L’Ostéo4pattes

C06 - Head shaking (AS)

Interêt de l’Osthéopathie Chez le Cheval Dans le Traitement Des Mouvements Brutaux et Involontaires de la Tête (Head Shaking)
Créé le : lundi 24 juillet 2006 par Jean Servantie

Dernière modificaton le : lundi 20 novembre 2017

I) Définitions et données bibliographiques

Les mouvements de la tête, continus ou intermittents, plus ou moins violents, rendent parfois, par leur amplitude, un cheval inutilisable lorsque l’exercice l’amplifie.
Les mouvements sont verticaux (encenser, head nodding) ou horizontaux (secouer la tête, head shaking) souvent associés à un prurit impérieux du chanfrein contre un canon (Headrubing).
Ces mouvements instinctifs, comportement sexuel ou d’évitement (mouches), sont parfois considérés comme une stéréotypie. Lorsque l’exercice physique amplifie ces mouvements jusqu’au stade ultime où le cheval arrache les rênes en permanence ou s’arrête pour se gratter le chanfrein, ce comportement devient un véritable problème clinique mais aussi un casse tête pour le vétérinaire.

Seulement dans 11% des cas, un examen clinique approfondi révèle une étiologie précise :
-  galle auriculaire
-  otite interne
-  paralysie vestibulaire et faciale associées
-  trauma cervical
-  troubles oculaires avec kystes iriens flottants
-  mycose poche gutturale
-  kyste dentaire apical
-  syndrome de Horner et rhinite vasomotrice
-  Fracture de la partie pétreuse de l’os temporal

Les rhinites allergiques semblent être la cause principale du head shaking « idiopathique ».

De nombreux traitement sont essayés, dont dernièrement la cyproheptadine avec quelques résultats (onéreux) dans les signes associés à l’exercice et au soleil (certaine photophobie ou plutôt accentuation des signes par la lumière).

Le prurit impérieux souvent associé aux mouvements horizontaux (ou mixtes) semble comparable aux névrites du trijumeau chez l’homme.
Pour COOK, certains chevaux réagissent à la posture nuque fléchie imposée « contre nature » par les cavaliers. Or, à mon avis, la haute école ne fait que reproduire des postures naturelles chez le cheval en liberté.
Cook, de même, associe le head shaking à la chaleur et à l’anoxie liée à l’exercice ou aux paralysies laryngées. Certains prétendent avoir des résultats sur les rhinites vasomotrices ou allergiques avec la névrectomie des nerfs infra orbitaires. L’utilisation d’un masque semble de même éviter l’exacerbation par la lumière ou les pollens.

En conclusion, les hypothèses diagnostiques sont nombreuses, les recherches peu fructueuses (11%), et les traitements multiples et peu efficaces.

II) Intérêt de l’ostéopathie

L’ostéopathie est basée sur l’art de la palpation ; elle étudie l’organisme dans sa totalité, recherchant une restriction de mobilité (« blocage ») entraînant une dysfonction dans le but de la corriger par différentes techniques manipulatoires.

La restriction de mobilité se recherche au niveau de tous les tissus de l’organisme, fascias, articulations, viscères et leurs insertions, avec comme principe que le corps est une entité dans laquelle la structure et la fonction sont mutuellement et réciproquement interdépendantes : moins un boulet bouge et plus les tissus péri articulaires se fibrosent et inversement. Agir sur un boulet ankylosé, ne serait-ce que par un stretching répété, va améliorer la fonction et donc la structure, dans la limite du raisonnable évidemment.

Toute restriction de mobilité au niveau d’une articulation intervertébrale - schéma simple mais applicable partout- va envoyer en permanence, par le biais des propriocepteurs, des influx afférents au segment médullaire du même métamère. Grâce aux neurones associatifs, ce segment médullaire facilité, hyper excité, va renvoyer des influx efférents vers l’ensemble de son métamère :
- les muscles para vertébraux d’où la sensation de nœud dans les muscles à proximité d’une vertèbre douloureuse (en lésion ostéopathique)
- les muscles du membre dépendant de ce segment médullaire, l’antérieur pour la charnière cervico-dorsale par exemple, avec certains muscles contracturés en excès.
- les viscères, les vaisseaux, la peau par l’intermédiaire des neurones de la corne intermédio-latérale et la chaîne para vertébrale sympathique.

La dysfonction sera somatique, viscérale, cutanée, vasculaire, supra segmentaire donc parfois corticale et comportementale (agressivité, abattement, nervosité...)
Bref, les différentes parties du corps forment un tout, une unité physiologique, et toute perturbation à un endroit du corps du cheval peut entraîner des perturbations en d’autres points.

L’ostéopathie utilise un mode thérapeutique visant à ré harmoniser les rapports de mobilité et de fluctuation des structures anatomiques, et c’est par l’équilibre entre tous les mouvements corporels que l’on va définir l’état de bien être -santé- d’un cheval. Plus que la forme des os, c’est la manière dont vivent les articulations et les tissus qui intéressent un ostéopathe.

Le diagnostic et le traitement seront structurels et ou sensitifs (fonctionnels). L’approche structurelle recherche la mobilité et la restaure grâce à des mouvements utilisant souvent un thrust, coup rapide de faible amplitude, en général chez le cheval à l’aide de grands leviers, au moyen de l’encolure,du membre antérieur ou postérieur. La démarche consiste, dans une écoute permanente du cheval, à mettre celui-ci dans une posture dont il va sortir par un effort musculaire qui va réaliser la manipulation recherchée, permettant ainsi de manipuler un cheval de 500 kg avec deux doigts.

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L’approche sensitive utilise quant à elle le mouvement respiratoire primaire (MRP) palpable grâce à l’extraordinaire capacité de notre proprioception que nous pouvons redécouvrir avec du travail tant physique que mental. Ce mouvement pulsatile généré au niveau du cerveau (sécrétion pulsée du liquide céphalo-rachidien entre autre) est observé par les neurochirurgiens lors de trépanations et par les biophysiciens sur des plaques de contraintes. Le MRP est ensuite transmis à l’ensemble du corps par la dure-mère et les fascias (mouvements d’inspire et d’expire), et, par palpation fine, un ostéopathe va en observer les modifications, pour son diagnostic, et le tonifier ou le rééquilibrer, pour le traitement.

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Quelle que soit la technique utilisée, un ostéopathe réalise un examen holistique, global, de l’organisme. Avant tout examen visuel, l’examinateur est capable de décrire les restrictions de mobilité et donc la gêne locomotrice ressentie par le cavalier. C’est un critère de jugement facile pour un vétérinaire référant. Tout examen et traitement se font sans tranquillisation ni tord-nez ! Le but est d’aider le corps à s’autoréguler et pas à lui imposer une technique. Le cheval va progressivement retrouver un nouveau schéma corporel en quelques minutes, quelques jours à trois semaines au maximum. Il est inutile voir dangereux, car déstabilisant, de manipuler un cheval trop souvent. L’approche globale associera si besoin des modifications alimentaires, des exercices conseillés ou déconseillés, une modification de ferrure, une rectification dentaire, un traitement médical ou chirurgical si les limites d’auto guérison sont dépassées.

La connaissance de l’anatomie et de la neurophysiologie est une base indispensable à la compréhension de l’ostéopathie, mais restons modestes, des thérapies manuelles sont pratiquées traditionnellement depuis l’antiquité.

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L’ostéopathie est une approche thérapeutique extrêmement complémentaire de notre approche allopathique moderne, mais assez différente par son côté holistique pouvant les opposer ; selon Edgar MORIN, directeur de recherche au CNRS, « l’hyperspécialisation de la science rejoint l’incapacité à penser ce qui est global, relié, complexe. La science méconnaît la complexité du réel. ». Je pense que dans l’intérêt de la qualité des soins apportés aux chevaux, un respect mutuel s’impose. Les cas cliniques présentés ci-dessous vont nous aider à mieux comprendre les notions abordées jusque-là.

III) Correction des mouvements verticaux excessifs (encenser, head nodding)

L’encenser (cheval qui arrache ses rênes) est souvent en relation avec D12. A mon avis, par son ligament supra épineux, le cheval cherche à mobiliser la région douloureuse en arrière du garrot ; par l’abaissement de l’encolure, le cheval écarte ses épineuses et provoque une dorsiflexion.

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Cas clinique :
Jument TF de 7 ans arrachant ses rênes à chaque foulée, présentant de plus une anémie importante.
L’examen ostéopathique révèle une D12 très bloquée en extension avec une palpation très douloureuse ainsi qu’une restriction de mobilité vers la gauche de l’encolure, bloquée en C5 C6, une charnière dorsolombaire rigide en D18, et une sacro-iliaque à droite entraînant un défaut d’engagement du postérieur droit.
La douzième dorsale est associée au diaphragme et à l’estomac ; ce dernier est coincé entre le diaphragme et la masse digestive venant le comprimer à chaque dorsi-flexion et surtout à chaque réception d’obstacle, pour les chevaux de CSO. Les ulcères, consécutifs aux troubles neurovégétatifs liés au segment médullaire D12 « facilité », mais aussi aux troubles mécaniques dus à la torsion de diaphragme, aux troubles comportementaux et alimentaires, saignent et entraînent l’anémie.Le point alarme (point d’acuponcture à proximité d’un organe perturbé) de l’estomac entre l’appendice xyphoïde et l’ombilic est très sensible, et D18 est aussi fréquemment associée aux lésions stomacales. Les piliers du diaphragme, par contiguïté, vont perturber les iliopsoas et faciliter les dysfonctions sacro-iliaques. Les racines du nerf phrénique sont issues des 5°, 6° et 7° nerfs cervicaux. Retrouver une lésion en C5 C6 est habituelle.

La correction de ces lésions et les soins médicaux des ulcères de l’estomac ont fait disparaître tout signe d’encensement. Cette jument a gagné une course de groupe l’année suivante.

IV) Correction des mouvements horizontaux (head shaking)

Les chevaux secouent la tête et souvent se grattent le chanfrein contre un canon, comme s’ils souffraient de la présence d’un parasite ou d’un corps étranger dans l’oreille ou le nez.
Ces troubles sont souvent associés avec des dysfonctions dissymétriques du temporal et de l’os hyoïde. Le temporal, dont la partie écailleuse reste non soudée à vie chez le cheval, délimite avec le basi-sphénoïde et basi-occiput le trou déchiré.

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A ce niveau, le ganglion de Gasser, du trijumeau, nerf crânien V, est noyé dans une substance fibro cartilagineuse obturant le trou déchiré ; le ganglion est recouvert dorsalement par la dure mère. Le trijumeau reçoit des fibres sympathiques issues du ganglion cervical cranial, et des fibres parasympathiques du ganglion ciliaire et du ganglion ptérygo palatin (de Meckel), ces dernières issues du nerf facial, nerf crânien VII. Le trijumeau se divise en trois branches, ophtalmique, maxillaire (passant sur le ganglion de Meckel à proximité du hiatus maxillaire), et mandibulaire, sensitives pour les trois étages de la face, motrices pour la mandibule, et neurovégétatives pour l’œil et les voies respiratoires supérieures.
La souffrance du ganglion ptérygopalatin (à la fois V et VII) entraîne chez l’homme un syndrome douloureux d’exaltation parasympathique avec larmoiement, rhinorrhée, congestion de la muqueuse nasale, palatine et vélaire (syndrome ptérygopalatin de Sluder).
Le nerf facial (VII) sort au niveau du trou stylo mastoïdien à la base de l’apophyse mastoïde du temporal, en arrière de l’apophyse styloïde s’articulant avec l’os hyoïde.
L’os hyoïde est, chez le cheval, un chef d’orchestre discret, et souvent oublié, qui coordonne le juste antagonisme entre les chaînes musculaires ventrales et dorsales, la flexion et l’extension, l’expire et l’inspire, le yin et le yang, par l’ensemble complexe de ses insertions musculaires et articulaires vers le temporal, l’occiput, l’omoplate, le sternum, le larynx, le pharynx, la langue, la mandibule... Une posture juste et détendue de la région gutturale est la clef d’un geste harmonieux et léger, et d’une respiration facile.

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L’anatomie et la neurophysiologie des nerfs crâniens V et VII nous apprennent que leur irritation reproduit bon nombre de signes observés dans les névrites du trijumeau et les algies vasculaires de la face chez l’homme, fort comparables aux signes observés lors de head shaking et head rubing chez le cheval : mouvements violents, involontaires souvent intermittents avec un prurit faisant penser à une rhinite allergique(signes vasculaires dus à l’irritation neurovégétative) et en général un facteur déclenchant (photophobie des migraineux) ou un point targette (triger point) hyperalgique.
Il est possible en ostéopathie de corriger une dysfonction somatique des temporaux, de la symphyse sphéno-basilaire et des hyoïdes et ainsi de « décongestionner » les sorties des nerfs V (ganglion de Gasser) et VII par décompression des trous de sortie et correction des troubles neurovégétatifs associés, mécanisme d’action classique avec cette technique.

Cas clinique :
Cheval lusitanien de dressage de 7 ans hongre.
Six mois après son importation et le début du travail en France, le cheval présente un head shaking violent à gauche avec grattage impérieux du chanfrein sur le canon gauche rendant toute équitation impossible. En l’absence de signes précis, après les différents examens complémentaires, une névrectomie des nerfs infra orbitaires est proposée par le vétérinaire référant.
Ce cheval présentait un défaut d’engagement du postérieur droit « corrigé » par le travail de dressage. A partir du moment où le postérieur droit a commencé à bien « passer », le cheval a commencé à présenter du Head shaking.
Lésions ostéopathiques : temporal gauche en inspire, hyoïde droit, C7 D1 à droite, sacro iliaque droite ventrale.
La correction s’est faite en une fois, tant par des méthodes structurelles (sacro iliaque et jonction cervico-thoracique), que sensitive (crâne). Il faut souvent plusieurs séances pour un résultat favorable.

Conclusion

Comme le dit Jules Verne, « tout ce qui est impossible reste à approfondir ». L’ostéopathie est un art basé sur une connaissance approfondie de l’anatomie et de la neurophysiologie. Certaines données de la biologie actuelle sont contredites : mobilité crânienne et sacro iliaque entre autres. Grâce à un travail méthodique et assidu, il est possible de développer sa proprioception afin de sentir des mouvements infimes que notre mental peut nous interdire de ressentir. L’ostéopathie recherche l’harmonie dans le mouvement avec le même plaisir qu’un amateur d’art regardant le tableau d’un grand maître figuratif.

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Léonard de Vinci

Bibliographie

- Large animal neurology A hand book for veterinary clinicians I.G. MAYHEW Lea § Febiger. Head nodding and head shaking, p364-366
- Bases physiologiques de l’Ostéopathie.Pfr Irvin M. KORR Editions Frison Roche
- Neuro-anatomie Elizabeth VITTE, Jean-Marc CHEVALLIER, Médecine Science Flammarion
- Tex book of Medical Physiology, ninth edition, GUYTON § HALL W.B. Saunders Company
- Illustrated atlas of Clinical Equine Anatomy and Common disorders of the horse. Vol two, R.J. RIEGEL, S.E. HAKOLA Equistar Publications, Limited
- Introduction à l’Ostéopathie structurelle appliquée au cheval. Pascal EVRARD. Olivier éditeur.
- Les chevaux m’ont dit Essai d’ostéopathie équine. Dr Dominique GINIAUX Collection cheval magazine
- Acupuncture et Ostéopathie vérité neurophysiologique. Jacques R. GESRET, Editions de Verlaque
- Schématisation neurovégétative en ostéopathie. Alain LIGNON, éditions de Verlaque.
- Veterinary Acupuncture. Alan M. KLIDE V.M.D., Shiu H. KUNG Ph.D., University of Pennsylvania Press
- Anatomie du Cheval. Bernard COLLIN, Editions Derouaux Ordina
- The horse in motion, Sarah PILLINER, Blackwell Publishing
- The horse’s muscle in motion, Sara WYCHE, The Crowood Press
- Les boiteries du cheval, O.R. ADAMS, Maloine S.A. éditeur
- Arthrologie, Myologie, Ostéologie des mammifères domestiques, Cl PAVAUX, ENVT
- Tympanic bulla, petrous temporal bone, and hyoïde apparatus disease in horses, Dennis R. GEISER, in Compendium Equine, Vol. 10, No. 6, June 1988, p740-755
- Headshaking in horses : an after word, W. Robert COOK, in Compendium equine, October 1992, p 1369-1371



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Jean Servantie

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