L’Ostéo4pattes

118 - Antibiorésistance ?

Créé le : vendredi 26 mai 2017 par Ostéo4pattes-Vetosteo

Dernière modificaton le : vendredi 26 mai 2017

Un hongre frison est emmené dans notre ferme de soins ostéopathiques pour accompagner « autrement » une prescription d’un mois donnée dans une clinique dédiée au cheval. Ce cheval F a fait une obstruction œsophagienne suivie d’une fausse déglutition il y a un peu plus d’un mois, s’en est suivie une forte infection des sinus et des poumons qui ont très fortement mis en jeu le pronostic vital de ce cheval de 16 ans. Les soins intensifs prodigués ont permis au sens propre de rattraper la vie de F et lors des différents examens, il a été isolé la bactérie jugée responsable de l’infection pulmonaire qui n’est sensible qu’au chloramphénicol. Tout de suite, vous voyez le problème : le chloramphénicol étant interdit, la prescription antibiotique fournie pour un mois n’est qu’un pis allé et aucunement satisfaisante ni au regard de l’efficacité rationnelle, ni du problème d’antibiorésistance qui enfle dans l’actualité. Après un mois de clinique, F arrive à la ferme avec un bon 39 dépassé quasi permanent, une toux profonde, un jetage assez abondant et d’une odeur douteuse. La dernière échographie avait montré des abcès pulmonaires à profusion dont le volume générait sûrement l’engorgement lymphatique sternal observé. Personne ne sait à ce moment-là la suite de l’histoire tant tout parait branlant et le traitement instauré plus symptomatique qu’étiologique.

Les propriétaires pensent qu’une approche différente pourrait aider à basculer dans le sens de la guérison. Aussi nous allons avoir ici une approche de médecine intégrative qui inclura un peu de médecine vétérinaire habituelle, de l’ostéopathie, de l’aromathérapie. Voici un résumé des concepts et traitements mis en route, mais qui demandent l’effort voire la nécessité de penser autrement.

Le traitement antibiotique sera conservé 5 jours sur le mois prescrit, juste pour assurer la transition dans une situation de stress (Transport, changement de lieu, dromadaires dans le paddock voisin) puis arrêté : rationnellement il ne touche pas le germe incriminé et dans ce cas, la priorité est de renforcer l’immunité plutôt que de continuer à détruire le microbiote sans raison objective. De tous les autres traitements symptomatiques des bronches, seul la N-acétyl cystéine sera conservée pour fluidifier les sécrétions. C’est mon choix de vétérinaire : je compte sur l’observation, les traitements ostéopathiques, aromathérapiques et l’alimentation pour gérer le cas.

L’ostéopathie, celle qui utilise la tenségrité cellulaire (in extenso qui pense cyto-squelette et mécano-transduction avant de penser chimie cellulaire) met en évidence sur F une forte anomalie de la tension de la moelle épinière sur un dos qui est ensellé depuis de nombreuses années.

Cet ensellement (ici à 6 ans sur la photo) n’est pas un détail car l’expérience clinique nous a montré que ce qu’on appelle la neuro-immunité dépend de la tension physique de la moelle (comme un fil dans un collier de perles) et que de moduler cette tension permet de réguler l’immunité globale dans une certaine mesure. Et c’est ainsi que l’on a accès à des traitements de pathologies comme l’emphysème ou la DERE, dont le traitement devient alors très facile.

Cette même ostéopathie de la tenségrité notera une forte tension sur la loge viscérale thoracique (on s’en serait douté) mais aussi sur la sphère abdominale et le gros intestin (GI) en particulier, ce dont ne s’étonnera pas quelqu’un qui connait la médecine traditionnelle, laquelle enseigne que poumon et GI sont inextricablement liés. Ce qui signifie dans ce cas que l’on n’aura accès au poumon qu’en soignant le gros intestin (ostéopathie et soin au microbiote). Il recevra sur un mois une dizaine de soins ostéopathiques durant lesquels sera suivie l’évolution des tensions : résolution rapide de la tension médullaire avec effet immédiat sur l’ensellement et nous l’espérons sur l’immunité. Effet immédiat sur les tensions digestives qui disparaissent en quelques jours et effet plus lent sur le poumon en 10 jours environ. L’hypothèse de travail est que la pathologie pulmonaire a été d’une grande gravité d’abord et avant tout parce que cet ensemble (moelle, GI, poumon) était perturbé de façon quasi asymptomatique depuis longtemps.

Pour l’aromathérapie, le traitement est à base de lavande : 12 gouttes matin et soir sur un crouton de pain. La lavande parce qu’avant d’être antiseptique cette huile est immunostimulante et par voie orale et non par inhalation parce que les composés volatils s’évaporent depuis le sang vers toutes les alvéoles alors que la présence de pus dans les bronchioles, de mon point de vue, rend moins efficace la voie aérienne.
Au bout de 15 jours la lavande est remplacée par l’estragon (7 gouttes matin et soir sur du pain) encore moins antiseptique et plus immunorégulateur. Puis plus rien sur la fin du mois de soin.

Côté alimentation, F est habitué à beaucoup d’herbe et des rations riches en glucides, et dans un premier temps, n’accepte que l’herbe riche et verte de printemps. Il accepte peu le foin et encore moins le foin mouillé et légèrement fermenté (24H dans de l’eau déjà ensemencée) riche en probiotiques. Pourtant les glucides bloquent les récepteurs du gout à l’amertume qui, en même temps qu’ils servent à repérer l’amertume, stimulent l’immunité des muqueuses (IGA, fonctionnement des cils muqueux). Nous insistons donc et un compromis sera trouvé avec F : 1/3 de floconné fibreux qu’il apprécie avec les bouchons de foin sans mélasse, le tout mélangé à de l’eau riche en probiotiques. F finira par bien accepter le foin sec.

Au bout de 10 jours de présence et de soins, il est évident que F est tiré d’affaire : il tousse beaucoup moins, les écoulements nasaux sont peu fréquents et d’une meilleure odeur, l’œdème du sternum a disparu. Et au bout d’un mois il va très bien et repart chez lui. (Photo prise de retour dans son pré ; merci à sa gardienne)

La description rapide de ce cas n’est pas là pour savoir qui a fait quoi pour F : les deux façons de penser et traiter la pathologie ont pour moi été importantes et nécessaires, et je suis bien conscient d’avoir pris un train en marche déjà bien tenu fermement sur ses rails par toute une équipe à saluer. Mais ce cas amène de fait à se pencher ensemble sur les problématiques très actuelles que notre profession ne peut éluder :
-  La place des médecines complémentaires dans l’arsenal médical ne devrait plus être une anecdote qui fait sourire certains mais elle devrait faire partie intégrante du diagnostic de première intention : dans le cas de F, l’ensellement ancien, la tension intestinale et la ration riche en glucides (problèmes d’immunité) étaient, nous l’avons vu, prépondérants pour comprendre la gravité de l’infection ; introduire ces concepts dès le départ auraient assurément permis d’économiser temps, énergie, médicaments, argent …
-  Prescrire sur le long terme (deux mois) un antibiotique supposé non efficace sous prétexte que l’antibiotique qui serait efficace est indisponible, en raison de notre mode de pensée qui a rendu automatique la prescription antibiotique en cas d’infection, ajouté au manque de conceptualisations différentes, est d’abord peu scientifique et pose, de mon point de vue, un questionnement fondamental quant aux phénomènes d’antibio-résistance et vis-à-vis de notre part de responsabilité collective.
-  Enfin, une des problématiques soulevées récemment sur la motivation de nos jeunes (dont 20% abandonnent la pratique diplôme en poche) me semble provenir de ce même constat : l’équation douleur = anti inflammatoire et l’équation infection = antibiotique sont par trop simplissimes, et nous mettent de surcroit à la merci de la législation et de l’industrie pharmaceutique, faisant de nous de sages exécutants sans grande perspective intellectuelle. Pourtant, je ne sais pas pour vous qui avez lu le résumé du cas ci-dessus mais en ce qui me concerne, j’ai grand plaisir à participer à la résolution, avec peu de moyens, de cas « graves » en utilisant des concepts prétendument « hors des données actuelles de la science », et pour moi, ce plaisir est sans aucun doute consubstantiel de l’envie ou non d’exercer de nos jeunes … à méditer.



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