L’Ostéo4pattes

MRP or not MRP, that is the question …

Créé le : vendredi 23 décembre 2016 par Jacques Saada

Dernière modificaton le : mercredi 21 décembre 2016

Découverte

Pendant mes études d’ostéopathie humaine, passées les premières semaines où l’ex-médecin que j’étais a bien dû se rendre, à son corps défendant, à l’évidence de l’existence d’une mobilité crânienne, j’ai bien sûr « appris » le MRP. J’ai intégré religieusement les 5 principes qui le sous-tendent, avalé des descriptions alambiquées de biseaux, puis d’axes, ingurgité des heures durant les flexions, torsions, SBR, strains et autres perversités dont pouvait s’affubler la Saint, pardon, la Synchondrose Sphéno Basilaire. Je me suis torturé les phalanges, développé les muscles lombricaux et interosseux de mes doigts jusqu’à la nausée, atteint une indépendance des mains digne des plus grands pianistes …

Et j’ai pratiqué, pratiqué, encore pratiqué, sur tous les crânes que je croisais, des vieux, des jeunes, des tondus, des hirsutes, je me suis fait laminer la main par des sacrums affublables de ces mêmes qualificatifs. C’était intéressant, motivant, passionnant, mais incomplet. Certes, j’avais des dysfonctions à nommer, des axes pour faire tourner des os, toute une mécanique pour décrire des mouvements … le seul problème, c’est que je ressentais un immense manque, cette approche mécaniste ne correspondait pas à mon ressenti profond, il y avait quelque chose de plus, mais quoi ?

Mon professeur de crânien, Bruno Josse (fils de Jean Josse, un des maitres de Dominique Giniaux), nous avait parlé de sa découverte de la Biodynamique ; il se rendait encore à l’époque aux USA plusieurs fois par an suivre les enseignements de Jim Jealous, mais s’efforçait de rester dans le dogme Magounien avec les étudiants que nous étions. Ce n’est qu’en fin d’études qu’il nous offrit, comme un cadeau précieux, sa lecture de « La Promenade du Vairon », texte de W. G. Sutherland imaginant un petit poisson évoluant dans le LCR à travers l’ensemble des cavités liquidiennes du crâne, visitant les ventricules, les recoins de la dure mère, les membranes de tension réciproque, observant leurs mouvements, etc.

La voix volontairement douce et monocorde de Bruno, le léger assoupissement post prandial de cet après-midi de printemps, tout était là pour que la dizaine de pages de ce texte soient entendues dans un état second. Je le suivais, ce vairon, parfois je l’abandonnais quelques instants et le retrouvais plus loin dans son voyage, mais surtout, mes mains étaient devenues des êtres autonomes, ma raison les avaient abandonnées à leur seule perception sans l’inhibition du contrôle intellectuel lié à l’état de veille « normal », et elles ressentaient des mouvements qui ne ressemblaient plus du tout au MRP !!! Entre douce torpeur et lucidité extrême de mon esprit, mes mains vivaient leur vie propre et me disaient qu’il y avait autre chose que du MRP et des mouvements osseux dans l’écoute du crâne de mon binôme. Je ne saurai jamais combien de temps a duré cette promenade du Vairon, quelque part entre quelques dizaines de minutes et une éternité, mais j’en suis sorti émerveillé et transformé.

Emerveillé, car tout me semblait clair et limpide, il y avait des mouvements dans mes mains, beaucoup plus lents et majestueux que le MRP, des mouvements globaux, simples et puissants. « C’est quoi ce truc, Bruno ??? » Bruno avait un petit sourire en coin …

Transformé, car au fil des jours il fallut bien que Bruno en dise plus, et ce fut pour moi la découverte d’un nouveau monde, la Biodynamique.

Et c’est quoi, la Biodynamique ?

Issue des réflexions des dernières années de la vie de W. G. Sutherland (celui-là même qui s’était, au début de sa carrière d’ostéopathe, confectionné un casque avec des vis pour appuyer sur les os de son crâne et en expérimenter les effets !), puisant dans les apports de Rollin Becker entre autres, et surtout formalisée par Jim Jealous, la Biodynamique crânienne est un concept qui se démarque de l’aspect mécaniste de l’ostéopathie crânienne de Magoun.

On ne s’intéresse plus aux mouvements des os, mais plus globalement aux variations de volume du crâne, dans des aspects tout simples d’expansion-récession, perçus en y apposant les doigts avec le minimum de pression, et surtout sans la moindre intention d’induire quelque chose. Le praticien se transforme en observateur le plus discret possible, il ne fait « rien », se contente d’être là, présent et bienveillant, ouvert et disponible. Il laisse venir à lui le ressenti, et sa simple présence entraine des changements dans l’expression des fluides de son patient.

Sutherland évoquait les rythmes perçus comme « la marée », avec une période d’environ 2,5 cycles par minute, et « la grande marée », avec une période d’un cycle toutes les 100 secondes. Il existe d’autres rythmes encore plus lents.

Sutherland, dans son langage teinté de mysticisme, parle aussi de Souffle de Vie, mais chacun prend ce qu’il veut dans l’interprétation et les mots que mettent les auteurs sur leur perception. J’avoue que mon esprit cartésien a parfois du mal avec leur terminologie, mais pas avec le ressenti que j’ai dans ma pratique quotidienne. Les faits sont têtus, et l’efficacité de l’approche biodynamique est pour moi une réalité qui a fait que j’ai totalement abandonné l’approche de Magoun au profit de celle-là. Dès lors, le MRP n’est plus considéré que comme un épiphénomène.

Et sur les animaux, ça marche ?

Au départ Médecin, puis Ostéopathe des humains, et ayant toujours été très proche des animaux, je me suis ensuite formé à l’Ostéopathie animale dans une école plutôt mécaniste, où l’on parlait un peu de MRP, et beaucoup de thrusts (mais pas seulement …)

Ayant abandonné le MRP chez l’homme, j’ai essayé la biodynamique chez l’animal.

Eh bien, devinez quoi ? ça marche, bien sûr !

Une main sur un sacrum ou un crâne de cheval ou de chien, et c’est parti, sans doute
encore plus évidemment que chez l’homme. Les mouvements sont amples, faciles, l’animal est visiblement à l’aise et en confort, et le travail se fait, là aussi, tout seul.

Peu importe la différence de taille et de poids, en plus ou en moins, seule compte la présence et l’empathie, le reste n’est, comme me le disait un de mes enseignants, qu’« un amas de cellules rencontrant un autre amas de cellules ».

Et quand Patrick Chêne parle de neurones-miroir et de résonnance neuronale, ça me semble cohérent avec ce que je ressens, et il y a là surement au moins une partie d’explication, du moins une piste très intéressante.

On peut d’ailleurs se demander si la pratique biodynamique n’est pas une des voies pour mettre en résonnance des cellules, au même titre que le chant diphonique ou d’autres approches.

Super !, on débute quand ?

J’ai essayé, dans ce court exposé, d’utiliser des mots simples pour rendre compte d’une approche complexe. S’agissant d’une vraie révolution dans l’abord de nos patients, il faut passer par un apprentissage qui s’étend sur plusieurs années, il nous faut intégrer une nouvelle sémantique, un langage qui tente de rendre compte, avec des mots par essence inadaptés, d’une réalité nouvelle et jamais exprimée dans le monde dit civilisé…

Lors du Symposium de Nantes, puis aux Rencontres de 2016, Thierry Le Men et moi-même avons animé un atelier de découverte de la biodynamique, juste pour tenter de faire entrevoir aux participants une toute petite bordure d’un monde immense et d’une richesse énorme. Certain(e)s se sont sentis à l’aise, ont probablement redécouvert, ressenti des choses déjà entrevues …

Pour aller au-delà, c’est comme le violon, « you must practice, practice, practice… »

En France, plusieurs formations sont proposées : Bruno Josse, Françoise Desrosiers, René Briend pour ne citer que les plus anciennes. Elles s’étendent, à raison de 2 séminaires de 5 jours par an, sur plusieurs années. Elles ne concernent pas directement l’animal mais, on l’a vu, le passage depuis l’humain est très aisé.

Alors, MRP or not MRP, est-ce encore la question ?



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