L’Ostéo4pattes

C29 - Situations de rencontre, thérapie et modalités contactantes (AR)

Créé le : mercredi 12 mars 2008 par Jean Bouhana

Dernière modificaton le : jeudi 30 novembre 2017

Etant confronté depuis plusieurs années à l’enseignement en ostéopathie et plus particulièrement à celui des techniques de type tissulaires structurelles, il a fallu pour une meilleure compréhension des phénomènes engendrés, dépasser le cadre incontournable de la neuro-physiologie. Les explications basées sur les réflexes des fibres stimulées ne suffisent pas pour rendre compte de l’ensemble des constatations des mécanismes engendrés. Aussi nous faut-il emprunter une démarche différente et regarder l’action thérapeutique sous l’angle de la phénoménologie de la rencontre.

C’est en effet en étudiant les différents stades d’une rencontre thérapeutique et les modalités tonales correspondantes, manifestées par le patient, que nous pouvons avoir un autre regard sur le fonctionnement de nos actions manuelles.

Première situation : La séparabilité

C’est la situation qui initie la rencontre entre le thérapeute et son patient (humain ou animal).
Lors de la mise en présence, que ce soit la première séance ou non, patient et thérapeute sont dans la situation d’individus fonctionnant de façon plus ou moins centrés sur eux mêmes. Dans cette situation le patient manifeste un tonus postural particulier que l’on nomme « tonus d’expectative » ; C’est un tonus « d’attente ». L’homme ou l’animal est devant une situation nouvelle : il ne sait pas ce qui va se passer et manifeste alors une forme d’attention à ce qui pourrait arriver. Il n’y a pas forcément de « crainte », mais une forme de « vigilance curieuse ». Le thérapeute, lui, est dans la situation « sujet – objet » : il y a lui et puis il y a l’autre. C’est une situation qu’il pourra entretenir naturellement pendant toute la phase de la rencontre qui correspond à l’analyse du problème qui lui est soumis, durant l’interrogatoire verbal ou manuel. Le contact tactile adéquat à ce type de situation « sujet-objet » est le toucher dit « objectivant » qui nous renseigne sur la forme et sépare le sujet de l’objet pour mieux rendre compte de ses particularités. Les renseignements qu’il procure sont donnés par la sensibilité des téguments tactiles en contact avec la zone d’exploration. C’est un toucher nécessaire et incontournable pour identifier l’autre et sa structure.
Il correspond à la situation de « séparabilité » et de ce fait il est inadéquat à la thérapie.

Pour amorcer la phase thérapeutique de la rencontre, il est nécessaire de dépasser le tonus d’expectative et de mettre en place une autre forme contactante adaptée.

En situation de séparabilité, toute tentative d’acte se voulant thérapeutique risque de renforcer le tonus d’attente (manifesté par le patient), qui peut alors évoluer vers un tonus de « crainte », voire de défense, qui éloignerait accompagnant et accompagné d’une situation thérapeutique sécuritaire et confiante… C’est là que l’animal peut exprimer des réactions dangereuses pour se protéger, lui ou son territoire, et qu’une action thérapeutique dans cette situation risquerait d’exposer le patient à des réactions au traitement.

Envisager une action thérapeutique manuelle, implique que le thérapeute permette au patient de dépasser le tonus d’expectative qui caractérise la « séparabilité » et initie une nouvelle situation de « non séparabilité ».

La non-séparabilité

C’est une situation relationnelle nouvelle, différente de la précédente. Si la séparabilité fait exister l’autre en tant que patient-objet, la non séparabilité amène le patient dans l’existence d’une unité synchrone patient-thérapeute. Le thérapeute est alors celui qui rend possible une interaction avec le patient, par son implication dans des processus qui toucheront tout autant l’approché que l’approchant. Patient et thérapeute forment alors un système structurel et sensible commun ; il y a mise en place d’un espace d’existence commun dans lequel les deux protagonistes vont vivre ensemble l’expérience d’accompagnant et d’accompagné dans un présent propre à eux et à leur espace de rencontre.

Cette situation, complètement autre que la précédente, est initiée par le thérapeute accompagnant et génère une phénoménologie spécifique à ce nouvel espace d’expérience. L’ensemble structurel commun, mis en place dans cette situation, est lié à la co-existence des systèmes structuraux patients et thérapeutes compris en tant que systèmes architecturaux de tenségrité. Ces deux systèmes, distincts dans la situation de séparabilité, forment un ensemble commun, à fonctionnement synchrone dans un présent commun. L’initialisation de cette situation est liée à la fonction du thérapeute dont une des aptitudes est de pouvoir faire en sorte, par ses qualités intrinsèques, que le patient puisse contacter le présent de cet espace de partage. Ce sont les « qualités d’être » du thérapeute accompagnant, en concordance étroite avec ses qualités contactantes mises en œuvre, qui permettront l’établissement et le renforcement de la situation de non séparabilité.

Le contact tactile approprié à cette situation est le « toucher perceptif ». Il est mis en œuvre en posant son contact sur la zone intéressée et en amenant notre perception directement sur le tissu à explorer.
Ceci est possible par l’action de « prise en compte* », par la perception à distance de notre contact, du tissu situé en profondeur chez le patient. Notre attention et notre perception sont alors situées chez l’autre et non au niveau de nos téguments, ce qui serait le propre de la situation de séparabilité.

Dans ce type de contact il y a mise en place d’un « réglage automatique » de la pression du contact manuel qui s’ajuste au besoin.

Le patient, lui, ne perçoit plus de la même façon le contact du thérapeute, comme si la pression disparaissait, laissant apparaître la sensation de son propre tissu dans une perception particulière liée à ses qualités de liberté.

Alors que le « toucher objectivant », adapté à la situation de séparabilité, renseigne sur la « forme », le toucher perceptif implique le thérapeute dans l’expérience d’accompagnement et de vécu de la fonction mécanique du tissu dans son contexte architectural de tenségrité.

Ce type d’expérience contactante de non-séparabilité, et seulement lors de cette situation, met en évidence le rapport entre un tissu en lésion (présentant une restriction de mobilité) et son implication sur le système global et ses compensations.

Le tonus caractéristique manifesté à ce stade de la rencontre se marque chez le patient par une modification observable de son axe de verticalité et de ses appuis au sol. Dans cette situation de mise en commun d’une partie des systèmes sensibles, accompagnant et accompagné vivent une expérience sensible commune et observent de façon synchrone l’espace structurel pris en compte par le thérapeute. Le thérapeute devient alors un observateur impliqué dans l’expérience de rencontre, en interaction avec l’espace sensitif et structurel du patient dans une dimension commune du présent. Il apparaît alors, dès cette saisie du présent de la rencontre thérapeutique, une forme d’attention particulière manifestée par le patient qui témoigne ainsi de la dimension de non-séparabilité et du sentiment sécuritaire qui l’accompagne.

Si le monde de la séparabilité est le monde de la spéculation, avec celui de la non-séparabilité nous rentrons dans celui de l’évidence : on ne peut que le vivre. Toute tentative d’observation non vécue, décalée du présent, ramènerait accompagnant et accompagné à la séparabilité.

Si l’expérience, dans la situation de séparabilité est liée à un savoir issu de l’apprentissage avec les autres, la non-séparabilité procèderait plutôt du savoir lié à l’interaction avec notre milieu. La troisième facette du processus de rencontre manuelle thérapeutique est issue, elle, du savoir lié à notre part autodidacte.

Le pôle de l’Action

Alors que la situation de non-séparabilité coordonne patient et thérapeute dans le présent, la troisième facette du processus de rencontre permet de contacter une fraction de ce temps : « l’Instant ». Il s’agit là de la traduction gestuelle non analytique de l’interaction patient thérapeute dans son contexte espace-temps.
Dans cette nouvelle situation, l’instant est compris dans une fraction minime du présent qui a ceci de particulier qu’il représente tous les temps à la fois : l’axe passé/futur et le présent. C’est à partir de ce moment que peut émerger la création.

Du point de vue de l’organisation du geste thérapeutique dans la situation de l’Action, il y a mise en jeu, là aussi, d’un « automatisme » de la main agissante. La gestuelle n’est plus fonction de l’analyse d’une situation tissulaire, mais procède du vécu de cette rencontre dans une communication directe entre perception/vécu de l’autre dans cet espace/temps, et de ce fait, touche la justesse. Tous les temps à la fois sont alors présents dans notre geste, toutes les expériences passées, nos buts et objectifs, et ce qui se vit là dans cette rencontre. Alors les tissus se dénouent d’eux mêmes : le troisième pôle de la rencontre est le pôle de « l’évidence dans le faire ». Patient et thérapeute font alors l’expérience d’une rencontre hors d’un temps linéaire, de laquelle l’un et l’autre sortent différents.

En parallèle à la prise en compte de la structure au niveau du contact tactile, le thérapeute doit avoir intégré une prise en compte de l’autre tant au niveau de sa structure que de ses aspects humains, d’être en tant que tel.

La technique a disparu puisqu’elle est complètement intégrée au service d’une communication-échange entre les deux êtres en présence et l’espace-temps de la rencontre : C’est bien la richesse de cette rencontre qui nourrit la rencontre tactile.

*« La prise en compte » est une action excentrique et perceptive de la part du thérapeute qui prend en considération avec ses facultés sensibles, un ou plusieurs éléments structuraux chez son patient.



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