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Quel ad-venir ?

dimanche 14 janvier 2018 par Jean Louis Boutin

Le mercredi 7 décembre 2017, Monsieur Adrien Morenas, Député du Vaucluse, a invité les directeurs des instituts de formation en ostéopathie [1] à l’annexe de l’Assemblée nationale, pour présenter les différents éléments de son projet de proposition de loi concernant l’ostéopathie et recueillir leurs avis. Ont été également invités la Fédération des étudiants en ostéopathie (FédÉO) et les représentants du Site de l’Ostéopathie.

D’autres précédentes réunions ont déjà eu lieu, initiées par notre députe [2]. Jusqu’à ce jour, aucun élément n’a filtré sur le contenu de ces réunions…

Nous avons demandé si les débats étaient confidentiels et s’il était possible de publier les différentes propositions. Aucune confidentialité n’a été requise !

Monsieur Morenas était accompagné de son attaché parlementaire, Monsieur Maurice Houzard, et de notre confrère Sylvain Nondédéo, ostéopathe, chargé de mission sur l’ostéopathie.

Après la présentation des différents acteurs de la réunion, M. Morenas présente son projet et répond aux différentes questions de l’assemblée.

 Quel ad-venir... ?

I. - Le déroulé du projet

L’ensemble des textes qui régissent l’ostéopathie, en dehors de l’article 75 de la Loi 2002-303 du 4 mars 2002 [3], sont des décrets et des arrêtés qui peuvent être remis en question. Il s’agit donc de profiter lors du vote du projet de loi de financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) pour 2019, d’inscrire dans la loi tout ce qui concerne le cadre législatif concernant l’ostéopathie.

Ce projet doit se faire en concertation avec l’ensemble des acteurs de l’ostéopathie pour être déposé en juin 2018 sur le bureau de l’Assemblée nationale, être examiné par la Commission des affaires sociales et présenté au parlement lors de la session d’automne 2018.

Pour que l’ensemble des organismes puissent apporter leur réflexions et leurs propositions, un système informatique sera créé qui permettra une communication aisée par l’intermédiaire d’une « boucle ».

II. - Une absence remarquée

Si effectivement la plus grande partie des représentants des différentes ASP (associations socioprofessionnelles) et des instituts de formation en ostéopathie sont consultés, même si certaines absences doivent être remarquées, notamment celle de la Chambre Nationale des Ostéopathes (syndicat représentatif) et du SNOS (Syndicat National des Ostéopathes du Sport), il y a un grand absent dans ce débat : ce sont les professionnels !

Il y a actuellement près de 30.000 professionnels de l’ostéopathie qui se partagent un titre. Comment peut-on envisager de créer un statut de la profession vers une éventuelle profession de santé, une HAO, une code de déontologie, une formation professionnelle continue (totalement oubliée des débats) sans consulter les professionnels ?

Il semble absolument nécessaire et indispensable qu’un référendum professionnel soit initié pour valider cette réforme.

III. - Le contenu du projet

1. Le statut

Il est envisagé de donner un statut professionnel aux ostéopathes qui deviendraient des professionnels de santé à part entière. Ce statut permettrait d’intégrer beaucoup plus facilement les ostéopathes dans les établissements de santé (maison médicale et milieu hospitalier) et permettrait la mise place pour les ostéopathes d’un statut de salariés.

2. Le cursus

Une filière licence/master/doctorat sera créée. La filière de doctorat sera de deux années supplémentaires par rapport au master en ostéopathie. Cette proposition sera faite pour uniformiser le diplôme par des ECTS et permettra également d’envisager des équivalences pour les étudiants en ostéopathie qui souhaiteraient changer de filière. Il est important de noter que le référentiel formation de 2014 restera en place.

3. Le remboursement des soins ostéopathiques

Une proposition ultérieure sera faite permettant d’envisager un éventuel remboursement possible des consultations ostéopathiques par la Sécurité Sociale. La sécurité sociale étant déficitaire de plusieurs milliards d’euros par an, il est envisagé de montrer l’intérêt de la prise en charge ostéopathique ce qui permettrait de faire des économies sur d’autres points (arrêt maladie, etc.). Le but de cette réflexion est de présenter un plan de prise en charge de l’ostéopathie de manière à ce que les soins ostéopathiques démontrent les économies qu’elles peuvent faire faire au budget de la Sécurité Sociale.

4. La pratique de l’ostéopathie

Il s’agit de lever les différentes restrictions insérées dans le décret des actes [4] concernant le traitement des cervicales et les touchers pelviens.

5. La Haute Autorité en Ostéopathie

Création d’une Haute Autorité en Ostéopathie (HAO) sur le modèle de la HAS. Pour cela, les ASP seront consultées sur ce projet.

6. Stage en milieu hospitalier

Le projet de proposition de loi propose la reconnaissance de la profession comme profession de santé. Le cursus des étudiants devra prendre en considération ce nouveau profil et donc intégrer les stages pratiques obligatoires en milieu hospitalier.

7. Le contrôle des écoles

Le contrôle des écoles devra être assuré par l’IGASS. Il est envisagé de rendre les contrôles plus rigoureux.

8. La démographie des écoles

Tous les acteurs de l’ostéopathie (ASP, écoles, professionnels) sont unanimes sur le surnombre actuel des ostéopathes. Actuellement, 2000 ostéopathes sont diplômés chaque année pour un revenu d’environ 650 euros par mois. Pour que les jeunes diplômés qui s’installent puissent avoir un revenu minimum correspondant à un SMIC, le projet envisage de limiter le nombre d’ostéopathes à 1.200 diplômés par an. Cela induit indirectement la création d’un numerus clausus.

9. L’examen de fin d’études

L’examen de 5e et dernière année sera unifié pour toutes les écoles. Cela pourrait correspondre aux ECN (Épreuves Classantes Nationales) qui existent en médecine.

10. Entrée dans les instituts de formation

Un guide d’entrée dans les écoles d’ostéopathie, guide qui s’impose à tous les instituts, doit permettre de réduire la proportion d’étudiants de façon à ce qu’il n’y ait que 1300 diplômés en fin d’études.

11. Enseignants en ostéopathie

Pour enseigner dans les instituts en ostéopathie, un diplôme de pédagogie sera obligatoire pour tous les enseignants-intervenants.

IV. - Remarques et inconnues

Il s’agit, dans ce déroulé des propositions qui ont été faites, d’un canevas ouvert permettant à tous les acteurs de faire ainsi leurs propositions.
Malgré tout, à cette réunion, il a manqué un certain nombre d’éléments :

1. Le canevas

Un véritable canevas de ce projet aurait pu nous être présenté par écrit de façon à ce que chaque acteur puisse y réfléchir, apporter ses réflexions et ses propositions.

2. Les points de suspension

Un certain nombre de points ont été laissés en suspens et posent question :

- comment diminuer le nombre d’étudiants sans limiter le nombre d’écoles ?
- que contiendra le guide d’entrée s’il n’y a pas d’examen d’entrée ou de numerus clausus imposé ?
- La profession et les professionnels sont divisés sur la possibilité d’intégrer le Code de la Santé et devenir des professions de santé d’autant que rien ne dit que ces dernières verraient d’un bon œil l’arrivée d’une nouvelle profession de première intention, non prescrite, en concurrence directe avec certaines autres professions comme les kinésithérapeutes par exemple.
- Que deviendra le titre partagé ? Trois professions se partagent le titre : médecins, kinésithérapeutes, ostéopathes (dits exclusifs). Qu’adviendra-t-il de ce titre ?

3. Un ordre ?

Depuis sa création, le ROF se veut être une association à caractère ordinal. Qu’en est-il de la création d’un ordre alors que d’une part, les professionnels de l’ostéopathie sont largement divisés sur la question, que le ROF n’est pas représentatif de la profession et ne peut donc se prévaloir de quoique ce soit, et d’autre part, il n’est pas certain que le ministère de la Santé ait dans ses objectifs la création d’un ordre des ostéopathes, dans la mesure où les deux précédentes créations d’un ordre (kinésithérapeute et infirmier) a posé plus de difficultés qu’il n’a résolu de problème. Et au vu des décisions surprenantes de l’ordre des MK sur la fasciathérapie ou sur l’ostéopathie dans le champ crânien, il n’est pas certain qu’un ordre des ostéopathes soit la meilleure des solutions ! [5].

4. La Haute Autorité en Ostéopathie

Rien n’a été proposé dans le contenu de cette HAO ! S’agit-il de reprendre le projet Debré ou son équivalence modernisée ? [6].

5. Quid de la Formation Ostéopathique Continue (FOC)

Une absence remarquée a été celle de la FOC. D’ailleurs rien n’a été proposé sur le statut des professionnels en exercice, ni code de déontologie, ni formation continue, ne règlementation de la publicité, ni étude sur les bonnes pratiques, etc. Mais peut-être est-ce le rôle de la prochaine HAO…

V. - Conclusion

Nous avons été fort surpris des lacunes qu’un tel projet comporte en lui-même et son côté un peu utopique nous est apparu : comment mettre en place en 6 mois ce que l’ensemble de la profession n’est pas arrivée à mettre en place malgré le nombre de fois où elle a essayé ? Faut-il rappeler les précédents à ceux qui l’ont oublié ?

- Le Registre des Ostéopathes de France ?
- La Fédération des Ostéopathes de France ?
- La Collégiale académique ?
- Les États généraux de l’ostéopathie ?
- La Coordination Nationale des Ostéopathes ?

Tous ces beaux projets dont certains ont entraîné un tel engouement, un tel désir d’union, et qui finalement se sont tous avérés impossibles à réaliser, faute d’une vraie volonté d’union, faute de mettre entre parenthèses la volonté de pouvoir de certains, leur orgueil voir leur égoïsme… si ce n’est leur affairisme !

Mais ce qui nous a le plus étonné, c’est qu’aucun des acteurs ce jour-là n’est arrivé avec des propositions concrètes, pour faire avancer la profession. [7]

 Propositions du SDO

Réflexions sur la formation en ostéopathie dans le cadre de la table ronde du 7 décembre 2017 proposées par le Site de l’Ostéopathie

Lors de la « table ronde » organisée par M. Adrien Morenas, Député du Vaucluse, La rédaction du Site de l’Ostéopathie a déposé un dossier contenant ses propositions pour faire avancer les choses de l’ostéopathie. C’est ce dossier que nous publions en rapport avec le compte-rendu de la réunion du 7 décembre 2017.

1. - Élaboration par des experts, d’un guide de bonne pratique concernant les contre indications en ostéopathie (drapeaux rouges)

À l’heure actuelle il n’existe pas en France de travaux concernant les contre indications en ostéopathie. Un tel document serait une base pour tous les professionnels en activité et servirait de support à la formation des étudiants. Ainsi nous pourrions trouver dans un même document l’ensemble des contre indications et drapeaux rouges de notre profession valables pour l’ensemble des praticiens. Au delà d’un cadre pour les professionnels, il s’agirait également d’une question de santé publique. Les experts judiciaires en ostéopathie y trouveraient également un appui non négligeable dans leur pratique.

Ce document pourrait être élaboré de plusieurs manières selon les critères de la HAS :

- dans le cadre d’une consultation publique et dans le cadre de recommandations ou d’évaluations en santé
- dans le cadre des recommandations par consensus formalisé (RCF)
- dans le cadre des recommandations pour la pratique clinique (RPC)

Ces documents bénéficient tous d’un protocole déjà formalisé et standardisé scientifiquement et pourraient servir de base de création à ces éventuelles recommandations pour les ostéopathes

2. - Élaboration d’un statut de cadre en ostéopathie

L’ostéopathie connait un développement extraordinaire depuis les dernières décennies. L’intégration dans les milieux hospitaliers ainsi que dans les cliniques sont choses courantes et seront sans doute dans les prochaines années en constante évolution. Les organisations syndicales sont également en demande de profil professionnel capable de manager et d’encadrer les structures représentatives de la profession. Il semble donc important de pouvoir envisager cette intégration de manière sereine et de l’anticiper. Une formation de cadre pourrait se baser sur celle que connaissent les infirmières et les kinés. Une intégration dans les différents Master en santé publique et en Management des organisations de santé doit être possible voire même favorisée.

3. - Élaboration d’une réglementation concernant les formateurs en ostéopathie

Il s’agit du point le plus important et celui qui doit être mis en place le plus rapidement possible par le ministère de la santé.

Il devient urgent de légiférer sur le statut des formateurs en ostéopathie.
Les obligations doivent être les suivantes pour les formateurs :

- Un master pour les coordinateurs pédagogiques des écoles
- Un master pour les enseignants effectuant plus d’un certain nombre d’heures (à définir)
- Un DU diplôme d’université pour les formateurs vacataires ou intervenants sur un faible volume (à définir)

4. - Élaboration d’un statut d’enseignant-chercheur

L’ostéopathie est une discipline dont la formation compte des heures équivalent à Bac +5. Toutes les disciplines architecturées sur le même modèle d’études possèdent un corps d’enseignants chercheurs (école d’ingénieur, de commerce etc.). Ces personnes ont la capacité de faire évoluer les disciplines et surtout de mettre en place une véritable démarche scientifique au sein des écoles. Une évolution des textes semble inévitable quand à rendre obligatoire la présence d’au moins un enseignant chercheur ostéopathe dans chaque école.

5. - Élaboration d’un examen national témoignant de la compétence clinique du diagnostic d’opportunité

Un des éléments importants dans la consultation en ostéopathie concerne la décision de prise en charge ou non du patient. Le premier élément qui permettra de définir le cadre concerne la rédaction de recommandations comme nous l’avons vu plus haut. Un autre aspect qui pourrait encadrer cette compétence d’élaboration du diagnostic d’opportunité concerne la création d’un examen national de cette compétence. Ainsi TOUS les étudiants de France seraient évalués sur un examen identique. L’évaluation et le niveau de cette compétence d’une école à l’autre étant très différents.

Il permettrait d’uniformiser les modes d’évaluations afin que l’État puisse garantir, par un niveau jugé suffisant, la prise en charge sécuritaire des patients.

Cet examen pourrait se dérouler une ou deux fois dans l’année pour des étudiants en fin de cursus. Les questions et les corrections seraient évaluées par des ostéopathes neutres et indépendants.

Cet examen permettrait également un classement des écoles les plus performantes. Elle obligerait les écoles à un enseignement plus rigoureux.

Seuls les étudiants ayant validé cet examen seraient en mesure de pouvoir présenter leur clinicat (ou l’examen similaire) propre à chaque école laissant à l’école la libre organisation de la finalité du diplôme.

Un tel examen serait comparable à celui qui connaisse les étudiants en médecine dans le cadre de l’ECN ou l’examen des Heilpraktiker en Allemagne par exemple permettant d’évaluer de manière très juste la compétence clinique.

6. - Élaboration et mise en place d’une filière universitaire en ostéopathie

Il serait intéressant qu’une université française puisse ouvrir une section d’ostéopathie pour les bacheliers. Regroupant des enseignants universitaires de la discipline, sorte de véritable locomotive de la recherche et d’évolution des pratiques. De plus cela permettrait à un certain nombre d’étudiant de pouvoir bénéficier d’un enseignement public.

7. - Élaboration d’un groupe permanent de l’ostéopathie au sein du ministère de la santé

Il serait opportun que le ministère de la santé crée au sein de l’État un groupe composé d’ostéopathes venant d’horizons différents et capable d’avoir un rôle réglementaire et permettant d’envisager les évolutions et les réajustements du décret de 2014.

Les médecins, les infirmières etc. possèdent une représentation permanente au sein du ministère de la santé.

8. - Les stages

C’est un point qui semble essentiel quand à une éventuelle modification urgente de la part du ministère de la santé.

L’ostéopathie doit subir une évolution importante suite à la parution des décrets de 2014. La réglementation actuelle de la pratique ne permet pas une application optimum du référentiel de formation. Il serait important de légiférer sur :

- la place de l’ostéopathie dans le système de soins
- la place d’un ordre

Pour l’ordre, voir l’article de Pierre-Luc L’Hermite sur "Maux d’ordre" https://www.osteopathie-france.fr/tribune-prof/construire/2025-maux-d-ordre
Un référendum pourrait être envisagé par l’ensemble des praticiens

9. - Définition du métier

Dans un premier temps, je vais reprendre la définition du métier exposé dans les nouveaux décrets de 2014.

Définition du métier :
- L’ostéopathe, dans une approche systémique, après diagnostic ostéopathique, effectue des mobilisations et des manipulations pour la prise en charge des dysfonctions ostéopathiques du corps humain.
- Ces manipulations et mobilisations ont pour but de prévenir ou de remédier aux dysfonctions en vue de maintenir ou d’améliorer l’état de santé [1] des personnes, à l’exclusion des pathologies organiques qui nécessitent une intervention thérapeutique, médicale, chirurgicale, médicamenteuse ou par agent physique.

La notion d’approche systémique introduite dans ce nouveau référentiel suppose l’insertion dans les concepts fondamentaux (domaine 4 : UE 4.1 ; 4.2 ; 4.3). Certes, le terme apparaît dans les critères mais les formateurs ont-ils une légitimité dans l’enseignement d’une matière maîtrisée par des universitaires en sciences humaines et sociales ?

a) - Diagnostic ostéopathique

Le diagnostic ostéopathique comprend un diagnostic d’opportunité et un diagnostic fonctionnel :
- Diagnostic d’opportunité : Démarche de l’ostéopathe qui consiste à identifier les symptômes et signes d’alerte justifiant un avis médical préalable à une prise en charge ostéopathique.
- Diagnostic fonctionnel : Démarche de l’ostéopathe qui consiste à identifier et hiérarchiser les dysfonctions ostéopathiques ainsi que leurs interactions afin de décider du traitement ostéopathique le mieux adapté à l’amélioration de l’état de santé de la personne.
-Dysfonction ostéopathique : Altération de la mobilité, de la viscoélasticité ou de la texture des composantes du système somatique.
Elle s’accompagne ou non d’une sensibilité douloureuse.

Les compétences requises découlent des UE 2.2, UE 2.4 à 2.15, 4.2 et 4.3 ; 5.3 à 5.9.

La notion de diagnostic doit être plus explicitée car le diagnostic médical se développe en apprentissage selon 4 phases et selon un modèle de biostatistiques.
La notion d’identification suppose effectivement que l’apprenant reconnaisse les « reds flags » ou autres signes mais en équation avec l’histoire du patient. D’autre part, la notion de hiérarchisation suppose une maîtrise des tests et des bilans selon un modèle statistique.

La notion d’interaction suppose une maîtrise des analyses des pratiques professionnelles pour un retour de pratique de l’étudiant. Hors contrairement aux formations IFSI il n’existe pas de « Portfolio » comme outil de suivi des compétences acquises en cours de formation.

La notion de « mieux adapté » est un présupposé qu’il n’existe pas de traitement bien adapté à une situation clinique. D’un point de vue épistémologique, cette phrase affiche la volonté du praticien de ne pas nuire, mais en aucun cas il ne cherche à avoir les meilleurs résultats.

b) - Traitement ostéopathique

Ensemble des techniques ostéopathiques adaptées à la personne en fonction du diagnostic ostéopathique visant à améliorer l’état de santé de la personne.

Technique ostéopathique :
- Ensemble de gestes fondés des principes ostéopathiques.
- Manipulation / mobilisation : La manipulation est une manœuvre unique, rapide, de faible amplitude, appliquée directement ou indirectement sur une composante du système somatique en état de dysfonction afin d’en restaurer les qualités de mobilité, de viscoélasticité ou de texture. La manipulation porte la composante concernée au-delà de son jeu dynamique constaté lors de l’examen, sans dépasser la limite imposée par son anatomie.

Appliquée sur une articulation ou sur un ensemble d’articulations, elle peut s’accompagner d’un bruit de craquement (phénomène de cavitation) qui n’en constitue cependant pas nécessairement un indice et qui est sans valeur pronostique.

La mobilisation est un mouvement passif parfois répétitif, de vitesse et d’amplitude variables, appliqué sur une composante du système somatique en état de dysfonction.

La définition du traitement est régressive par rapport aux compétences attendues. En effet, un ensemble de techniques correspondent à des compétences d’un technicien et non d’un praticien qui met en œuvre des moyens techniques au service d’une analyse et d’une maîtrise des outils nécessaires pour répondre à une problématique. Comment peut-on parler d’approche systémique et restreindre le champ de compétences d’un praticien ?

10. - Contenu de la formation entre les cours théoriques et le développement de la pratique ostéopathique

Deuxième grand volet de réflexions au sujet du contenu de la formation entre les cours théoriques et le développement de la pratique ostéopathique.

Pour bien comprendre la question, vous trouverez ci-dessous un tableau comparatif entre la répartition des volumes horaires pour la formation initiale IFSI (référentiel 2009) et les volumes horaires pour la formation ostéopathique initiale (référentiel 2014).

Nous avons pris volontairement comme modèle le référentiel infirmier de 2009, car il semble que ce modèle a été utilisé comme trame pour le support du référentiel de compétences et de formation en ostéopathie.

Nous attirons votre attention sur plusieurs points que nous trouvons essentiels :

La formation en IFSI est supérieure en heures même sur 3 ans par une très forte proportion d’heures de stages dès la première année (10 fois plus que l’ostéopathie), idem en deuxième année ;

Il existe une indexation précise d’heures de travail personnel encadré ou personnel en IFSI et aucunes mentions pour la formation en ostéopathie ;

Il existe une évaluation précise des compétences en IFSI avec l’utilisation d’un « portofilio » depuis le référentiel 2009, modifiée depuis en fonction des retours ;

Il existe un encadrement des stages par des formateurs experts ou cadres qui répondent à des critères pédagogiques et de management en IFSI qui n’existent pas en ostéopathie.

Parmi les questions principales, je vois plusieurs axes :

Il est évident qu’il existe une disproportion dans le référentiel ostéopathie et IFSI sur l’apprentissage de la pratique de terrain. J’insiste sur la pratique de terrain et non les TD qui ne correspondent en rien à une réalité de terrain. Il apparaît évident que la formation ostéopathique doit être envisagée en alternance comme la formation IFSI dès la première année et non comme un modèle universitaire qui privilégie les sciences fondamentales uniquement.

Le développement du praticien réflexif nécessite une progression adaptée et réaliste du métier d’ostéopathe : la main doit être au centre de l’apprentissage au même titre que les connaissances.

Le développement réflexif du praticien et son raisonnement clinique dépend de son évolution à comprendre ses erreurs et s’autoévaluer pour les compétences acquises. Le portfolio devrait être un outil indispensable dès le début de la formation.

Le nombre d’heures théoriques et la répartition des matières enseignées les deux premières années en ostéopathie prédisposent les étudiants à privilégier les contrôles continus et les partiels au détriment de la pratique enseignée dans les TD.

11. - Compétences et qualifications des formateurs

Troisième volet et le plus important, les compétences et qualifications des formateurs en ostéopathie et les biais lors de l’évaluation des étudiants en formation.
Pour cette partie, nous vous conseillons de prendre connaissance des travaux en cours de Franck GARNIER sur le projet de référentiel de formateur en ostéopathie.
Actuellement sur le papier et dans les textes, pour être formateur en ostéopathie il faut uniquement se prévaloir de 5 années de pratique professionnelle (et non 5 années de pédagogie). Alors que le Directeur pédagogique ou de l’établissement doit avoir un Master 2 en sciences de l’éducation ou un Master en management.

CECI EST INTOLÉRABLE ET INADMISSIBLE !!!!

Pour la simple et bonne raison que la présence même de cette mention dans les textes des décrets de 2014 décrédibilisent la nature même de la formation. Le contenu du référentiel est un cadre, mais le Conseil pédagogique qui doit valider le projet pédagogique et le contenu de la formation ne peut pas s’appuyer sur des formateurs non formés aux analyses de pratiques professionnelles.

Ce volet était dans un projet en cours depuis 2008 avec un soutien de l’Académie de l’Ostéopathie de France, puis sous l’appui de l’INREEP en partenariat avec l’Université François Rabelais de Tours. Il existe également d’autres initiatives du même type dans d’autres universités.

Mais restons sur la formation de base et nécessaire d’un formateur ostéopathe : il n’existe aucune mention sur le sujet dans les derniers décrets, projet à venir en 2020 ?

Pour les évaluations au sein de chaque établissement, c’est pire ! Le nouveau référentiel mentionne que chaque Directeur d’établissement et chaque Conseil pédagogique est libre d’arbitrer les évaluations à sa convenance en respectant les moyennes indiquées dans les décrets.

À ce niveau, en se basant sur la formation des formateurs qui ne les préparent pas à »l’évaluation » qui nécessite posture et neutralité, on est en droit de se poser la question de la partialité des évaluations internes de chaque établissement privé de formation professionnel à l’ostéopathie.

Pour finir, ce référentiel de 2014 répond à des impératifs et à des exigences qui ne correspondent pas à des critères pédagogiques mais d’une autre nature. Il est malheureux de constater que tous les acteurs n’ont pas été entendus avant la production de ce référentiel.

Espérons que pour la suite, les personnes qui possèdent des réflexions dans le domaine de la formation soient prises en compte dans une table ronde…..

12. - Guide de bonnes pratiques de tuteur de mémoire & Guide de bonnes pratiques "comment rédiger un mémoire en ostéopathie

Quant au mémoire, un guide de bonnes pratiques de tuteur de mémoire ainsi qu’un guide de bonnes pratiques "comment rédiger un mémoire en ostéopathie" semble absolument indispensable. Mon expérience récente de membre d’un jury de soutenance de mémoire me conforte dans cette idée : les tuteurs n’ont aucune formation et les étudiants de 5e année n’ont aucune idée de ce que peut être une vraie recherche...

13. - Système de régulation avec code de déontologie

Pour l’ordre, voir l’article de Pierre-Luc L’Hermite "Maux d’ordre". Personnellement, en voyant ce qui se passe avec celui des kinés et ce qui s’est passé avec celui des infirmiers, je suis toujours réticent et plus encore. Néanmoins, il est certain qu’il faut une organisation de régulation de la profession mais pas d’ordre !

14. - Guide de formation continue post-graduée

Bien que cela ne touche pas directement la formation des étudiants mais celle des ostéopathes déjà formés, réfléchir à un "guide de formation post-graduée" pour les ostéopathes et créer un organisme unique de Formation Continue qui validerait les divers stages proposés, qui contrôlerait ce que font les diplômés après leur formation, etc. Ceci doit être envisagé voire proposé même si cela n’aboutit pas cette fois-ci. Il y a un tel hiatus entre les anciens et les jeunes dans la formation pratique que ces derniers risquent de ne plus pratiquer l’ostéopathie des anciens, se limitant à une petite dysfonction simple et facile à résoudre et renvoyant systématiquement au médecin dès que cela semble ne pas être de leur domaine... Mais difficile à mettre en forme.

15. - Études qualitatives

Dans la fiche de cours « Mémoire », il est indiqué : « Cet écrit s’appuiera sur une étude expérimentale, observationnelle, ou une revue de littérature ». Il semble que l’on passe à côté d’un type d’étude très intéressant à réaliser que sont les études qualitatives. Pour ceux qui ne connaissent pas, ce sont des études dérivées de la sociologie à base d’interviews individuelles ou de focus groups permettant de décortiquer l’opinion d’une population sur un sujet. Par exemple, j’encadre actuellement un mémoire sur les méthodes qu’utilisent les tuteurs de clinique pour enseigner la réflexion ostéopathique. Un des pionniers des études qualitatives en ostéopathie est Oliver Thomson [8], qui travaille à l’UCO.

Il faudrait rajouter ce type d’étude dans les textes, ou alors être plus vague pour donner plus de liberté aux écoles (tout en maintenant l’exigence d’une méthodologie scientifique).

16. - Grille d’évaluation en clinique

La grille d’évaluation en clinique est très largement améliorable. Elle est basée sur une quinzaine de critères, donc certains sont redondants, et il y a pour seule possibilité de cocher « Acquis/Non-acquis », ce qui laisse peu de marge à la subtilité. Il y aurait beaucoup d’autres choses à dire, mais je voulais juste soulever ce deuxième point.

Ces propositions ont été élaborées en commun par Franck Garnier, Ostéopathe ; Jean-François Marchand, Ostéopathe Chercheur ; Olivier Merdy, Ostéopathe, Jean-Louis Boutin, Ostéopathe.


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