L’Ostéo4pattes

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Ours, Qui es tu ?

Pseudo Conte de Noël
vendredi 22 décembre 2017 par Patrick Chêne

 Mon ours a de l’arthrose, viendriez-vous le voir ?

Petit SMS qui a tout l’air d’une blague .... Je me rappelle jadis avoir reçu un coup de fil : « Docteur, mon Emeu a une paille sur le Zizi ». J’avais raccroché pensant à un canular .... Mais le téléphone avait sonné de nouveau, et j’avais du m’atteler à soigner l’émeu d’un cirque qui faisait du priapisme sous les yeux interloqués de Mme Emeu pas très commode pour l’occasion.

Cette fois, avec un peu plus de bouteille et surtout ostéopathe gourmand de sensations manuelles différentes je vois bien que ce n’est pas un canular et renseignements pris, il s’agit de S.... Vedette de cinéma qui boite du postérieur droit et a mal au dos depuis l’été.

J’ai souvent posé mes mains d’ostéopathe sur des animaux particuliers, oiseaux, reptiles de toutes sortes, chevreuils, rennes, dromadaires, renards, mais j’avoue que la curiosité est ici très grande.

Aussi me voici parti faire trois heures de route pour solliciter S... dans son principe d’autoguérison.

Le soin lui même se passe très bien malgré l’appréhension de son gardien qui est le seul normalement à pouvoir toucher S... En fait S... pendant le soin s’est concentré sur un gant en cuir, en a même oublié de grogner, m’a laissé le toucher partout et m’a même laissé mi-indifférent, mi-curieux chanter du chant diphonique, pour moi complément absolument indispensable pour faire entrer les muscles, fascias et tendons en résonance et faciliter le soin d’un animal pas forcément patient.

Sur S... J’ai trouvé un dos verrouillé depuis le bassin, jusqu’au crâne. Une perturbation gros intestin et poumon (deux méridiens couplés dans la médecine chinoise).

Émotionnellement une grande tristesse se dégage (associée au poumon en médecine chinoise) et une grande admiration très palpable pour son gardien.
Après discussion avec celui-ci, il semble que les problèmes ont démarré après que S... ait vu mourir son père sous ses yeux ... tristesse, poumon, etc ...

Le travail a été facile, et très gratifiant, très émouvant. S... a bien répondu aux sollicitations manuelles et renseignements pris une dizaine de jours plus tard S... va beaucoup mieux.

Il va pouvoir reprendre les tournages.

Mais cette première partie n’avait pour but que de vous replacer le contexte, car pour moi, le vrai travail a commencé dans la voiture au retour.

 De quel droit ?

Par quel Mandat l’homme s’arroge t’il le droit de restreindre les mouvements d’une telle merveille de la nature ?

Même si la tristesse sentie par S... est tout à fait familiale, il reste que l’on ressent une ambiguïté fondamentale entre l’aspect sauvage de l’animal, son petit parc à la fois grand et pourtant si exigu, et cette admiration digne du syndrome de Stockolm pour son gardien.

Et pourtant, l’ours ici en Ariège est l’emblème de la nature et de la difficulté que l’homme a avec cette nature. L’ours avec sa réintroduction difficile, son acclimatation réussie, la haine qui accompagne son passage dans les troupeaux. Ne dites pas à mes clients d’ici que j’ai soigné un Ours, je serai mis au pilori. Sa présence dans nos Montagnes est un combat de tous les jours, de loin peut être ne vous en rendez-vous pas compte, mais ce sont deux conceptions légitimes qui s’affrontent littéralement :
- l’homme au sein de la nature se doit de préserver la biodiversité dont l’ours est un emblème, quitte à en souffrir un peu.
- Les acteurs économiques et les animaux domestiques ne doivent pas souffrir, parfois cruellement, c’est vrai, de la lubie de gens qui ramènent de la nature dangereuse dans des contrées loin de leur ville, écolos par procuration.

Mais c’est toute une vision paranoïaque de notre société, on parle nature, mais on s’effraie quand une association met une maternelle dans une ferme avec des principes de conscience plus aigus (hygiène, sécurité, laïcité).

On parle écologie, et on fait le tri sélectif, mais on vote pour des gens qui renouvellent le glyphosate quand il devient évident qu’on ne peut plus cacher notre intoxication aux pesticides et autres produits chimiques et que rien ne semble pouvoir arrêter les lobbies.

Même si on sait maintenant que les grands singes auront disparus dans 50 ans, qu’en trente ans SEULEMENT en Europe ( A peine les deux tiers de ma vie ... ridicule laps de temps dans un infini universel) :
- 30% des mammifères ont disparus
- plus de 40% des oiseaux
- 80% des insectes ..

La 6 ième et plus grande extinction de tous les temps est en (auto)route. Même les dinosaures ont mis des millions d’années à disparaître.
En cause essentiellement, les principes de l’agriculture industrielle : mécanisation aveugle, monocultures fragiles et gourmandes en produits phytosanitaires.
On se vante en ce moment de former enfin des vétérinaires à la pathologie des abeilles et en particulier à la lutte contre la varroase ...qui ne serait pas un problème si les abeilles ne mangeaient pas des nicotinoïdes neurotoxiques à longueur de journée.
Confusion des causes et des effets ..

Nous jouons aux apprentis sorciers et les écologistes les plus engagés sont couchés sur la liste des terroristes.

D’un autre côté certains Végans nous disent que même domestiques les animaux n’ont pas de place autour de nous ... il doivent être dans la nature ...

Mais quelle nature ? Celle qui se dégrade à une vitesse jamais égalée ? Parasitée, cancérisée par une espèce à invasion galopante et qui a perdu la notion de faire partie d’un tout complexe et fragile.

Mais revenons à notre Ours ... il n’a plus de place dans la nature que nous avons souillée, comme la plupart des grands mammifères.

Alors, quand touchant S... et pensant que pour lui les crêtes de nos Pyrénées seraient peut être meilleures, il m’a dit :

« non, il n’y a plus de place pour nous dans le grand large des estives. Ici j’ai un rôle important, car chaque humain adulte ou enfant qui me voit ou me touche se rappelle au fond de lui cette nature grandiose, terrible et merveilleuse, et active encore quelque lampe merveilleuse qui le rappelle au bon sens. C’est notre façon d’essayer de retarder la catastrophe, voire de l’éviter ... si la conscience des peuples autochtones vous revient à temps ... la balle est à vous, nous faisons ce que nous pouvons, y compris au prix de notre liberté .. »

Mais ce sera dur, la machine s’emballe dans une course folle, nous pensons d’avantage intelligence artificielle et robots que zoothérapie (sale et dangereuse).

Plusieurs millions de drones vendus l’an passé, et pour remplacer les abeilles qui disparaissent, une société construit de mini drones pollinisateurs. Les tondeuses sont maintenant des robots autonomes, cette fois les pelouses n’ont qu’à bien se tenir, pas moyen de profiter le la flemme du propriétaire pour faire quelques graines parasites ...

Pour le meilleur et pour le pire nous rejoignons les meilleurs polards de Science fiction où les machines sont au pouvoir : Matrix, terminator, I-robot ...

 Conclusion ?

Merci JP, montreur D’ours, on disait « Oussaillé » jadis dans nos vallées d’Ariège, d’aliéner toi aussi ta liberté pour donner à S... une petite place certes mais une place importante dans notre imaginaire ... pour montrer encore cette nature animale brute qui réveille tant de choses inscrites dans nos gènes.

Merci S... d’accepter de bonne grâce ce jeu difficile de prisonnier ...

Je ne sais pas si collectivement nous nous montrerons à la hauteur de vos engagements.

Honnêtement quand j’entends toutes les facéties d’un pouvoir pyramidal où l’argent est roi je ne vois pas quel sursaut de conscience empêchera notre civilisation de scier la branche sur laquelle elle est assise.

Mais la conclusion finale je la laisse à un chef de guerre :

« Quand ils auront coupé le dernier arbre, pollué le dernier ruisseau, pêché le dernier poisson. Alors ils s’apercevront que l’argent ne se mange pas. »

Tatanka Yotanka – Sitting Bull, guerrier sioux

Ne voyez pas ici de pessimisme ! J’ai même lu qu’il fallait ce qui se passe pour que la terre produise des graines (nos vaisseaux spatiaux) pour ensemencer la vie dans l’univers et qu’en cela Gaïa, n’est qu’une plante qui se dessèche au moment de la maturation des graines.

Mais c’était une envie pour moi, au moment des vœux pour l’année qui vient, de vous offrir une réflexion sur la globalité de l’ostéopathie. Et sur le fait que le moindre de nos actes, ici une consultation d’ostéopathie sur un animal sauvage doit être réfléchi, accepté comme bon et défendu avec droiture ou refusé....

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En réponse à :

Ours, Qui es tu ?

4 janvier 201817:59, par catherine RIGAL

voilà un bien beau récit, Patrick. Grand merci. J’ai été particulièrement touchée par le message de S. Je suis persuadée depuis longtemps que les animaux "savent" et acceptent ce qu’ils vivent auprès de nous. !
Que 2018 soit la première année du début du basculement vers une autre conscience. Avec joie paix et sérénité pour tous malgré et avec le contexte dans lequel nous vivons.
BONNE ANNEE !


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