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075 - La Dépêche Vétérinaire - Juin 2010

C64 - L’excès de tension médullaire sur les animaux en croissance : mythe ou réalité ?
Créé le : mardi 29 juin 2010 par Catherine Laurent, Patrick Chêne

Dernière modificaton le : mercredi 6 décembre 2017

L’évolution des connaissances et des produits proposés par les industriels pour l’alimentation des animaux en croissance a induit quelques effets pervers que les ostéopathes rencontrent aujourd’hui au quotidien.

Les premières identifications et publications de ce qui est aujourd’hui couramment appelé l’excés de "Force de Traction Médullaire" (FTM) datent de 2007 (A. Ruiz de Azua Mercadal ; P. Chêne ; V. Zenoni ; cf. Dépêche Vet. du 29 novembre 2008) et les connaissances en ce domaine évoluent encore.

Le concept d’excès de FTM

Pour faire simple et bref, la force de traction médullaire (FTM) est la tension qui s’installe dans la moelle épinière lors du phénomène appelé "ascension apparente de la moelle" dans le rachis vertébral lors de la croissance du jeune animal.
Tant que la croissance différentielle du squelette (vertèbre) et du tissu nerveux (moelle) se déroule harmonieusement, la moelle, tendue entre la boite crânienne et les premières coccygiennes grandit en phase avec l’augmentation de la longueur du "tube" vertébral qui l’enserre.
Dès qu’une différence significative intervient entre la croissance relative du rachis osseux et celle de la moelle épinière, une tension excessive apparaît, entraînant des compensations organiques silencieuses dans un premier temps puis des désordres adaptatifs pouvant conduire à des anomalies posturales, voire des boiteries ou des symptômes nerveux dans les cas graves.

Les performances énergétiques des aliments industriels, l’évolution des sélections raciales (grandes races, races à croissance rapide …) accentuent aujourd’hui plus fréquemment ce différentiel de vitesse de croissance entre l’os et le tissu nerveux médullaire.

Nombreuses sont les dysfonctions observées par les ostéopathes appelés pour des anomalies locomotrices, des postures anormales ou des boiteries sur des animaux en croissance.

Toutes les espèces sont concernées par ce phénomène.

Le cas d’un veau de race gasconne, en Ariège illustre bien ce concept.

La consultation de ce jour est motivée par une démarche claudicante sur un veau de 2 mois élevé au pré avec sa mère. Lors de la marche, le veau semble avoir le postérieur gauche plus grand que le droit et marche de façon très raide comme s’il avait une béquille, retombant lourdement du côté droit à chaque pas .

Compte tenu de l’agressivité de la mère et de l’inquiétude du veau, les deux animaux sont maintenus en contention ensemble et le veau n’est accessible que du côté gauche.

Le diagnostic ostéopathique montre une force de traction médullaire très supérieure à la normale ce qui entraîne une adaptation du sacrum en torsion (on peut imaginer que cette adaptation a pour but de diminuer la "longueur" relative de la moelle épinière par rapport au rachis pour tenter de "relâcher" cette tension excessive).

Le blocage du sacrum entraîne lui-même une asymétrie des iliaques, bloquant l’iliaque gauche en position supérieure, suivant en cela la torsion physiologique (cf. articles de Yves Guillard, ostéopathe D.O.) et l’hélice fasciale externe (Cf. articles de P. Chêne, vétérinaire et ostéopathe D.O.).

Cela prive le membre postérieur gauche de la possibilité de "redescendre" normalement lors de l’avancée et le dysfonctionnement de la moelle lui donne cet aspect de "béquille" raide lors de la marche.

Le traitement a consisté en une détente ostéopathique de la tension médullaire (par des techniques tissulaires) et de l’hélice fasciale (par des techniques fasciales) qui a elle-même permis au sacrum de reprendre sa position symétrique naturelle et sa "respiration" entre les iliaques.
Ainsi libéré, l’iliaque gauche a pu jouer son rôle de poulie pour le fémur qui a repris son mouvement de rotation lors de l’avancée du membre.

Le temps de traiter un autre animal (environ 15 mn) et le couple veau + mère a été relâché, ce qui a permis de constater l’effet quasi-immédiat de la détente médullaire sur la démarche puisque l’effet de "béquille" n’était pratiquement plus perceptible à la marche.

Discussion

Bien que très récent, ces concepts d’excès de FTM et d’hélice fasciale (tenségrité à l’échelle corporelle) chez l’animal en croissance sont donc bien des réalités pour les ostéopathes et feront encore l’objet de publications pour en identifier toutes les conséquences. Ces conséquences s’expriment non seulement sur l’animal en croissance mais également sur des animaux adultes qui, en s’adaptant pour pallier cet excès de tension, adoptent des postures dysfonctionnelles qui ne demandent qu’à évoluer en pathologies locomotrices dès qu’un évènement soudain perturbe cet équilibre fragile.



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