L’Ostéo4pattes

ψ01 - LA SITUATION EST GRAVE (AR)

mais la tenségrité....
Créé le : lundi 30 janvier 2006 par Erich Degen

Dernière modificaton le : mercredi 29 novembre 2017

De deux choses l’une
Et l’autre, c’est le soleil.
Jacques Prévert

Dis, c’est quand qu’on va où ?
Renaud

Au moment de s’engager dans une telle aventure éditoriale et afin de ne pas risquer de se dire un jour ou l’autre, « M’enfin ! je savais pas... » il n’est pas inutile je crois de faire un petit tour de périscope et ainsi observer le monde dans tous ses détours scientifiques et en particulier médicaux.

Autrement et plus vite dit : « Qu’est-ce qui rend la communication au sujet de l’ostéopathie aussi délicate ? »

Certes, beaucoup ont choisi de ne pas se poser trop de questions et d’ériger en commandement la règle tacite du « je fais donc je sais ». Dans ce cas, et pourquoi l’ostéopathie y échapperait-elle ? il suffit d’exposer deux ou trois résultats saupoudrés de quelques bonnes résolutions, dont on aura plus ou moins consciemment gommé toutes les approximations, et on prétendra ainsi prouver l’utilité du seul domaine que l’on étudie, en général le fantasme commode auquel on rattache sa pratique quotidienne (sans que cela prouve par ailleurs la vanité de cette pratique, le problème est ailleurs et cet ailleurs, il triche).

Il me revient à ce sujet une anecdote riante qui illustrera clairement les sous-entendus de ce paragraphe :

C’était sur notre radio d’état un matin il y a quelques années ; Martin Winkler, alias l’humaniste-écrivain-médecin Marc Szafran, avait intitulé sa rubrique quotidienne, de (mauvaise) mémoire, « Ostéopathes, naturopathes, étiopathes, ... poils aux pattes ! ». Suivait un développement plus ou moins heureux et rigolo, mais dans lequel, et c’est là le point éclairant que je veux souligner, il apparaissait en creux à quel point l’appellation « étiopathe » rendait par avance la tenue de tout dialogue avec la médecine impossible : comment en effet débattre au sujet de la santé avec les médecins en affirmant indirectement que ceux-ci omettent les causes dans leur analyse des cas des patients qui leur sont soumis ? Je ne connais pas personnellement le fondateur de l’étiopathie et je ne sais quelles furent, mis à part son désir de s’affranchir de l’ostéopathie dont il était issu, les motivations qui l’incitèrent à ainsi nommer la tendance qu’il a induite, mais une chose est sûre, le désir de débattre et celui de bien communiquer n’en faisaient pas partie, ...ou alors il faut réessayer...

Mais s’il est un autre écueil qui rend par avance tout débat impossible, c’est le consensus préalable. Par définition, il n’y aura débat que si les deux (ou plus) interlocuteurs ont un minimum de différences de points de vue sur le sujet débattu. Et bien sûr, il ne pourra y avoir débat que si l’un des deux points de vue ne se pose pas d’emblée comme supérieur en s’appuyant sur ses propres critères discriminateurs, ce qui pousserait, soit à l’opposition pure et simple, soit au consensus précédemment évoqué.

C’est malheureusement ce qui se passe depuis qu’une loi sans décrets de mars 2002 (la loi sans décrets est une spécialité française qui permet de pousser vers les oubliettes un problème dont on a envie de tout sauf de s’occuper réellement) « reconnaît » l’ostéopathie. Depuis ce jour on a pu voir fleurir dans la « presse ostéopathique » bon nombre d’articles (souvent relais de mémoires de fin d’études) visant à prouver, sur des critères méthodologiques issus de la science médicale, l’efficacité de telle ou telle technique ou suite de techniques ou traitement ostéopathique.

Peu importe la validité ou non de ces processus expérimentaux, il s’agit de comprendre qu’en tant que projections de l’ostéopathie sur un plan scientifique ils ne peuvent en aucun cas apporter un élément supplémentaire au débat. Au contraire même, ils repoussent encore plus loin toute possibilité de débattre, en ajoutant encore à l’isolement dans laquelle se trouve la pensée scientifique classique en médecine.

Si nous voulons un débat, et à l’Ostéo4pattes, nous voulons le débat ! C’est pour tenter d’enrichir la pensée médicale au sens le plus large, et non pour se présenter devant des électeurs qui seraient chargés de voter pour la meilleure médecine, je ne ferai l’injure à personne de le croire assez stupide pour voir les choses de cette manière.

Alors par exemple, nous examinerons ceci :

Au tournant du vingtième siècle, la science qui progressa d’un coup fut la Chimie. Pasteur en France, Koch en Allemagne, furent précurseurs, et bientôt, à la suite des découvertes d’Ehrlich sur les techniques de coloration, on put avancer dans la connaissance systématique des phénomènes biochimiques de la cellule et, partants, du génome. Ainsi la Médecine, après 250 années de « domination » de la Physique (rappelons que Descartes est connu, sur le plan scientifique, pour ses travaux en Géométrie et en Optique), se reposa-t-elle désormais, et aujourd’hui plus que jamais, sur ce versant des sciences.

Mais, un peu plus tard, la Physique, qui avait vécu cette période en « se contentant » des découvertes de Newton, vit apparaître Einstein et sa théorie de la relativité, puis les théories quantiques des particules, comme autant de révolutions profondes dans la pensée scientifique humaine. Ces données sont désormais, sinon digérées, du moins intégrées dans bon nombre de raisonnements scientifiques qui ne touchent d’ailleurs pas que la physique. On a surtout fini par comprendre que ces théories, plutôt que de s’exclure mutuellement ce qui heurtait le bon sens, s’appliquaient en fait à des états différents de la matière ou des particules. Ainsi, les hypothèses newtoniennes restent-elles parfaitement suffisantes dans un grand nombre de cas, par exemple ceux où l’on n’a pas besoin de raisonner « sur le vivant ». Il ne viendrait à l’idée de personne de nier la réalité de la gravité sur notre planète, mais d’autres hypothèses ont vu le jour tout au long du vingtième siècle, qui ne contredisent pas Newton tout en examinant notre réalité d’un autre point de vue, en particulier celle de tenségrité.

Je renvoie les esprits curieux de savoir ce que peut-être la tenségrité et les rapports possibles qu’elle entretient avec l’ostéopathie, à la lecture du mémoire de fin d’études ostéopathiques de Jean-François Mégret, et je préciserai juste que, actuellement, dans un certain nombre de laboratoires de recherche en biologie cellulaire, on utilise ce type d’hypothèses biophysiques pour tenter de comprendre des phénomènes aussi complexes que l’adhésion cellulaire, sachant que la multiplicité des protéines en cause rendait de plus en plus illusoire toute tentative de régler le problème sur un plan uniquement biochimique.

Qui plus est, ce type de façon de raisonner faisant apparaître que le génome possèderait un système de régulation d’ordre physique et pas uniquement héréditaire c’est à dire biochimique ouvre un plan de réflexion fondamentale qui serait susceptible de nous éloigner d’une vision « fataliste » des choses, comme si le débat entre l’inné et l’acquis avait été définitivement tranché pendant que l’on dormait ....

La Physique a-t-elle une chance de retrouver droit de cité dans la science médicale ? Je veux dire, autrement que par ses applications purement technologiques en radio, imagerie, etc.... ? L’ostéopathie qui, à certaines conditions qu’il s’agira de préciser, s’appuie sur des hypothèses biophysiques, peut-elle débattre avec une médecine qui s’est développée depuis plus d’un siècle en fonction d’hypothèses essentiellement biochimiques, dans le but de faire progresser la compréhension du vivant, en santé ou hors santé ?

Voilà, trop vite posées quelques questions, et ce ne sont pas les seules ! qui pourraient faire de ce lien éditorial une arme concrète dans la recherche du progrès au sens le plus large.

Non, non, non, la situation n’est pas si grave, car la tenségrité....



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