L’Ostéo4pattes

K17 - Le sacrum primaire ?

Créé le : samedi 23 juin 2007 par Catherine Brassaud

Dernière modificaton le : vendredi 1er décembre 2017

DYSFONCTION PRIMAIRE DU SACRUM CHEZ LES MAMMIFERES DOMESTIQUES

Selon ma pratique, la dysfonction du sacrum est relativement courante. Elle peut-être secondaire, très souvent compensatoire, mais également primaire alors accompagnée de signes de souffrances significatifs. Lorsque le sacrum présente une dysfonction importante, le corps survit plus qu’il ne vit.

Les bovins sont très sujets aux dysfonctions traumatiques du sacrum. Les cas les plus fréquemment rencontrés sont ceux de glissades sur des surfaces dures en stabulation, les postérieurs entraînés dans un mouvement les écartant du corps. Il arrive également que des dystocies génèrent des dysfonctions sacrales évoquant les signes de la fièvre de lait ou hypocalcémie. Les animaux sont fortement boiteux des postérieurs et éprouvent d’importantes difficultés à relever l’arrière-main voire une impossibilité totale à se mettre debout.

Lorsque une parturiente ne peut plus se relever, les premiers gestes thérapeutiques consistent généralement en une injection de calcium suivie rapidement d’essais de relever l’animal par traction de la queue lorsque celui-ci ne se relève pas de lui-même. En effet, un bovin ne survit couché qu’une dizaine de jours à la suite desquels les fonctions viscérales et notamment digestives se dégradent de façon irréversible. Mais il est à noter que cette traction ne fait la plupart du temps qu’empirer la dysfonction sacrale. Et si l’animal ainsi relevé peut ensuite se maintenir debout, il se déplace difficilement puis est rapidement confronté à des difficultés pour se recoucher. S’il y parvient, il ne pourra se relever de nouveau.

De nombreux bovins vivent sur des surfaces lisses et dures et ceux qui ont glissé sont généralement munis d’une attache au dessus des boulets postérieurs pour éviter une récidive. La locomotion déjà difficile en raison de la dysfonction sacrale l’est encore davantage. Selon les conditions de détention, la vie de l’animal est alors compromise si l’exploitation comprend par exemple des prés en pente et si les gestations ne sont plus envisageables.

La dysfonction sacrale traumatique s’accompagne la plupart du temps d’autres lésions (déchirures des tissus mous, hématomes, etc.) qui accroissent les souffrances de l’animal et ralentissent le processus de guérison une fois la dysfonction réduite. La manipulation du sacrum apporte néanmoins un soulagement dans les deux à trois jours qui suivent le traitement. Le retour à la mobilité du sacrum permet à l’animal de se relever par lui-même et de se mouvoir malgré une boiterie encore persistante. Dans les cas d’importante dysfonction suite à un traumatisme, on observe parfois une dissymétrie du bassin qui perdure sans boiterie associée.

Les chiens sont également sujets aux dysfonctions sacrales traumatiques qui peuvent survenir sur des gestes anodins. Beaucoup de chiens vivent en appartement sur des sols glissants (parquets, carrelages, etc.) : il n’est pas rare qu’une consultation soit motivée par une glissade du type de celle décrit plus haut suite à un saut mal calculé depuis le lit ou le canapé.

La dysfonction peut être importante au point d’empêcher le chien de marcher ; celui-ci reste couché sur le flanc donnant l’impression d’être paralysé. L’animal peut être amené en consultation avec un diagnostic d’hernie discale ou autre cause de compression nerveuse due à une dégénérescence structurelle diagnostiquée par imagerie.

La manipulation lève la restriction de mobilité de l’os sacrum et supprime donc les spasmes musculaires associés. Il libère aussi la compression du nerf sciatique par le sacrum, atténuant l’inflammation et donc la douleur.

Dans l’aigu, l’animal peut retrouver sa pleine mobilité en l’espace de quelques minutes. Cependant, à ce stade la manipulation structurelle est généralement difficilement supportable directement. Les manifestations de douleurs sont importantes avec plaintes (gémissements, beuglements…) à la simple palpation.

Il faut préparer le geste structurel par un travail des tissus mous, à la fois pour limiter la douleur et augmenter l’efficacité de la manipulation. Si l’on passe outre la douleur (avec par exemple un animal qui prend sur lui), les spasmes tissulaires qui accompagnent la dysfonction semblent retenir le sacrum malgré sa mobilisation structurelle. Une écoute passive (la main reçoit) dans un premier temps puis active (la main dirige) des tensions faciales permet à l’animal de pouvoir ensuite recevoir la mobilisation du sacrum grâce à une action de levier au moyen de la queue.

A ce stade de ma pratique, il me semble que les chats comme les chevaux sont moins sujets à cette dysfonction sacrale traumatique. Bien que souvent présentés en consultation en raison de difficultés dans les sauts (suite ou non à un trauma constaté), les dysfonctions incriminées concernent l’ensemble du bassin avec une dysfonction sacrale plutôt secondaire à celle des os coxaux.

En comparant l’anatomie du bassin du cheval, de la vache, du chien et du chat, il ne ressort pas d’élément majeur en ostéologie, arthrologie ou myologie qui justifie d’une fragilité de l’articulation sacro-iliaque chez l’une de ces espèces. Selon R. Barone « l’articulation sacro-iliaque constitue le centre de transmission des efforts propulsifs provenant des membres pelviens. C’est pourquoi sa mobilité est des plus réduites, … » Toujours selon R. Barone, chez les grands ongulés le ligament sacro-iliaque dorsal limite encore les mouvements des os coxaux sur le sacrum.

L’explication de la fréquence élevée de traumatismes de l’articulation sacro-iliaque chez la vache réside selon moi dans l’action des hormones de la gestation et de la parturition sur les différents ligaments. Encore d’après R. Barone « les ligaments se trouvent relâchés chez la femelle en fin de gestation, ce qui contribue à permettre une certaine dilatation de la filière pelvienne au moment du part. Ces modifications son particulièrement visibles chez la vache. »

Ainsi, même si le cheval participe à certaines épreuves (comme le reining des westerners qui nécessite l’exécution de figures de type « sliding stop ») au cours desquelles les postérieurs peuvent s’écarter du corps et même s’il semble prédisposé à glisser du fait d’être ferré, les conséquences sont généralement moindres sur ses articulations sacro-iliaques. Et rares sont les poulinières qui travaillent. Le chien d’appartement est quant à lui victime des revêtements inadaptés à ses griffes non rétractiles et le chat est tout à fait « étudié » pour ne pas glisser !

Références :
R. Barone « Anatomie comparée des mammifères domestiques. Tome 2 :arthrologie et myologie », 2000. Ed. Vigot



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