être résolus selon un chemin direct, d’autres nécessitent au contraire des chemins plus sinueux.
La réponse tissulaire permet de connaître la capacité à changer dans l’instant ou au contraire la nécessité d’un Still Point de résolution, d’intégration, de récupération de l’intégrité plus ou moins long. De plus et cela fait partie des mes recherches actuelles, la variation de la matérialité de l’appui permet un changement de niveau énergétique cohérent. Je m’explique, souvent une pratique dichotomique amène à passer d’un système à un autre : ostéoarticulaire, viscéral, hormonal.... en fonction de la résolution au non des tensions. Mais cela est encore sous la dépendance de la qualité et de la quantité des systèmes disponibles au praticien....alors qu’un suivi simple de l’état réponse des tissus sans idée préalable quant au niveau traité permet une information exhaustive, sans perte de temps et d’énergie inutile !. On peut ainsi accéder je l’espère à toutes les formes d’organisation allant des pensées, des sentiments aux aspects les plus matériels de l’autre. Seul notre curseur d’état vibratoire est à faire varier. Mais attention là encore je ne me retrouve pas dans tous les mondes différents décrits par certains, qui selon eux commandent au monde matériel que l’on connait. Pour moi cela répond à une incapacité à accepter ou à voir le monde tel qu’il est et qui contient en lui même la totalité. Chaque concept n’est qu’un moyen à mes yeux de simplifier les choses. Je crois pour ma part que les chose peuvent prendre plusieurs formes selon le niveau vibratoire duquel on les observe mais que cela ne donne en aucun cas une notion de supériorité à l’une ou l’autre vision.....il ne s’agit que de points de vue ; les choses observées étant elles identiques !!!! Le seul aspect important en tant que thérapeute est de rester ouvert à toute information quelle que soit la forme qu’elle prenne naturellement car il s’agit du point d’appui dont à besoin l’autre.
Il s’agit donc de la différence entre le mouvement correctif décidé et plus ou moins stéréotypé en technique et le mouvement thérapeutique accompagné par une lecture instantannée du contact entre le thérapeute et le patient



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