L’Ostéo4pattes

Réflexions cartesiennes d’un Ostéopathe des Mammifères au sujet du principe vital en médecine

Créé le : jeudi 4 mai 2017 par Erich Degen

Dernière modificaton le : jeudi 4 mai 2017

CONFÉRENCE À TROIS VOIES : La voie du marcheur, la voie du rebelle (en Italique), la voie du professeur (En Gras).

J’ai de la chance… j’ai même beaucoup de bol, parce que j’ai deux casquettes… et grâce à ces deux casquettes, j’ai eu la chance de recevoir deux magnifiques tartes à la crème.

Ma première casquette, c’est celle de vétérinaire, et en tant que vétérinaire, voici la tarte que, très jeune, j’avais à peine plus de vingt ans, j’ai prise dans la figure : « Ah ! vous êtes vétérinaire ! oh mais, c’est très difficile ça, beaucoup plus que médecin, parce que les animaux hein !? ils ne parlent pas ! » … innocent mais déjà rebelle aux préjugés, je grommelais souvent en guise de réponse : « Ouais, mais comme ça leur évite de dire des conneries ! » … j’ai appris depuis et compris que, bien entendus, les animaux parlent, mais pas avec nos mots, il suffit de chercher à les entendre vraiment, et ça tombe bien pour moi, car c’est là tout l’apanage des vétérinaires, non ? …

Deuxième casquette, c’est celle d’ostéopathe, et en tant qu’ostéopathe, j’ai reçu une plus belle tarte encore, avec une cerise sur la crème, miam, et ça disait :

« L’ostéopathie ? oh ! c’est très très bien, mais moi je n’y crois pas, vous comprenez !? moi je suis cartésien ! » … celle-là, j’ai mis quinze ans à sucer la cerise et la digérer, parce que spontanément j’avais juste envie de répondre : « Ouais, eh bin moi ! c’est justement parce que je suis cartésien que je suis ostéopathe ! » … et que je sentais bien que cette réponse aurait été un peu courte, un peu trop vindicative aussi, or depuis mes jeunes années de vétérinaire, grâce à l’ostéopathie justement, j’avais appris la patience … et la Paix.

Le temps de cette conférence sera donc entièrement occupé par une explication de cette courte réponse, en résumé : « je fais de l’ostéopathie et je suis cartésien ! ouais et alors ? y a un problème ? » et si je me trouve à raconter tout ceci devant un public profane ou presque, ce n’est pas faute d’avoir essayé de le dire à mes collègues, mais vous savez ce que c’est ? Ici, en France, dès que vous avez deux casquettes, on vous soupçonne d’avoir la grosse tête et ça le fait pas … alors, après en avoir parlé aux vétérinaires, aux ostéopathes, aux vétérinaires-ostéopathes même, et n’avoir récolté au mieux que des sourires protecteurs ou amusés, ce dont je les remercie bien ; après avoir enseigné l’ostéopathie comparée à des jeunes vétérinaires puis à des jeunes ostéopathes, et là, ça n’a été que du bonheur, tant l’écoute et le plaisir partagés étaient le plus souvent au rendez-vous, mais, mon souci, voyez-vous, c’est que, ces élèves, gavés dans la salle juste à côté par la vision dogmatique de la Médecine moderne, est-ce que je ne les embrouillais pas avec mes idées d’un autre âge ? bref ! après avoir fait tout cela, je vais faire ici ce que je fais quotidiennement avec les humains et les animaux qui passent me voir pour que je les soigne, je vais tenter de faire apparaître pour votre plus grand profit ce que m’a enseigné la pratique cartésienne de l’ostéopathie avec les mammifères depuis vingt-cinq ans.

Tout en sachant que je risque de perdre du monde tout de suite en faisant si fort référence à René Descartes … c’est qu’il n’a pas super bonne presse, pépère, ce qui n’empêche que l’adjectif le rappelant, cartésien, soit utilisé à tort, à travers et le plus souvent de façon positive … tempis, tanmieux, je ne crains rien car je vais compter ici sur votre curiosité et sur votre absence d’a priori.

Finalement, il faudra examiner d’un peu plus près la seconde tarte à la crème dont je parlais juste avant. Elle peut nous en apprendre beaucoup, car … qu’est-ce que veut donc dire et dit celui qui dit : « je ne crois pas à l’ostéopathie parce que je suis cartésien » ?

Pour préciser d’où je me place quand je discute de ça, je vais vous raconter tout le chemin parcouru depuis l’École Vétérinaire.

En 1983, donc, j’en sors enfin. « Enfin », car ça n’avait pas été un passage glorieux ni riant, euh… on peut dire ça comme ça. À Maisons-Alfort, j’avais été choqué, mais plus par la façon, péremptoire, de nous dire les choses que par les choses elles-mêmes qu’on nous avait apprises. J’étais alors aussi jeune et rebelle que naïf, et j’étais loin de me douter de ce qui allait suivre.

J’en ai juste eu un échantillon durant les cinq années où j’ai exercé sincèrement mon métier de vétérinaire. À cette époque, ma vie se situant à Paris, j’étais vétérinaire de ville. Là, je me suis trouvé rapidement désorienté, à force de faire des piqûres dans des chiens et des chats, sans trop piger ce que je faisais ni être bien certain que je faisais du bien à ces animaux. Malgré tout, j’ai eu la chance alors de côtoyer des « anciens », de ces confrères qui avaient commencé leur carrière dans les années 50 et donc sans tout l’arsenal chimique dont nous disposions dans les années 80. Ces « vieux sages » eurent le temps de me montrer le bon sens vétérinaire, c’est à dire : écouter, observer, palper, réfléchir et toutes les fois que c’était possible … ne pas intervenir.

Ne pas intervenir, le summum de la vétérinaire, ça, ça m’allait ! Déjà cela contredisait ce conseil honteux tant de fois entendu à l’École Véto : « Faites une injection quoi qu’il arrive, de l’eau salée même s’il faut, car sinon vous perdrez vos clients qui penseront que vous n’avez rien fait !! »

Et surtout, cela donnait un sens à l’intervention médicale, quand celle-ci s’avère nécessaire … mais ça, je ne le comprenais pas encore.

J’ai donc arrêté cette souffrance pour moi … et pour les animaux au bout de 5 années. Je me croyais « perdu pour la médecine », en tous cas, je faisais toute autre chose et n’y pensais plus du tout, quand ma fille aînée est née. Nous avons alors logiquement quitté la capitale, sa maman et moi, pour nous inviter à la campagne, dans le Lot. Là, il était fort question que je redevienne vétérinaire et c’est là que j’ai rencontré les ostéopathes … et les chevaux.

Deux faits se sont alors produits, décisifs : d’abord, on répondait à mes questions. Ah ben ouais, parce que j’en avais posé, des questions, des vraies, logiques, honnêtes, quoique, je l’avoue, de façon de plus en plus impertinente au fur et à mesure qu’on me virait de la salle quand je les posais, à Maisons-Alfort, mais quand même aussi pertinentes que je pouvais, parce que mon but était, bêtement, d’apprendre à soigner les animaux … et puis surtout, une fois passé le premier cap … se sentir crétin en posant les mains sur l’animal pour y chercher quelque chose dedans, alors qu’on « sait bien » que c’est tout à fait impossible … une fois ce cap passé, donc, il m’apparaissait que, non seulement j’y prenais grand plaisir, non seulement les chevaux m’acceptaient, mais aussi des effets positifs survenaient, même avec moi qui ne savais rien du tout ou presque de l’ostéopathie.

Alors, en 1993, je suis allé l’apprendre, l’ostéopathie, tout près d’Aix-en-Provence, où pendant six années, on m’a aidé à me faire une idée de « comment ça marche », c’est-à-dire, de l’Anatomie.

J’en ai parfois eu les larmes aux yeux, et ouais, je suis émotif aussi. Cartésien et émotif, pourquoi pas, ça vous choque ?, car voilà ce qui me sauta à la figure : à l’École Vétérinaire, on m’avait enseigné de toutes les manières possibles « comment ça marchait pas » et l’insistance qu’on y avait mise, le prestige annoncé pour celui ou celle qui « avait le diagnostic le plus sûr », c’est-à-dire qui connaîtrait « toutes les maladies de tous les animaux et une façon sûre de les trouver », rendaient, au mieux, anecdotique la connaissance fine de l’Anatomie. Non pas qu’on ne nous l’enseignait pas, on y passait alors un temps important lors des deux premières années, mais aucune réflexion n’en découlait, c’était pour ainsi dire de la culture générale, obligatoire pour un vétérinaire, mais il n’y avait rien à en attendre, sauf pour la chirurgie (et encore, dans ce cas, très localement) ou pour se présenter avec de bonnes chances de réussite à « Questions pour un champion » (à condition de tomber là-dessus).

D’ailleurs, quarante ans plus tard, dans les écoles Vétérinaires, l’enseignement de l’Anatomie s’est considérablement réduit, en volume et en influence … c’est devenu la cinquième roue de la brouette.

À Eurosteo, l’école où j’ai appris l’ostéopathie, c’était tout le contraire et c’est ça qui m’a, dans un premier temps, si fort ému. Car ce n’était pas tout de visiter chaque région et de faire l’inventaire de tout ce qu’on y trouvait, mais c’était aussi relier le tout, en permanence, insister sur les voies de communication, sur la circulation des fluides, enfin tout ce qui pouvait nous aider à voir la vie dans le bon sens, avant que la maladie ne s’y installe, si on veut dire les choses comme ça, bref, on apprenait cette autre Médecine qui ose s’opposer au dogme en vigueur, quelle audace ! et quel bonheur !

Cependant, il y avait un cependant, un gros cependant même, pour un vétérinaire comme moi qui commençais à piger l’ampleur de l’erreur qu’on m’avait enseignée comme de la Science Médicale dans mon plus jeune temps. Car à côté de la matière purement ostéopathique, on nous apprenait aussi, sous le chapeau « sciences fondamentales » tout ce que j’avais déjà dû m’enfiler à Maisons-Alfort. Eh ouais ! tout ça parce que, pour des raisons toutes politiques, l’Académie de Médecine fourre son nez dans l’enseignement de l’ostéopathie. Un peu comme si les boulangers, sous prétexte qu’ils usent aussi de farine, s’occupaient d’apprendre leur métier aux pâtissiers … un non-sens !

Il fallut donc que je supporte les mêmes approximations sur la physiologie, surtout que soient bien séparées, comme d’habitude, physiologies cardiaque, respiratoire, digestive, urinaire, de manière à n’y rien piger logiquement, de manière surtout à ne rien dire sur la globalité réunissant toutes ces fonctions de l’organisme afin d’y réfléchir … je me promettais bien, alors, de tenter d’y remédier quand j’aurais quelque chose intéressante à proposer.

En attendant, j’avançais en appliquant au quotidien ce que j’apprenais à l’école d’ostéopathie au sujet de l’homme … sur le cheval. C’est-à-dire que, en travaillant, je m’amusais à projeter l’Anatomie humaine, c’est-à-dire évidemment mon Anatomie, dans le corps du cheval pour le soigner. Et ça marchait … c’est-à-dire, vous connaissez le vieux dicton chinois (ou bourbonnais, je ne sais plus) : « un médecin qui guérit un patient sur deux est un mauvais médecin : la Nature fait pareil ! » … disons donc que je veillais à me situer globalement au-dessus de la barre des 50 %, et je continuais à avancer … au début de ma dernière année d’études, je me payai une table de massage et commençais à soigner aussi les humain-e-s, puis les chiens, les chats, les vaches … en fait toutes celles et ceux qui portent des poils. Et en faisant cela, c’était désormais l’anatomie du cheval tant de fois visitée que je projetais dans celle des humain-e-s et de tou-te-s les autres… J’étais en train de devenir ce que je suis aujourd’hui, ostéopathe des mammifères ou vétérinaire humain, plus tard, j’y reviendrai.

Mais pour finir ces études d’ostéopathie et obtenir le diplôme, il me fallait rédiger un mémoire. Je cherchai donc un bon sujet.

Dans le concept ostéopathique, trois éléments se distinguent : la globalité – le fait que tous les éléments de l’organisme soient interdépendants – le lien structure-fonction – la priorité donnée à la structure sur la fonction, c’est-à-dire que tout déséquilibre physiologique trouve son origine dans un désordre anatomique – et enfin l’autoguérison – la capacité intrinsèque à tout organisme vivant de s’autoajuster.

C’est ce dernier point qui a retenu mon attention, du point de vue de ce que j’étais alors : un vétérinaire commençant à pratiquer l’ostéopathie.

Car une évidence m’était déjà apparue au cours de ces six années : l’Ostéopathie s’intéresse essentiellement à l’aspect « Physique » de l’organisme et considère la « Chimie » de ce même organisme comme accessoire. La Médecine, elle, par habitude acquise, fait tout le contraire. Doublement initié à cette vision « chimique » des choses, je me suis senti capable de me poser la question suivante, l’hypothèse de mon mémoire : « Supposons que l’autoguérison ne soit pas un mythe, peut-on décrire alors un ou des organes qui possèdent la faculté d’amener tout organisme vivant à s’adapter en permanence à ses conditions de vie ? »

Si tel était le cas, je devrais bien reconnaître que douze années et quelques d’études médicales étaient restées totalement muettes sur cette éventualité.

Oui, sauf que j’avais un vieil indice qui traînait quelque part dans mon propre organisme, peut-être même dans mon âme et conscience … la Glande Pinéale. C’est là qu’on en revient à vieux pépère René … eh ouais ! c’est bien Descartes qui a un jour défini ce mystérieux organe en forme de pomme de pin localisé au cœur du cerveau comme étant « le siège de l’âme » … tout un programme.

Un second indice, déclencheur celui-ci, m’est tombé dessus en dernière année d’études d’Ostéopathie lors d’un cours globalement ennuyeux d’endocrinologie… soudain, j’y ai entendu parler d’une hormone, la vasopressine, aussi appelée hormone antidiurétique ou ADH, qui, contrairement aux autres hormones que je connaissais, exerçait son action partout dans l’organisme, sans reconnaître d’organe cible unique comme c’est le cas d’habitude. De plus, il se trouve que parmi les causes qui la font secréter, il y a la peur, quelque chose, donc, de bien générale et de bien partagée, pas vrai ? Entendant ça à mon réveil, je n’ai pas eu peur, non, mais j’ai eu un frisson de plaisir, annonciateur de chasse au trésor. Je tenais mon bon sujet.

J’ai donc écrit en 2000 « Bases anatomiques et physiologiques de l’homéostasie et de l’autoguérison ». Dans ce mémoire, en ne m’appuyant que sur des données issues de la Science officielle, validées par des publications dans des médias reconnus, j’ai mis à jour cette « structure d’auto-ajustement ». Elle est complexe et se retrouve, elle ou son équivalente, chez tous les êtres vivants.

Chez les mammifères, du cachalot à la musaraigne, en passant par l’homme, même la femme et les enfants, le lapin, le rhinocéros, la chauve-souris et un paquet d’autres, elle se compose de plusieurs organes agissant en synergie, et comme ce n’est pas un secret, je vais, mais très rapidement, vous les évoquer :

1/ La rétine de l’Œil et l’Hypothalamus réceptionnent la lumière et synchronisent le cycle circadien – l’alternance jour-nuit qui est la référence interne de l’organisme – avec la photopériode – qui représente la variation des durées relatives du jour et de la nuit au cours des saisons ;

2/ La Glande Pinéale analyse l’information photopériodique et, la nuit, synthétise une hormone, la mélatonine, qui agit en fonction de cela partout dans l’organisme ;

3/ Une zone particulière du Tronc Cérébral, le Noyau du Faisceau Solitaire, intègre les informations internes de l’organisme et les transmet au cœur du cerveau ;

4/ Enfin la Neurohypophyse, par ses deux hormones antagonistes et complémentaires, vasopressine et ocytocine, interagit avec ce qui précède et règle la circulation dans tout l’organisme.

J’ai dissocié ces quatre-cinq éléments pour vous en faire une présentation sommaire mais claire, on ne l’est jamais assez avec la lumière, car en fait, tout ceci est bien sûr entremêlé, en interaction permanente, et se laisse difficilement disséquer.
Mais voilà donc toute l’affaire : À tout moment de la vie et quoi qu’il arrive, il existe un système physiologique qui, en fonction des données extérieures, de l’ambiance environnante, se tient au courant du milieu intérieur en mouvement permanent et commande les adaptations nécessaires. Il fait ça la nuit. Ce « complexe d’auto-ajustement », comme je le nomme aujourd’hui, est chargé de « faire au mieux avec ce qu’on a »
et tant qu’on est vivant, une chose est sûre, c’est qu’il le fait. Ça calme, non ? Moi, ça m’a calmé direct.

Puis j’ai pris le temps de réfléchir. Et très vite, je me suis posé la question qui pue :

« Comment se fait-il, alors que tous les éléments que j’ai décrits sont connus de la Médecine officielle ou devraient l’être car issus de Sa recherche, que, d’une part, Elle n’enseigne jamais ceci, et que, d’autre part, Elle agisse en permanence comme si cela n’existait pas du tout ? » Hein ?! je vous ai dit que je posais des questions impertinentes !!

En tout cas, vaste problème et, ça tombe bien, qui coïncidait avec le mien propre, car « Comment tu fais, avec ton ostéopathie, quand l’animal que tu es censé soigner est atteint d’une grave maladie ? Hein ! le vétérinaire ostéopathe, t’en fais quoi, là, de ton principe vital ? » et surtout, me concernant plus particulièrement, « Et tu fais comment pour ne pas te mettre en colère et devenir un gars frustré ? ».

Là, j’avoue, je ne faisais plus trop le malin.

J’ai donc, tout en pratiquant avec assiduité l’Ostéopathie des Mammifères, étudié chez moi l’Histoire de la Médecine Occidentale – qui est aussi, je l’ai su beaucoup plus tard grâce à mon jeune ami Hakim Mhadhbi, ostéopathe dans le Var, l’Histoire de la Médecine Arabe, mais ça, c’est une autre Histoire.

Je n’ai pas tout lu mais j’ai beaucoup lu. J’ai même souvent relu, pour tenter de mieux comprendre, c’est que c’est pas toujours facile, la Philosophie, pour un vétérinaire comme moi. Et ce qui m’est apparu, en traquant comme un vétérinaire le principe vital tout au long de l’Histoire de la Médecine depuis Hippocrate, est en fait assez simple, quoiqu’un peu polémique, je l’avoue. Il m’a juste fallu prendre le rythme de la marche et ne pas sauter les étapes. Je vais vous en faire maintenant un résumé succinct et aussi subjectif que je peux.

Au début, quand la Médecine nait chez les Grecs, il y a à peu près 2500 ans, ce n’est pas parce qu’on manque de magie pour soigner, hein ! Ça, des magicien-ne-s, des guérisseur-e-s et des sorcier-e-s, on en a, et il-el-le-s sont très très balèzes.

Le projet des Grecs et d’Hippocrate n’est donc pas de mieux guérir l’Homme. C’est nettement plus ambitieux : c’est tenter de Le libérer de l’emprise des Dieux pour réfléchir sur la Nature et sur Lui-même. Ce n’est pas, ne pas croire dans les Dieux, c’est séparer la croyance de la connaissance. C’est, au final, « Connais toi toi-même » comme c’était tagué sur le Temple d’Apollon à Delphes.

Petit rappel : la Terre est plate aux yeux de tous les Hommes qui vivent à cette époque-là. Donc, se lancer sur une route qui, on sait jamais, peut mener au précipice et tomber dedans, il faut un sacré courage et c’est celui qu’a eu l’Homme Grec à cette époque, apparemment.

Pour comprendre la période de la naissance de la Médecine, j’ai retenu deux phrases qui caractérisent au mieux pour moi ce début du mythe qu’on appelle la Science.

D’abord c’est Socrate qui dit : « Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien ».

Voilà ce que ça me raconte : si je m’engage sur le chemin de la Science, je dois savoir une chose, c’est que je ne saurai jamais tout, et donc que je ne sais rien ; pourquoi non ? eh bin, parce que si je savais tout, alors moi-même je serais l’égal de Dieu, et ça serait pas du jeu, parce que justement la Science, ça a été inventé pour s’en écarter, des Dieux, pas pour y rester collé.

La seconde, c’est Hippocrate qui dit : « Il n’y a que deux choses : savoir ou croire savoir, savoir c’est la Science, croire savoir c’est l’ignorance ».

Il met tout de suite la barre haute, Hippocrate, mais comme ça au moins, médecin, tu sais à quoi tu t’engages. Ce souci de rigueur, c’est juste la condition d’existence du raisonnement scientifique en médecine, si tu ne l’as pas, ce n’est pas que tu ne pourras pas soigner voire guérir ta prochaine ou ton prochain, c’est que tu ne le feras pas en tant que médecin.

En échange, la Médecine admet un « inconnaissable » incontournable. Et Elle affirme d’emblée que ça ne l’empêchera pas de chercher à démêler les phénomènes de la Vie, au contraire, elle se servira de cet inconnaissable, de ce principe vital si on veut le nommer, pour garder courage et ténacité dans cette quête fort aventureuse.

Hippocrate appelle le principe vital, l’ « allié dans la place », et quand il en parle, ça donne ça : « Dans l’intérieur du corps existe un agent inconnu qui travaille pour le tout et pour les parties, qui est à la fois un et multiple … il n’y a d’action médicale possible que si le corps se prête à cette action et collabore avec le médecin, qui ne croit pas pouvoir obtenir quelque chose, ni par la force ni par la ruse ».

Quand j’ai découvert cette perle, je me suis demandé pourquoi Hippocrate insistait tant sur la force et la ruse pour détourner le médecin de l’idée d’en user. Eh bien ça, c’est à coup sûr parce que les Grecs avaient deux mots distincts quand ils parlaient d’intelligence.

Il y avait logos, avec logos … on est logique … on étudie l’Étymologie, la Physiologie et toutes les –logies … plus tard, à Rome, en latin, ça donnera ratio, qui ouvrira à la rationalité … on calcule, on classe, on série en restant fidèle à une logique de nature mathématique qu’on peut exposer rationnellement. Voilà le programme de la Science de Platon.

Mais à côté de logos, il y avait mètis, l’intelligence rusée, et ce mot n’a pas fait de petits. Mètis, vous savez … ? … l’intelligence d’Ulysse, l’ « homme aux mille tours ». Elle n’est pas très bien vue des Grecs. Car c’est toujours plus ou moins user de magie ou de tours pour obtenir un résultat, sans se soucier des conséquences ou des dégâts qu’on dit alors collatéraux. C’est quand même un peu se retourner vers Dieu ou se prendre pour Lui, non ? C’est pas ce qu’on appelle le délire Prométhéen ? Non ? ah bon, je croyais. En tout cas, c’est disqualifié de la Médecine par Hippocrate, que ça soit bien clair ! … j’y reviendrai.

Pendant la longue période qui suit, longue d’environ deux mille ans, la Médecine va avancer, on peut même dire tâtonner, en conservant présente aux yeux de tou-te-s cette notion de principe vital, sa signature quoi qu’il arrive.

À partir d’Hippocrate, les théories se succèdent pour tenter de l’expliquer, ce sacré principe. Toutes manquent d’une base rationnelle. Il y aura là un mélange constant entre des données scientifiques et des croyances religieuses ou ésotériques. Au IIème siècle, un grand médecin est apparu à Pergame, dans l’Empire Romain (en Turquie), Claude Galien. Sa théorie, sanctuarisée par l’Église, appuyée sur la philosophie d’Aristote, le Bien et le Mal définis de façon bien tranchée, c’est trop pratique, règnera sur l’Europe pendant quasi quinze siècles. Ce sera le dogme galénique, impérieux partout … sauf dans le bassin méditerranéen où la Médecine Arabe prendra quelques centaines d’années d’avance, mais c’est une autre Histoire, ça je l’ai déjà dit.

Pour « définir » le principe vital, la théorie galénique use d’une construction intellectuelle : l’existence du pneuma, un air inné différent de l’air qu’on respire et qui se mélange au sang dans une circulation centrée sur le foie. Celle-ci, vue par Galien, ressemble à s’y méprendre à la circulation du fœtus comme on la connaît maintenant. Ce qui me fait dire qu’on a bien devant nous l’embryon de la pensée rationnelle en Médecine, qui va donc rester en gestation durant environ quinze siècles.

Quand enfin, à partir du XIVème siècle, la dissection des cadavres est autorisée par le pouvoir régnant, les progrès en Anatomie (ainsi qu’en Physique) amènent de l’air à cette pensée confinée. La Médecine reste encore un peu galénique jusqu’à ce qu’un contemporain de Descartes, William Harvey, fasse tout un tas de calculs de volumes et de pressions sur les cavités du cœur et expose ainsi pour la première fois, en 1628, un modèle de circulation sanguine qui intègre le rôle des poumons vis-à-vis du sang.
Ouf ! l’Homme rationnel peut enfin respirer …

Partant de là, c’est la Chirurgie qui va faire une envolée. Ambroise Paré avait même commencé un peu avant que Harvey donne le top départ, c’est qu’il devait avoir des informateurs arabes, probablement … Grâce aux ligatures, enfin posées du bon côté de la blessure, le statut du chirurgien évolue considérablement en même temps qu’à la guerre, les blessés cessent un peu de mourir affreusement.

On peut noter que, quelques années auparavant, on avait plus de chances de retrouver les chirurgiens avec les sorcières sur un bûcher que dans une Académie, et s’étonner de notre époque actuelle où ils se hissent souvent au sommet de la hiérarchie médicale. {} Ça pose une bonne question à laquelle je ne manquerai pas non plus de répondre.

La Chirurgie fait un bond mais pas la Médecine. Le XVIIème et le XVIIIème siècles se caractérisent par une grande abondance de théories … et des résultats pour le moins modestes, c’est Molière qui nous l’a bien raconté. De plus, il s’y produit une grande séparation au sein du monde médical.

D’un côté, ceux qui veulent adapter un modèle mathématique à l’homme en calculant tout, ce sont les Iatrophysiciens, et ceux qui, attirés par la chimie du corps, le considèrent un peu comme un alambic, ce sont les Iatrochimistes. Tous ceux-là, chacun à sa manière, sont cartésiens. L’arrivée du microscope les amène à se focaliser sur du plus en plus petit. Ils en viennent à remettre en question, plus ou moins explicitement, le principe vital, car naturellement attirés par la Pathologie, ces médecins sont encore plus frustrés par leur peu d’efficacité.

De l’autre côté, moins frustrés, ceux qui restent fidèles au principe vital comme ferment de la Médecine, on les appelle les Vitalistes. Ils s’inspirent de Leibniz et de sa philosophie et représentent une forme de réaction à Descartes. Malgré tout, ils sont bien forcés d’utiliser les mêmes outils physico-chimiques pour tenter de l’expliquer, le principe vital.

On comprend qu’à ce moment cette notion d’inconnaissable à respecter, la marque de fabrique des médecins, commence à vaciller. Au XVIIIème siècle encore, l’Homme atteint de maladie priait pour s’en sortir, mais très bientôt, l’Homme exigera d’être bien soigné.

Sentez-vous venir l’urgence ? Bientôt, je vous l’annonce déjà, il ne sera plus temps de philosopher.

Car c’est la Révolution ! Et avec elle, la réalisation de la plus grande idée qui soit, la plus généreuse, sans se tromper : l’Assistance Publique.

Issue du peuple, cette Administration qui se fixe comme but : avoir des résultats, agit comme un aiguillon pour la recherche médicale qui a pris un tournant décisif en s’appuyant sur les découvertes d’autopsies et en reliant celles-ci aux symptômes des malades tant qu’ils étaient en vie. Les plus grands noms de la Médecine datent de cette époque : Laennec, Pinel, Corvisart, Bichat, … , jusqu’à ce qu’à la génération suivante émerge Claude Bernard.

Voilà le héros de la Démocratie en devenir. L’exact pendant de Victor Hugo pour ce qui est de la Science. Hugo pensait sans doute à Bernard en écrivant : « l’Art, c’est Moi, la Science, c’est Nous ! », car Claude Bernard porte en lui l’espoir de la Médecine et de la société républicaine de sortir enfin de ces siècles misérables. Il se colle donc au travail.

Il ne s’y colle pas n’importe comment. Il est Positiviste, élève d’Auguste Comte. Le Positivisme, issu lui aussi de la Révolution Française, est une philosophie de l’action. Il vise, en étudiant de près la Nature, à constituer des lois pour l’Homme. Il rejette formellement les supputations philosophico-religieuses. Il s’intéresse d’abord aux faits sur lesquels il expérimente en vue de se forger une théorie scientifique. Si c’est vrai qu’il peut paraître rigide, le Positivisme doit surtout se regarder en fonction de la conception de la Physique d’alors.

L’Homme de l’Antiquité, je l’ai dessiné tout à l’heure, cheminait sur une Terre plate, au centre de l’Univers. Celui du XIXème siècle, Lui, vit dans un monde décrit par les lois physiques de Galilée, Newton et Laplace, une Terre ronde, un monde immense, voire vertigineux, mais un monde sans relativité. C’est-à-dire que le mouvement des corps est toujours décrit par un observateur neutre, extérieur au mouvement et supposé ne pas interférer avec lui. La Physique depuis plus d’un siècle et Einstein ont montré que ceci était incomplet pour le moins. L’observateur participe de l’expérience et aujourd’hui on sait même comment calculer ça. Oui, mais les scientifiques du XIXème siècle comme Claude Bernard ignoraient cela de bonne foi.

Ça doit permettre d’excuser beaucoup leur manque de souplesse dans le détail, mais ne doit pas faire oublier certaines vérités énoncées, toujours valables car beaucoup plus générales.

Je prends un exemple concret : près de Claude Bernard qui applique la pensée Positiviste à ses expériences sur le vivant, on trouve Pierre-Joseph Proudhon qui fait la même chose avec les lois sociales et la politique, d’abord en correspondant activement avec Karl Marx puis en s’y opposant résolument. On appelle sa théorie politique l’Anarchie.

Parmi les cadeaux qu’il nous a légués, il y a son explication de ce qu’est une règle, ou plutôt de ce qu’elle ne peut absolument pas être. Car il traite d’« aphorisme des ignorants » la célèbre sentence à l’époque « point de règles sans exceptions ».

Eh oui cher-e-s ami-e-s ! Grâce aux Positivistes et à Proudhon, on sait de façon sûre où se cachent les véritables ennemis de l’ordre et de notre République : c’est pile chez ceux qui professent doctement que « l’exception confirme la règle ». M’enfin ! s’il y a une exception, bin … c’est facile, c’est que c’est pas une règle ! mais comment veux-tu tirer un trait droit s’il y a un éclat dans ton double décimètre, hein ? Eh ! tu ferais mieux de la tracer à main levée, ta ligne droite ! ta règle, bin tu sais quoi ? elle est pourrie, tu peux la bazarder, elle vaut que dalle ! Si tu la suis, ta raison fout le camp !

La Méthode Expérimentale de Claude Bernard vise à établir des lois sûres vis-à-vis du fonctionnement du corps humain (et animal). De ce fait et parce que, comme Proudhon, il pense que toute approximation est une insulte à la Science, dans Laquelle, comme Proudhon, il place l’essentiel de sa confiance pour créer un monde juste, libre et égal pour toutes et pour tous, il condamne catégoriquement l’utilisation des Statistiques en Médecine.

Et pourtant, l’Assistance Publique a bien commencé à établir des lois sanitaires et sociales et, forcément, recense et compte dans ses établissements tout ce qu’il est possible de compter et de recenser. Mais les deux domaines sont étanches, et ça, Claude Bernard, tant qu’il vivra, y veillera bien … d’un côté, son boulot, le travail des médecins, de la Science Médicale, éclairer les lois de fonctionnement du vivant avec une méthode reproductible, de l’autre, la tâche de l’administration sanitaire et sociale, organiser rationnellement les soins pour que tou-te-s les citoyen-ne-s puissent y avoir droit.

Joli programme, mais… on a un problème, patron ! … le problème, c’est qu’à l’époque de Claude Bernard, il n’y a toujours pas de médecine qui fonctionne. Il y a certes des hôpitaux mais on y souffre et on y meurt beaucoup beaucoup.

Je répète : il y a urgence à trouver une solution.

Et c’est à ce moment-là de l’Histoire de la Médecine que la Philosophie en a été définitivement mise hors-jeu, et avec Elle, le principe vital.

Car la solution s’est soudain imposée : elle s’appelait Louis Pasteur, et nous, la société démocratique toute entière, depuis ces années-là, avons, comme de gentilles brebis, suivi notre bon pasteur. Bêêêeeh ! Oui, mais y a pas d’bêêêeh ! il y a des faits.

Voici donc, exposées devant vous, les trois baffes successives qui ont assommé le principe vital en Médecine au XIXème siècle pour le laisser hagard sur le bord du chemin, là où je l’ai retrouvé, dans le même état, un siècle et demi plus tard et où je m’en suis saisi, sans avoir à le disputer à personne, car personne ne s’en souciait plus.

Il y a d’abord eu la phrase de Xavier Bichat : « la vie est l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort ». Ça c’est littéralement la phrase qui tue ! Bichat l’écrit en 1799, trois ans avant sa propre mort, à 31 ans, de méningite tuberculeuse. Qu’est-ce qui s’est donc mélangé dans sa tête, lui, un des plus grands génies de la Médecine, pour qu’il nous embrouille de la sorte ? Alors oui, c’est vrai, on ne peut pas dire le contraire, la vie s’arrête dès qu’on est mort, oui, oui, on appelle ça aussi un truisme ou une lapalissade, mais ce n’est pas ça le problème. Le problème, c’est que la Médecine, jusque-là, avait avancé, tâtonné aussi on l’a dit, avec le principe vital en bandoulière, dans le sens du chemin. Avoir ainsi décrit la vie par la fin, en la définissant en quelque sorte d’ « anti-mort », a juste servi à la dénaturer ! Pierre Dac, célèbre pataphysicien du XXème siècle a même précisé : « Monsieur a son avenir devant lui, mais il l’aura dans l’dos chaque fois qu’il fera demi-tour  ». Et c’est malheureusement ce que Bichat, pourtant digne héritier des grands médecins vitalistes du siècle d’avant, nous a fait faire. Demi-tour. Il nous a mis la Vie à l’envers. Depuis, rationnellement, on avance vers la mort à reculons.

Ou « comment être très rationnel et dire quand même une grosse ânerie, qu’on aurait mieux fait de fermer sa grande bouche ».

Ânerie aux graves conséquences car voici la deuxième baffe qui s’avance. Celle-ci, elle est volontaire et c’est Claude Bernard qui la colle. Lui, on l’a compris, le principe vital, il veut bien y croire, d’ailleurs il y croit, mais il ne veut plus en discuter. Lui, les supputations philosophico-religieuses, il les laisse à l’entrée du laboratoire où il fait la Science Médicale. Donc Bichat a dit ça ? très bien, on n’y touche pas, les gars, on a mieux à faire, il y a urgence, je vous le rappelle. Alors, parce que la moelle épinière fraîchement découverte semble diriger toute l’activité du corps vivant et que l’électricité paraît correspondre aux qualités « insaisissables » du principe vital, il le pose là, le principe vital, dans le système nerveux, aux arrêts, consigné. Depuis ce moment-là, on n’en a plus discuté et donc, pas cherché plus loin.

La troisième baffe, la plus conséquente, c’est bien sûr Pasteur qui l’a collée au principe vital déjà mazouté. En définissant dans sa Théorie des germes des ennemis tout petits en cachant d’autres, pas encore découverts mais encore plus petits voire virtuels, tous ceux-là destinés à nous causer du tort, il a fini de rendre crédible aux yeux de tou-te-s ce que Bichat avait juste esquissé de manière finalement naïve : il y a bien une guerre en marche, des ennemis à l’Humanité, la Vie est une force de résistance à ces ennemis et la Médecine, une activité visant à remporter cette guerre. CQFD.

Peu importe qu’à la même époque un médecin de Montpellier, Antoine Béchamp, observe les mêmes bestioles au microscope que Pasteur, et en tire une théorie toute autre qui, elle, respecte l’Histoire et la Philosophie de la Médecine. Ses réflexions auraient bien aidé Claude Bernard dans le combat qu’il perdit sans discussion contre le chimiste opportuniste.

Mais ça ne communiquait pas très bien entre Paris et Montpellier, il faut croire … Bon, on refera pas le match, le principe vital l’a perdu, c’est bien entendu, mais est-ce une raison pour que, depuis 50 ans au moins, on n’enseigne plus aux étudiant-e-s en médecine ou en vétérinaire qu’il y a eu un match, un sacré match même ? Pourquoi ça ? il y aurait quelque chose à cacher ?

Conclusion : en Médecine, avant Pasteur, on avait le Vitalisme, depuis, grâce à lui, on a le Cadavérisme. On crève toujours pareil mais, en prime, on s’inquiète de la mort et de la maladie toute sa Vie durant ! C’est pas de l’évolution, ça ?

Voilà donc le résumé succinct et très subjectif dont je parlais plus haut, le résultat de ces quinze années d’études tout seul à la maison de l’Histoire de la Médecine, couplées à la pratique continue de l’Ostéopathie des Mammifères. Je vous avais prévenus : c’est un peu polémique.

Car, on l’a compris, le principe vital, c’est mort … en Médecine. Eh bé oui ! il n’est pas mort en vrai … eh bé non ! parce que sinon on serait pas là pour en parler, hein ! moi aussi, j’suis très pote avec La Palice, vous avez remarqué ? ! c’est juste en Médecine que c’est cadavéré, pas en Ostéopathie, enfin, pas encore, prions pour Elle !

En attendant, le plus important, c’est ce que nous apprend le principe vital sur ce qu’il est… et sur tout ce qu’il n’est pas. Par exemple, une chose est évidente : le principe vital n’est pas subordonné au médecin, quel qu’il soit.

En clair, son étude confirme ce que tout le monde sait et que ce célèbre adage, bien connu de tou-te-s les chirurgien-ne-s, affirme : « l’opération a réussi mais le patient n’a pas survécu ».

Quelle que soit l’action médicale, juste ou injuste, l’organisme, son « complexe d’auto-ajustement », prend celle-ci en compte au milieu des autres données de son environnement, et en fait quelque chose qu’on espère positive, c’est tout ce qu’on peut en dire.

Aujourd’hui, j’ai compris et pratique constamment ce que m’ont appris les « vieux sages » vétérinaires que j’ai eu la chance de rencontrer dans les années 80 : en me posant la question d’intervenir tout en sachant que l’idéal serait de ne pas intervenir, je mets en avant le principe vital en marche devant mes yeux. Je cherche les signes positifs avant d’enclencher le raisonnement pathologique. Je n’assimile pas l’être vivant qui me demande de le soigner à une maladie, quelle qu’elle soit. Je relativise. Et déjà, je relativise mon rôle dans la santé de mon-ma passant-e. Eh oui ! j’appelle celles et ceux qui passent me voir des passant-e-s, c’est moi qui suis le patient, de plus en plus patient, même… et quand j’interviens, c’est parce qu’avec mes mains, je sais… pas nuire.

Il me suffit d’user d’un peu de logique, permise par la connaissance et la compréhension du principe vital, pour énoncer cette vérité mathématique :

Quand un être vivant V, atteint d’un mal M, va voir un thérapeute T pour que celui-ci le délivre du mal M, et que, quels que soient V, M et T, après l’action de T, V ne porte plus M, peu importe que V pense et dise : « T m’a guéri de M ! », la seule chose rationnelle, sûre à 100%, que peut et doit penser T de son action sur V, est : Mon action n’a pas empêché V de se débarrasser de M. Et il n’y a que cette certitude qui compte pour T, celle qu’au final, il n’a pas nui.

Le reste, ce ne sont que des supputations philosophico-religieuses.

Et je crois que c’est bien là le problème avec notre Médecine Cadavériste. Conservant toute la raideur du Positivisme sans accepter ses doutes (par exemple sur la Statistique), Elle a pris la Chirurgie comme référence, d’où la part belle réservée aux chirurgien-ne-s dans sa « hiérarchie des honneurs ». Elle affiche donc ses résultats comme si tout le bénéfice de la santé du patient (qu’Elle appelle le plus souvent, le malade) lui était dû. Elle utilise pour cela des arguments issus des Mathématiques, des probabilités, qui ne nous renseignent en rien sur la réalité vitale de chaque être vivant. Elle décrit tout cela d’une manière qui l’arrange et en refusant tout débat d’idées. Elle dit : « Poussez-vous de là, il y urgence ! ». Elle n’est plus dans logos, elle est dans mètis.

Tous ses moyens sont bons, la force et la ruse sont bienvenues contre les ennemis de l’espèce humaine, qu’ils soient définis (virus et parasites) ou supposés (cancers, maladies auto-immunes, etc…) !

À ce compte-là, la Paix Universelle, décrite par Darwin, comme une étape raisonnable de l’évolution humaine au sein de l’évolution des espèces, n’est pas près d’advenir, je l’admets.

Eh bien pourtant, je ne cache pas que c’est ça qui m’intéresse, moi, la Paix Universelle ! Et avec cette mise à nu du principe vital, j’ai trouvé une bonne clé pour y réfléchir. La chance, avec mes deux casquettes, c’est que j’ai pu observer cela sur une palette d’êtres vivants assez divers et j’y ai remarqué, au-delà des différences, une large étendue de caractères communs et d’analogies frappantes qui m’aident à penser autrement les choses de la Vie.

Et si cette Hiérarchie, si peu justifiable rationnellement, si présente au sein de la race humaine, si contradictoire avec le principe d’Égalité de nos démocraties, s’évanouissait devant l’évidence et la nécessité de la place de l’Homme, dans la Nature, à côté de tout ce qui vit, et non au-dessus, comme on ne sait plus trop qui l’aurait décrété ?

Je ne me pose plus la question depuis que j’ai découvert à quel point les animaux répondaient mieux à mes mains quand je me mettais à leur exacte hauteur. Et ça repose l’esprit, je vous assure, vous devriez essayer… ni au-dessus, ni, pire encore, en-dessous. Non, non, juste à côté.

Vétérinaire, étymologiquement, veut dire « qui soigne le bétail ». Mon grand désir est de ne plus pouvoir me dire vétérinaire humain, comme je le fais aujourd’hui sans rigoler. Ça voudrait juste dire que nous autres humain-e-s aurions cessé d’être considéré-e-s et de nous considérer nous-mêmes comme du bétail, taillable et corvéable, ce serait à coup sûr une première avancée vers… autre chose.

Et on pourrait alors pousser le raisonnement scientifique dans le bon sens, c’est-à-dire dans un sens qui respecte la nature de la Vie : ouverte et qui bouge tout le temps. On pourrait déjà essayer de comprendre comment ce principe vital n’est certainement pas propre à chacun de nous, mais bien d’essence commune. Comment, à côté de l’auto-ajustement de chaque individu, existe à l’évidence le même système sur un plan plus global, qui fait que tout, sur cette planète, est interdépendant. Ça me semble être la seule façon, compte tenu de ce qui apparaît de ce principe vital, de tenter d’expliquer rationnellement ce qui aujourd’hui nous dépasse quoiqu’on en dise : épidémies, sacrifices, suicides, cancers, etc… tout ce qui nous crie aussi que, naturellement, nous ne sommes jamais tou-te-s seul-e-s sur cette Terre, mais que nous peinons souvent à entendre, convaincu-e-s que nous sommes de la prédominance de notre cerveau et de notre race.

« Je ne crois pas à l’ostéopathie parce que je suis cartésien », fameuse cerise que j’ai mis du temps à complètement digérer. Et c’est fait. Je m’affirme cartésien car je doute et j’ai douté de ce que m’ont dit et me disent mes sens, et en premier lieu de mon intelligence. Je me suis méfié et je me méfie de ce qui semble m’apparaître sûr alors que c’est simplement probable, me cachant le possible caché juste derrière. Je ne recours pas à la ruse dans mon raisonnement, parce que sinon, je sais qu’il ne sera pas entièrement rationnel, dévié qu’il sera par des arguments qui n’auront rien à voir avec le sujet.

Et alors, mon raisonnement, je sais qu’à coup sûr il serait faux.

Laisser s’exprimer ce qui concerne la Science Médicale en termes religieux, « je ne crois pas en l’ostéopathie, mais alors… tu crois en la Médecine ? » est bien le signe que la Médecine a elle-même quitté le terrain scientifique où Claude Bernard l’avait engagée.

Car la question, vis-à-vis d’une Science, elle n’est pas d’y croire ou de ne pas y croire, elle est de savoir … je le rappelle parce que ça fait du bien, comme a dit Hippocrate, croire savoir c’est l’ignorance, ce qui, au final, nous incite à croire … ou à ne pas croire. Croire, ou ne pas croire, prier ou ne pas prier, c’est respectable, ô combien ! mais ça n’a rien à faire en Médecine. Et surtout, comme concluent si bien les Suisses : « Quand on sait pas, on dit pas ! ».

La vraie question qui se pose ici, et qu’on a le droit de poser à la Médecine pour la bonne information de tout le monde est la suivante :

« Est-ce que, sans le dire et surtout sans vouloir en débattre, vous ne considéreriez pas l’Homme comme étant, par nature, justement en dehors et au-dessus de la Nature ? ».

Parce que, si oui, et si tout le monde est d’accord avec ça, oubliez tout ce que je viens de dire précédemment, votre puzzle s’assemble enfin à ma vue, je confesse toutes mes erreurs et je me tais...

« L’Ignorance, c’est la Force », Orwell l’a bien écrit, merci à lui.

Eh, les gars ! c’est pas la peine de s’emmerder avec le principe vital, de toute façon, nous autres, on est au-dessus de ça, on n’a pas besoin de tout ce vieux mathos désuet … obsolète même … préhistorique … nous, on é-vo-lue et comme on progresse, on va chercher dans la technologie des pièces un peu plus modernes que cette antiquité. Ah ça, y en aura pas pour tout le monde ! c’est la loi du marché, ma bonne dame, on n’y peut rien, c’est le vieux Darwin qui l’a dit, si, si, il l’a écrit même, vous avez pas lu ? comment ? vous avez pas lu « La loi du marché » de Darwin ? … et puis vous autres, les pauvres, il vous restera toujours la Glande Pinéale, uh, uh !

SI, si, je trouve ça drôle, mais je reste naïf, la preuve, moi aussi je crois, mais dans l’Évolution de l’Homme, même la Femme, et dans une étape atteignable, la Paix Universelle. Donc, encore et toujours cartésien, je suis descendu du train de cette Science Médicale qui, de mon point de vue, a subi, au milieu du XIXème siècle, une vilaine erreur d’aiguillage. Et j’ai beaucoup de chance car j’ai un beau chapeau. En paille. Et avec ce beau chapeau de paille, je compte bien marcher encore longtemps sous le Soleil, sans jamais rêver de conduire Son chariot de feu, mais sans non plus avoir peur de Sa brûlure.

J’ai profité des chevaux rencontrés toutes ces années pour digérer ce que j’avais appris sur les animaux puis sur les hommes, j’ai mixé le tout, et aujourd’hui, je comprends le monde différemment de ce que semblent nous en dire nos bon maîtres.

D’eux-mêmes les chevaux parlent beaucoup, malheureusement on ne les écoute guère ou pas avec la bonne oreille, quant aux chiens, je ne vous raconte même pas, ou sinon dans un roman ! … alors, patiemment, je vais continuer mon chemin vers les crocodiles et vers les éléphants, des fois qu’ils aient de bonnes histoires sur la marche du monde à me raconter. Dès que j’ai du nouveau, je vous en informe, c’est promis !

Conférence qui marche au degré Chien, Juillet 16 - Janvier 17



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