L’Ostéo4pattes

A11 - Et si c’était les dents ?

Créé le : samedi 26 mai 2007 par Patrick Lecollinet

Dernière modificaton le : lundi 20 novembre 2017

Introduction

Le but de la pratique ostéopathique est de restaurer la mobilité déficiente de certaines parties du corps par rapport à leur entourage anatomique.

Ainsi, la mise en oeuvre de techniques manuelles permettent de redonner la capacité de mouvement optimale.
Mais, si on considère l’articulation temporo - mandibulaire (ATM), il apparait judicieux, voire indispensable, d’avoir recours à des techniques non manuelles permettant d’obtenir un “résultat ostéopathique”, autrement dit des techniques mécaniques de soins dentaires.

S’intéresser aux pathologies du cheval en traitant les membres, la colonne vertébrale, le crâne, les viscères et les organes par des *techniques manuelles strictes (c’est-à-dire utilisant uniquement lesmains) permet de résoudre beaucoup de problèmes.

Néammoins, certains cas se révèlent plus compliqués car la restauration de la bonne mobilité des régions concernées passe par d’autres techniques mettant en oeuvre un matériel et un savoir faire adaptés.

Nous ne nous attarderons pas sur les rappels anatomiques. La consultation de tout bon ouvrage sur la question satisfera la curiosité.

En revanche, quelques précisions sur la dentisterie chez le cheval seront les bienvenues. Ceci afin de bien comprendre l’intérêt de la dentisterie comme “outil ostéopathique”.

- 
I. Les dents du cheval (1), (2), (3), (5)

Comme tous les Mammifères, le cheval présente une dentition lactéale caduque et une dentition adulte définitive.

Formule lactéale caduque :
- 3 Incisives, 1 Dent de loup, 3 Prémolaires
- 3 Incisives, 1 Dent de Cochon, 3 Prémolaires

- La dent de cochon est beaucoup plus rare que la dent de loup.
- La dent de loup et la dent de cochon sont en réalité la première prémolaire de lait.

Formule adulte définitive chez le mâle :

- 3 I, 1 C, 3 ou 4 PM, 3 M
- 3 I, 1 C, 3 ou 4 PM, 3 M

Formule adulte définitive chez la femelle :

- 3 I, 3 ou 4 PM, 3 M
- 3 I, 3 ou 4 PM, 3 M

Les dents de loup et de cochon (05) percent vers 5 à 6 mois.

Eruption des dents adultes :
- Pince (01) : 2 ans 1/2.
- Mitoyenne (02) : 3 ans 1/2.
- Coin (03) : 4 ans 1/2.
- Eruptions des crochets (04) : entre 4 et 5 ans (voire 3 ans 1/2) et peuvent pousser jusqu’à 6 - 7 ans.
- Eruption des dents de lait : dans le premier mois et demi de la vie.
- Eruption des prémolaires de remplacement et des molaires : *prémolaires de remplacement 06 : 2 ans 1/2, 07 : 3 ans, 08 : 4 ans.
*molaires 09 : 12 mois, 10 : 2 ans, 11 : 4 ans.

On peut noter qu’un bon nombre de chevaux sont mis au travail avant la fin de la croissance dentaire. Les étapes de remplacement des dents lactéales et l’éruption des dents adultes peuvent avoir des répercussions sur les articulations temporo - mandibulaires et la symphyse sphéno - basilaire.

Les dents définitives (à l’exception des crochets) ont une croissance continue qui est compensée par l’usure des tables dentaires due à la mastication.

Jusqu’à l’âge de 15 ans environ, il semblerait que la vitesse de croissance soit d’environ 2 à 3 mm par an.

Passé 15 ans, cette vitesse diminue progressivement pour devenir quasiment nulle vers l’âge de 20 ans.

Au - delà de 20 ans, il n’y a plus de croissance, mais l’usure continue.

2. Les dents dans leur contexte anatomique

La racine de la dent est fixée à l’alvéole osseuse par une fine attache fibreuse de consistance élastique :le ligament alvéolodentaire ou périodontal (ou ligament de Sharpey). Ce ligament, vascularisé et innervé à partir de l’os environnant, de la région apicale et de la gencive, maintient la dent dans son alvéole, tout en permettant de légers mouvements. Il amortit l’impact de sefforts de mastication.

Un stimulus au niveau dentaire va exercer une action directe sur la dent. Ce stimulus est perçu grâce à des récepteurs encapsulés, terminaison de grosses fibres myélinisées, sensibles au tact profond et à la pression.

On trouve aussi des terminaisons libres de fibres plus fines dans la moitié supérieure du ligament périodontal : branches des nerfs interdentaires. Celles-ci sont sensibles au tact profond et à la pression.

On trouve aussi des terminaisons libres de fibres plus fines dans la moitié supérieure du ligament périodontal : branches des nerfs inter dentaires.

Celles-ci sont sensibles au tact superficiel et à la température :
- une forte stimulation de ces récepteurs provoque une douleur.
Grâce à leur sensibilité, ces récepteurs desmondontaux vont permettre :
- d’évaluer la différence et la grosseur de corps étrangers insérés entre les dents,
- d’inciter le réflexe d’évitement.

Pour obtenir une bonne occlusion, il faut que ces récepteurs fonctionnent correctement.

Les dents sont implantées sur les arcades dentaires qui présentent une forme particulière afin de donner la meilleure efficacité aux mouvements masticatoires ;
Ainsi, les molaires supérieures débordent en dehors des molaires inférieures et s’y opposent selon un plan descendant de haut en bas et de l’intérieur vers l’extérieur.Par contre, la direction des tables dentaires est horizontale pour les
incisives.

L’équilibre du système occlusal, donc de l’ATM, est sous la dépendance de 2 paramètres : la courbe de Spee et la courbe de Wilson.

a- La courbe de Spee : elle correspond à la légère courbure dorso - ventrale du maxillaire et de la mandibule et donc des tables molaires sur leur longueur.
- Sur le plan fonctionnel, il est important que les mâchoires respectent une courbe de Spee parfaite, facteur de base idéal nécessaire pour assurer une occlusion efficace.
- Une courbe de Spee trop prononcée ou dont l’équilibre est rompu par des excroissances dentaires encourage des obstacles occlusaux génant les mouvements fonctionnels.

b-La Courbe de Wilson : elle répond à l’angle formé par la direction des arcades molaires (il est de 21°).
- les arcades supérieures sont incurvées et convexes en dehors.
- les arcades inférieures sont plus resserrées, rectilignes.
Les molaires supérieures saillent en dehors des molaires inférieures et s’y opposent selon un plan descendant de dorsal vers ventral et de médial vers latéral.

II. Dentisterie

1. Anomalies dentaires (1), (5)

a. Défaut d’usure des molaires
(en relation avec l’alimentation)

Lorsque le cheval mastique, la mâchoire inférieure va effectuer un mouvement rotatif combiné avec un déplacement crânio - caudal limité.

C’est la grosseur des particules alimentaires et l’humidité de la ration qui va influencer l’importance du déplacement latéral de la mandibule.

Les chevaux qui pâturent de l’herbe vont présenter des mouvements latéraux plus importants que ceux qui mangent de la paille et du foin et des mouvements encore plus importants que les chevaux mangeant principalement des céréales ou des granulés.

Dans le cas de déplacements latéraux limités, la table dentaire molaire va s’user de manière incomplète par un défaut de recouvrement des tables molaires. Des pointes vont se former (qui correspondent aux zones non usées) du côté jugal pour les molaire maxillaires et du côté lingual pour les molaires mandibulaires.

Ces pointes vont, à terme et de plus en plus, altérer la qualité et l’amplitude des mouvements latéraux de la mandibule.

b. Conformation de la bouche

En ce qui concerne les incisives et les molaires 06 et 11, le processus de formation de pointes (appelées procidences) est le même, mais est lié principalement au rapport “rostro - caudal” entre le maxillaire et la mandibule plutôt indépendamment du régime alimentaire.

- Incisives :
Si les incisives supérieures et inférieures ne se chevauchent pas correctement, l’usure ne se fait pas dans de bonnes conditions.
Les incisives s’usent les unes sur les autres lors de la préhension de la nourriture et aussi pendant la mastication (même si elles n’interviennent pas dans le processus de broyage des aliments, elles suivent néammoins les mouvements mandibulaires.

Ainsi, un cheval “bégu” (brachygnathe) aura tendance à présenter un défaut d’usure des incisives supérieures.

On aura l’inverse pour un cheval prognathe (mâchoire de “Bull - Dog”).

L’incidence sur l’ATM est une exagération du déplacement vers rostral (prognathe) ou vers caudal (bégu), voire, en cas extrême, une quasi - impossibilité du mouvement opposé.
- Molaires :
Le processus est le même avec les mêmes conséquences mais adaptées à la forme et à la position des molaires sur les arcades.
Ainsi, le déplacement rostral et caudal de la mandibule est entravé voire impossible. D’où un gêne à la mastication d’un genre différent de celle provoquée par les surdents latéraux maxillaires et médiaux mandibulaires.

Les procidences des molaires 06 et 11 peuvent provoquer jusqu’à la fermeture incomplète de la bouche (pas de contact entre les incisives, malgré la contraction des muscles releveurs de la mandibule).

Dans la pratique, on a une association de tous ces troubles.

Il est clair qu’un cheval très bégu mangeant peu de fibres aura des problèmes beaucoup plus marqués que le cheval plus “normal” dans sa configuration buccale et mangeant uniquement de l’herbe et du foin tout au long de l’année.

2. Le cheval harnaché

Cas du cheval avec un mors dans la bouche (monté ou mené en attelage).

Il est évident que la présence du mors va avoir des conséquences plus ou moins confortables pour le cheval.
a- Présence du mors dans la bouche :
- Dès l’ouverture de la bouche avant que le mors n’entre réellement dans la bouche, l’état de celle-ci va conditionner la façon dont le cheval va vivre cette étape.
- Un cheval présentant des surdents marqués, a fortiori si les joues et ou la langue sont abîmées et les ATM douloureuses, va répugner à augmenter la pression de ses joues sur ses dents par l’ouverture de sa bouche.
- Ne pas négliger non plus l’effet de la pression due à la muserolle.
- Effets des actions de main du cavalier ou du meneur : Le mors répercute et transmet dans la bouche du cheval les actions de main du cavalier ou du meneur. Plus le mors est “libre”, plus l’action sur la commissure des lèvres est bonne et le cheval léger (ce qui est le but de toute équitation).
- Si le cheval présente une ou deux dents de loup, le mors bute dedans à chaque mobilisation.
- Le problème est encore plus fort si la ou les dents de loup sont incluses car elles sont généralement un peu plus en avant sur les barres que les dents de loup éruptives et se trouvent ainsi en contact constant avec le mors : la gencive est alors prise en étau entre le mors et le dent de loup.
De plus une portion de la commissure des lèvres peut se retrouver coincée entre le mors et la dent de loup.
- Même chose avec les procidences des molaires 06.

D’où la présence éventuelle de plaies plus ou moins profondes au niveau de la commissure des lèvres.

Nous avons aussi vu que la dent réagit aux chocs qu’elle subit. Ainsi quand le mors recule un peu plus brutalement (action de main forte) ou qu’il est plaqué en permanence sur les molaires 06 (cavalier “pendu” à ses rênes), le cheval peut ressentir une douleur.

3. Procédures (1)

Le principe de la dentisterie de routine est de corriger les anomalies présentes dans la bouche du cheval afin de faciliter et d’optimiser :
- les déplacements de la mandibule par rapport au maxillaire
- le confort vis-à-vis de la présence et de l’action du mors
- Profilage
- Extraction des dents de loup qui permet la libération complète des barres.

* Conséquences :
- La facilitation des mouvements de la mandibule permet de restaurer une mobilité meilleure de l’ATM avec toutes les conséquences que cela peut engendrer.
- Le confort vis-à-vis de la présence du mors permet une répercussion de meilleure qualité des actions de main et minimise les effets sur la mobilité de l’ATM.
- Il ne faut pas oublier les effets de détente générale pour le cheval grâce à un confort de mastication et de travail (mors).
- On a vu que la mobilité de la mandibule conditionne l’ATM et vice - versa.

En pratique, on peut avoir :
- une mauvaise mobilité de l’ATM qui va donc se répercuter sur la mobilité de la mandibule et donc sur les dents et leur usure.
- Ou alors, une mauvaise mobilité de la mandibule due aux dents qui va se répercuter sur l’ATM.

On peut donc distinguer, en théorie, 2 cas de figures :
- dysfonctions montantes = qui vont “monter” vers la bouche. L’état de la dentition va refléter l’adaptation corporelle.
- dysfonctions “descendantes = qui vont de la bouche vers le reste du corps. Dans ce cas, c’est le corps qui s’adapte.

Dans la pratique il parait difficile de faire la distinction.

Après cette entrée en matière théorique, le prochain épisode sera consacré à l’exposition de cas cliniques ...

Bibliographie :
- (1) Allen Tom : Manual of Equine Dentistry Mosby Ed.
- (2) Collin Bernard : Anatomie du cheval. Derouaux Ordina Ed.
- (3) Evrard Pascal : Introduction à l’ostéopathie Crânio-sacrée appliquée au cheval. Olivier Ed.
- (4) Evrard Pascal : Introduction à l’ostéopathie Structurelle appliquée au cheval. Olivier Ed.
- (5) Gordon J.Baker & Easley Jack : Equine dentistery. W.B Saunders Ed.



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