L’Ostéo4pattes

ψ19 - Génétique OU ostéopathie

Créé le : mercredi 8 août 2007 par Erich Degen

Dernière modificaton le : vendredi 1er décembre 2017

N’ayant reçu aucun commentaire à mes divagations sur la Science, la Philosophie et la Religion, ni à mon appel au Bon Sens, encore moins à un nécessaire débat au sujet de toutes ces notions ;

Jouissant toujours d’une liberté de penser et d’agir effective, en attendant circonspect la réception, de la part de la Direction Régionale des Affaires Sanitaires et Sociales de la région Midi-Pyrénées (Service des Professions de Santé), de l’autorisation d’exercer l’Ostéopathie ;
Je vais ici me permettre de continuer d’explorer les situations respectives de la Médecine et de l’Ostéopathie, en m’intéressant de près et de loin à cette science pionnière, qui remplit de fierté notre monde moderne car rationnel : la Génétique.

D’emblée, je vais commettre une légère entorse à l’usage et placer sous le terme de Génétique tout ce qui concerne l’étude des êtres vivants primordiaux, ne dissociant pas, pour le temps de l’exposé, Génétique, d’Immunologie, Parasitologie, Microbiologie, Virologie, Prionologie,
etc...

Ce faisant, j’espère bien faire toucher du doigt mon incompétence crasse
en ces domaines.
Pourtant, toutes les formes de vie me captivent.

Mais en ostéopathe.

De loin.

Vite fait, comme dit ma fille aînée, âgée de dix-sept ans.

L’Ostéopathie s’occupe de la vie par le mouvement.

D’ailleurs, toute science est sensée faire de même. Elle avance, scrute, analyse, postule et soupèse, elle s’approche au plus près de son sujet : tel est son objet. En la matière, elle n’a qu’une obligation, mais celle-ci est essentielle, incontournable : toute science doit délimiter son domaine
d’étude.

Afin que ses conclusions soient critiquables, elle doit exposer les limites qu’elle reconnaît tout au long de sa démarche.

De la sorte, elle ne risquera pas d’empiéter sur des domaines voisins mais distincts, au sujet desquels, toute pertinente qu’elle soit, elle ne peut proposer de solutions sans sortir du cadre qu’elle s’est elle-même fixé pour exister.

Prenons la Médecine.

J’ai déjà évoqué ce petit problème précédemment : qu’un microbe x ou qu’un gène y soit systématiquement retrouvé quand s’exprime chez un sujet z une maladie w ne peut suffire, scientifiquement parlant, pour conclure que x ou y représentent la cause de w chez tous les z, partout et toujours. C’est là une affaire philosophique.

Scientifiquement en effet, existerait-il un seul z qui, en présence de x ou y, développerait une forme de maladie différente de w ou bien, mieux encore, présenterait toute l’apparence de la bonne santé, que ce raisonnement se trouverait du même coup anéanti.

À moins bien sûr de s’en remettre à la fameuse tarte à la crème, « l’exception confirme la règle », mais j’ai déjà eu l’occasion de dire ce que, positivement, il fallait en penser : si une règle reconnaît une exception, il est clair que ce n’est pas une règle. Sinon, comment être assuré de tirer
des traits droits ? Ne ferait-on pas mieux à main levée ?

Et puis, assimiler la science à une clownerie est un peu léger, n’est-ce pas ?

Dans la réalité, pour exprimer une maladie w, un sujet z a besoin de plus qu’un microbe x ou qu’un gène y, de même qu’un sujet z’, en présence de x ou y, développera probablement w’, peut-être proche mais non exactement identique à w.

Sans compter que, x et y, sont-ils toujours les mêmes ?

La Médecine s’est donnée la Nosologie. Cette Science, étude des noms des maladies, s’est développée à la suite de Pinel, grand médecin du courant anatomo-clinique, dès la fin du dixhuitième siècle. L’entreprise consistant à nommer les maladies selon leur site d’expression et leur
forme anatomo-pathologique (pneumonie, nécrose rénale, encéphalopathie, etc...) venait compléter, concrétiser, les rapprochements observés par ces médecins pionniers entre des affections morbides, leurs symptômes et des lésions constatées à l’autopsie. La Médecine fit alors un grand bond en avant. On savait enfin de quoi on parlait.

Ce n’est qu’une centaine d’années plus tard, dès la mise en évidence des microbes, qu’émergea l’habitude de nommer une maladie par son prétendu agent causal. Et encore un peu plus tard qu’on inventa la notion floue de porteur sain, qui règle arbitrairement bien des questions.
Insensiblement, la Médecine sortit là du cadre de la Science.

Nous, vétérinaires, avons eu la chance, lors de nos études, de pouvoir saisir le type d’impasse logique où conduit ce raisonnement. C’est lorsque nous fut exposée la maladie du chien nommée « piroplasmose ».
Au paragraphe « symptômes », on notait une page entière, représentant à peu près tous les signes morbides observables : fièvre, anémie, mais aussi symptômes digestifs, urinaires, douleurs articulaires, etc..., pour faire bref, tout symptôme présenté par un chien pouvait faire suspecter la maladie.

Heureusement, le paragraphe « diagnostic » éclairait nos lanternes : on nous y disait que la présence dans les hématies de ces petits êtres appelés « piroplasmes » était la preuve patente de la piroplasmose.
Et pour couronner le tableau, venait, au paragraphe « traitement », le coup de grâce porté à nos cerveaux surentraînés : l’injection d’un produit supprimant électivement ces vilaines bestioles et la guérison subséquente du sujet prouvait, si besoin encore était, qu’il s’agissait bien d’une piroplasmose.

Une sorte de « diagnostic thérapeutique », en clair : un bourbier putride où s’enliserait quiconque chercherait à raisonner, un finalisme renversé et poussé jusqu’à l’absurde. Mais si la guérison est à ce prix, n’est-ce pas, à quoi bon pinailler ?

Comme vis à vis de toutes les religions, il y a les hérétiques qui ne croient pas à ce qu’on veut leur faire croire. Ceux-là sont facilement identifiables.

Mais il y a aussi les croyants mous.

J’ai ainsi pu noter que l’injection d’un piroplasmicide était souvent accompagnée d’un ou plusieurs antibiotiques et de corticoïdes, un peu comme si l’on suspectait que Babesia s’était mariée avec Streptococcus, et que les bougies du gâteau de noces avaient foutu le feu un peu partout.

Finalement, tout le monde s’en fiche éperdument. L’important, en Médecine, on le sait, c’est guérir les maladies. Le reste c’est du blabla.

Revenons donc à la Génétique.

La découverte de l’ADN date du milieu du siècle dernier et marque le moment où la Science réussit enfin à explorer les mécanismes de création de la vie. La Génétique devient la science de pointe.Un grand moment à n’en pas douter. Depuis, les progrès n’ont pas cessé. Enfin, un certain type de progrès.

En effet, dans le but de caractériser toujours plus précisément la cause des maladies, on a, sans le dire, fait disparaître l’idée d’une évolution possible et intrinsèque du malade vers un état d’équilibre, finalement compatible avec la vie, compte tenu de quelques restrictions formelles ou/et fonctionnelles plus ou moins sérieuses.

Si l’on franchit les quelques dizaines d’années qui nous séparent de la découverte de l’ADN,
on peut apprécier le progrès : désormais, il est théoriquement possible de diagnostiquer in utero
chez l’Homme un grand nombre de malformations d’origine génétique, et ainsi, de décider très
précocément l’arrêt d’un processus conduisant à la naissance probable d’un être handicapé.
Est-il possible de ne pas s’émerveiller devant cette avancée de la Science, sans pour autant
appartenir à un groupe religieux intégriste ?
Je crois oui.
En tant que vétérinaires, on ne peut qu’être frappés de la similitude qui désormais tend à
régner entre la procréation dans l’espèce humaine et la reproduction des animaux.
Un bon éleveur a pour but de sélectionner ses reproducteurs en vue d’améliorer la race dont
il s’occupe. Il essaye d’éliminer les tares.
Rappelons-nous ce qui arriva au Berger Allemand quand la mode du chien de garde fit qu’il
fallut en produire davantage et si possible des plus féroces. N’a-t-on pas, dans le même temps, vu
s’accroître la quantité de chiens dysplasiques ? La Génétique, même au stade où elle est parvenue
aujourd’hui, peut-elle nous promettre d’anticiper ce type de phénomènes ?
Il y a là deux niveaux au moins pour aborder ces problèmes.
D’un point de vue éthique tout d’abord, et en évitant de prononcer le terme « eugénisme » de
sinistre mémoire, on peut se poser la question de l’idée qu’on se fait d’un être vivant dès lors qu’on
prétend le décrire entièrement par le biais de son génôme.
A-t-on suffisamment avancé depuis Lamarck et Darwin pour s’aventurer sur ce chemin sans
s’embourber ?
D’un point de vue scientifique maintenant, il faut noter que, depuis déjà un bon moment,
s’est développée l’Épigénétique.
Depuis que des généticiens d’avant-garde ont constaté qu’une grande partie des
chromosomes (jusqu’à 80%, je crois, de leur étendue) ne livrait aucun renseignement
supplémentaire sur les séquences de bases et donc sur le génôme, on peut entrevoir dans un flou
artistique un support à l’adaptation des êtres vivants à leur environnement.
En clair, et sans trop dériver, l’Épigénétique permet d’envisager dans le futur un cadre
scientifique cohérent pour le débat sur l’inné et l’acquis.
Voilà où nous en sommes.
D’un côté, semble s’imposer une vision fixiste : des gènes, des virus ou d’autres minuscules
êtres déterminent des malformations ou des maladies, qu’on pense connaître en les nommant
d’abord, afin de mieux les guérir, ou de les supprimer avant qu’elles n’apparaissent.
Cette façon de voir s’appuie malheureusement sur un grand nombre d’inexactitudes et de
brouillages. Elle suppose surtout admise l’idée d’un arrêt de toute évolution. Elle nie toute
adaptation. Telles sont les choses au moment du diagnostic, telles doivent-elles rester.
C’est dur à avaler.
Car d’un autre côté, c’est à dire dans la réalité, on sait bien que tout bouge. Tout évolue.
Le fumeux débat qui oppose, aux USA, Évolutionnistes et Créationnistes va me permettre de
donner un exemple flagrant de l’atteinte faite à la Science.
Qu’est-ce qu’on essaye de nous faire croire ? Qu’il existe encore des esprits rétrogrades niant
la Science, comme s’il était possible, au 21° siècle, d’affirmer que la Terre est plate ou que la Lune
n’entretient aucune relation avec sa planète-mère ? On devrait avoir peur de ça ?
Le débat entre Évolutionnistes et Créationnistes, c’est vrai, a existé, mais nous étions alors
au tournant du 19° siècle, au moment où l’objectif était, en abordant la Science, de libérer l’Homme
de la matrice philosophico-religieuse qui le protégeait depuis l’époque platonicienne.
Il n’est pourtant pas difficile aujourd’hui de noter que la Science de l’Évolution et l’Ancien
Testament parlent d’un même sujet, mais à deux niveaux rationnels totalement différents :
scientifique d’un côté, mythologique de l’autre.
Le même Homme peut très bien se plonger dans l’étude des diverses théories de l’Évolution
et raconter Adam, Eve ou l’Arche de Noé à ses enfants, quel est le problème ?
Le problème est que, certains hérétiques l’auront peut-être noté, on nous bassine avec ce
débat en assimilant Évolutionnisme et Darwinisme, comme si les théories de Darwin l’avaient
définitivement emporté sur toute autre façon d’étudier l’Évolution, ce qui est faux. Et tant qu’à faire
bref, on ramène Darwin à ce qu’on désire faire apparaître de ses théories : la survie du plus apte.
Est-ce que fixer ainsi le terme de l’Évolutionnisme est le signe d’une démarche scientifique ?
Et ce n’est là qu’un exemple.
En nos temps si libéraux, le crime apparaît parfait. Il explique par avance tous les dérapages
qui pourraient être commis. On imagine des politiques peu scrupuleux, soucieux de manipuler
l’opinion, tentant de présenter de grossiers arguments pseudo-scientifiques comme des vérités
immuables. On frémit... mais rassurons-nous, cela n’arrivera pas.
Il existe heureusement une autre façon de raisonner et il ne tient qu’à l’Ostéopathie et aux
ostéopathes de désirer l’incarner.
Quand je consulte un chien de grande taille, âgé de quatre ans, qui présente des troubles de
l’arrière-train sans cause traumatique connue, qui ne peut plus se lever sans couiner et marche de
travers, concrètement, que m’importe de savoir s’il est dysplasique ou non ?
Est-ce que cela va rendre mes mains plus efficaces dans ma tentative de l’aider à retrouver de
la mobilité ?
Ne risqué-je pas plutôt de m’enfoncer dans une attitude fataliste, du type : à quoi bon
m’escrimer quand l’avenir de cet animal est déjà tout tracé ?
Et ces questions s’appliquent à toute maladie ou malformation. La démarche nosologique ne
visait qu’à permettre aux médecins (et aux vétérinaires) d’user d’un langage commun, reproductible,
en un mot, scientifique, pour situer les maladies.
En aucun cas, elle ne visait à cataloguer les malades et à prévoir, à l’aide de statistiques, leur
futur. Car alors, en ramenant un être vivant à une (ou plusieurs) lésion et en désarmant par avance
toute tentative thérapeutique originale, c’est l’influence du temps et de l’environnement qui se
trouvent niées. Et dès lors, l’adaptation se trouve assimilée à un miracle, l’ostéopathe à un magicien.
L’ostéopathe, justement, reconnaît l’effet du temps et de l’environnement. Il ne saurait se
servir de la Génétique et de la Nosologie qu’à titre de nourriture pour le versant rationnel de son
intelligence. Dès qu’il pose les mains, il doit « oublier » ces informations pour ne s’occuper que de
la seule chose qu’on attend de lui : soigner.
S’il y arrive, c’est déjà pas mal.
Aux statisticiens de se soucier du reste... s’il en reste.



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