L’Ostéo4pattes

La base de l’édifice !!!!! (AR)

Créé le : lundi 30 janvier 2006 par Alexandre Chichery

Dernière modificaton le : mardi 28 novembre 2017

On savait l’importance de la santé du pied chez le cheval, nos anciens nous ont dicté que :

« pas de pied pas de cheval »

Puis ce concept s’est étayé de la façon suivante grâce aux progrès de la médecine vétérinaire :

Un pied malade pourra souffrir de maladies naviculaires, fourbures, ostéites, abcès etc.... . La majorité de ces pathologies sont graves compte tenu de leur localisation mais surmontables... avec un peu d’obstination et de savoir !

Aussi, un aplomb de pied mal paré participe t’il à l’apparition de pathologies locomotrices sus - jacentes.

Puis le développement exponentiel des sports équestres ces 25 dernières années, les grands progrès en médecine orthopédique équine ont parfait la conception du pied définissant l’aplomb du cheval et les ferrures comme des outils thérapeutiques à bon nombre de pathologies locomotrices comme certaines affections des ligaments, des tendons ou des articulations.

Le but de cet article n’est pas de détailler les applications de la maréchalerie dans la thérapeutique orthopédique mais de permettre de comprendre que c’est au niveau du pied que se rencontrent les conceptions vétérinaires modernes allopathiques et ostéopathiques.

En effet, selon les théories classiquement admises, le pied conditionne la position du membre à l’appui donc la répartition des charges et des tensions. Donc un mauvais appui est pathologique. En ostéopathie cette conception est acceptée mais en plus et c’est l’évidence même, une malposition de vertèbre ou une surtension musculaire sont pathologiques localement et entraînent à distance une malposition du corps donc une surcharge sur le pied homo ou controlatéral. (Cf. la podologie et les marques de surcharges lors de sciatiques.

Aujourd’hui, les ostéopathes peuvent attribuer au pied une autre propriété celle de régulateur des surfaces et des modes d’appui, donc celle de régulateur de la station de l’ensemble du squelette.

Je comparerai volontiers le pied aux fondations d’une maison, « pas de maison sans fondation » avec pour avantage et différence que le pied est une fondation modelable et adaptative.

Si l’équilibre du cheval se modifie alors le pied se modifie et vice et versa.

Faut il rappeler que la pousse de la corne n’est pas homogène sur les quatre pieds ?, plus la corne est soumise à une forte pression, plus sa pousse est stimulée... ! C’est la preuve que la symétrie exacte n’existe pas.

Ainsi la nature est assez bien faite pour les chevaux non ferrés puisqu’une gène entraînant la surcharge d’un membre sera rééquilibrée sur quelques mois par la pousse de la corne qui modifiera la station du quadrupède donc la répartition des charges.

Certes me direz vous mais envisageons le cas d’un cheval boiteux non ferré suite à une entorse du boulet sur l’antérieur droit par exemple.

En suivant le schéma logique de la pousse de la corne :

L’antérieur gauche pousse + vite puisqu’il est surchargé, mais il s’use plus vite également.

L’antérieur droit pousse moins vite puisqu’il connaît moins de charge mais il s’use également moins vite.

Globalement l’équilibre est maintenu.

Mais si le cheval est ferré et boiteux... le membre non boiteux sera rehaussé par la pousse de corne et la surcharge sur le membre boiteux n’en sera qu’augmentée...

Mais ce n’est pas tout, quand les fondations d’une maison bougent, il est rare qu’un mur, un boulon de charpente ou autre ne se brise ou se torde.

Le cheval ferré et boiteux est dans l’impasse puisque ses fers l’empêchent de s’équilibrer naturellement sur sa corne, donc ce sont les structures supérieures qui accusent.

En conclusion partielle, je dirai qu’un cheval ferré boiteux doit systématiquement être guéri par le maréchal, le vétérinaire et l’ostéopathe.

Mais une fois guéri, il n’a besoin que d’une personne en urgence, l’ostéopathe pour éviter une boiterie tournante ou une récidive.

Cette notion est très large et mérite amplement d’être colorée de cas cliniques et d’études expérimentales (travaux déjà entrepris par français et allemands concernant la charge des pieds aux différentes allures à l’aide de fers dynamo- métriques).

Pour terminer, il faudra retenir qu’un antérieur plus court est moins chargé par rapport à l’autre alors que c’est l’inverse pour les postérieurs. Ceci est du à la différence de structure des portiques antérieurs et postérieurs .

Afin d’illustrer l’une des participations du pied dans la station du squelette équin, le cas clinique qui va suivre est un des innombrables exemples de cette relation thérapeutique possible entre le pied et l’ensemble de l’animal.

Quelques rappels de base avant cela :

- le pied connaît des charges allant de 100 à 300% du poids du cheval.

- la colonne vertébrale du cheval est suspendue entre deux portiques : le scapulaire et l’iliaque.

- donc les forces s’exerçant sur les pieds sont transmises par réaction aux branches respectives des portiques (évidemment ces forces sont réparties et diffusées aux travers des diverses articulations, ligaments, muscles et tendons concernés.)

Le cheval concerné par ce traitement s’appelle Miss précausious, jument de 8 ans alors, selle-français vivant en Nouvelle - Calédonie.

La propriétaire me contacte à l’occasion de mes tournées bi-mensuelles en club.

(Après avoir eu affaire à un spécialiste équin qui a prescrit une cure d’acide hyaluronique)

A l’examen statique visuel (fondamental) :

La jument présente une forte dissymétrie morphologique au niveau des épines iliaques dorso-craniales(sommet de la croupe ), la gauche étant + haute que la droite( de toutes les sciences médicales équines : allopathiques ou ostéopathiques, cette dissymétrie n’est jamais considérée comme pathologique).

Les articulations de cette jument en particulier les boulets postérieurs sont « gras » légèrement œdémateux.

Le motif de la consultation est une boiterie postérieure droite + galop désuni voire impossible à main gauche.

Comme tout un chacun devrait le faire, je rentre dans le vif du sujet après une mure observation et :

Sont résolus alors une sacro-iliaque gauche et une hanche droite majeures et la chaîne classique ascendante lombaire à gauche, chaîne cervicale basculée à droite, nuque et occiput.

Je demeure certain que cet animal sera à revoir incessamment sous peu.

Deux mois plus tard je retrouve la jument en consultation, c’est à nouveau le bazar... après une amélioration nette mais passagère de quelques semaines (disparition de la gène).

Le tableau pathologique est sensiblement le même : il ne fait aucun doute alors que j’ai omis un détail fondamental lors de la première séance, un élément perturbateur fixe et non libéré demeure.

Néanmoins, on peut écarter tout ce qui est pathologie classique terminale du type éparvin puisque la jument a été momentanément améliorée.

Je réitère mes « décoinçages », je mène un examen minutieux de mobilité ensuite qui est satisfaisant comme lors de la première séance ! Rien de nouveau. !!
Désemparé de ne pouvoir solutionner ce cas, j’en appelle à la voie des sages..

Monsieur le professeur André Cazieux enseigne que la moitié de l’examen clinique se fait à l’arrêt par l’observation et la connaissance.

Je m’y applique et j’aperçois un fort décalage entre les deux pointes des calcanéums le droit est plus bas de quelques centimètres.... Les sabots ont sensiblement la même hauteur.

J’opère mes saignées chinoises sur les deux membres, le sang du postérieur droit est nettement plus sombre.

Le diagnostic pour moi est posé, la jambe droite est plus courte que la gauche, entraînant une bascule du bassin à droite donc une compression sanguine en haut et une baisse de l’effet de pompe du pied permettant le retour du sang veineux.

Les blocages levés restaurent confort et mobilité pendant un certain temps avant que la douleur réapparaisse par compression et hypoxie des tissus.

Pourquoi la jument a attendu 8 ans pour boiter au travail c’est du à l’utilisation parcimonieuse de ce cheval et aux capacités d’amortissement et de mobilité de la ceinture postérieure.

Ayant un bon contact avec la propriétaire, je décide d’entamer un traitement osé probablement jamais tenté pouvant m’amener devant un tribunal pour faute professionnelle (si je m’étais trompé..) : surhausser le postérieur droit par un fer plus épais en aluminium.

A chaque ferrure je gagne 2 millimètres pour arriver à une surélévation finale de 1 cm. A noter que l’utilisation de plaques ou de résines est aussi possible mais les choisir les plus rigides possible.

Régulièrement les bonnes nouvelles et manifestations de contentement se font sentir durant 6 mois puis plus de nouvelles.

Je revois la jument deux années plus tard(cf photos) pour une boiterie antérieure droite à froid, chose stupéfiante, la dissymétrie des épines iliaques dorso-craniales a totalement rétrocédé, la croupe est ronde et bien portante, les membres secs, la jument a des allures constantes et se place toujours en concours de dressage, on dit que ses allures sont magnifiques...

Le problème est résolu pour les postérieurs qui resteront ferrés asymétriquement à vie ...sauf si elle part au pré.

Il faut savoir qu’une jambe courte ne l’est pas forcément à vie en effet une malposition du bassin pourra donner l’impression qu’une jambe est plus courte que l’autre dans ce cas la ferrure asymétrique peut être pratiquée temporairement.

La dissymétrie du haut de la croupe n’est donc pas chose fixe et imperturbable comme on a pu le croire jusqu’à aujourd’hui.

Cette dissymétrie n’est pas forcément pathologique mais signe souvent un déséquilibre sous - jacent.

L’adoption systématique d’une ferrure symétrique n’est pas toujours justifiée, une approche méthodique, un suivi à la trace et la prescription médicale pour une ferrure asymétrique sont indispensables pour éviter une catastrophe car toutes les jambes ne sont pas courtes en cas de boiterie.

Ce cheval serait retourné au près sans l’intervention salvatrice du maréchal et aurait guérit de son asymétrie une fois déferrées...

SHEMAS


Dans le même sens, il me semble qu’un bon conseil à donner pour un cheval déféré accidentellement d’un côté est de le déférer de l’autre côté en attendant le maréchal, pour ne pas risquer un déséquilibre et des contractures secondaires.

De même qu’un cheval qui boite devrait être déféré pour lui permettre de modifier ses aplombs pour se soulager.

Patrick Chêne




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