L’Ostéo4pattes

A09 - Contribution de l’ostéopathie aux boiteries postérieures du chien

Créé le : mercredi 24 janvier 2007 par Bruno Denis

Dernière modificaton le : lundi 20 novembre 2017

L’examen d’un certain nombre de boiteries ou de gênes locomotrices ne met en évidence ni douleur, ni infection, ni paralysie.

I► Définitions

La gêne locomotrice chez le chien revêt une symptomatologie variée qui va du refus d’un type d’exercice (refus de saut ou de monter les dénivellations, difficulté au relever, raccourcir ses promenades) jusqu’à une suppression d’appui d’un membre ou une incapacité à relever l’arrière main. Force est de constater que parfois un certain nombre de cas ne présentent ni arthrose, ni dysplasie articulaire, ni ostéochondrose, ni entorse ni aucune douleur « avouée ». Et parfois même si un de ces signes est présent les traitements « classiques » ne sont pas forcément et à tous les coups satisfaisants.

II► Biomécanique et neurophysiologie

Expliciter de façon analytique et synthétique les structures anatomiques permet l’abord de la biomécanique physiologique des doigts du membre pelvien jusqu’à la zone lombo-sacrée dans leurs mouvements macroscopiques. En considérant l’anatomie des muscles, des tendons, des ligaments et des fascias sur le squelette, la localisation de leur attaches les uns par rapport aux autres, il est remarquable de constater l’existence d’un véritable réseau de tension et d’axes de compression maintenu dans un équilibre à la fois souple et rigide qui répond à deux exigences de l’organisme :
- la stabilité de la structure dans le champ gravitationnel et dans la direction d’un mouvement effectué,
- la précision et la souplesse de toutes les composantes d’un mouvement réalisé.

La juxtaposition de la biomécanique cellulaire permet une vision en perspective de l’acte ostéopathique. Une géométrie en treillis se retrouve au sein des structures histologiques des ligaments, des fascias et des os. Les éléments constitutifs de ces tissus sont des fibres de collagène plus ou moins denses dans une substance fondamentale. L’agencement spatial des structures moléculaires décrit également un treillis de tension en continuité de l’échelle cellulaire à la dimension macroscopique de la structure globale.

La matrice extracellulaire, si importante pour ses nécessaires interactions avec les cellules, constitue l’essentiel de la substance fondamentale de toutes les formes de tissus conjonctifs, et qui fait le lien entre toutes les parties de l’organisme : soutien des organes, périoste, méninges, fascias, ligaments, tendons, aponévroses, etc.

III► Continuité & contiguïté

A travers ce qui précède la notion de continuité et de contiguïté anatomiques et tissulaires paraît évidente :
- de nombreux muscles étant pluri articulaires confèrent à l’ensemble du train postérieur une fonction coordonnée pour la sustentation et la propulsion, avec une incidence encore plus marquée dans les inter influences entre les vertèbres lombaires, le sacrum et le bassin.
- D’autres concepts participent également à la compréhension et à l’appréhension de ces continuité et contiguïté fonctionnelles : les vaisseaux et les nerfs d’une part et les points d’acupuncture distribués suivant des méridiens d’autre part.

L’un des éléments essentiels dans l’équilibre des tensions et précontraintes est le tonus musculaire à tous les niveaux de l’organisme.

La principale propriété de ce tonus dans tous les états du corps est de coordonner harmonieusement le mouvement dans un champ gravitationnel. L’équilibre dans le déséquilibre permanent.

IV► Système nerveux

La clé de voûte de cette biodynamique est le système nerveux, médiateur entre les tissus musculaires et les capteurs sensoriels. Les informations, empruntant les voies sensitives par la racine dorsale des nerfs spinaux, sont intégrés par les centres nerveux spinaux et encéphaliques qui déclenchent les influx moteurs par la racine ventrale des nerfs spinaux. La complexité fine et efficace d’un mouvement qui fait intervenir de nombreux muscles, est gérée par le système nerveux somatique conscient et le système nerveux autonome (SNA). En effet si seuls les viscères sont innervés par le SNA, l’enveloppe pariétale, elle, est innervée par le système nerveux de relation et le SNA. Ainsi ces deux composantes sont anatomiquement très liées et physiologiquement complémentaires pour constituer le système nerveux. L’approche anatomique discernera la description du système nerveux de relation dans sa partie postérieure en explicitant ses liens avec les centres moteurs et sensitifs. La partie du SNA sera abordée dans sa globalité pour pouvoir bien intégrer son implication. Les propriocepteurs neurosensoriels (fuseau neuro-musculaires, récepteurs tendineux de Golgi, récepteurs articulaires) sont au coeur du mécanisme.
Dysfonction ostéopathique, diagnostic, traitement et cas cliniques.

Les muscles contractés refusent de se laisser étirer, donnant des sensations de cordon lors de la palpation. C’est la restriction de mobilité de la zone musculo-articulaire concernée.

Les perturbations induites atteignent également des organes et/ou des vaisseaux du même dermatome. Ainsi des muscles de paroi vasculaire peuvent être le siège de contracture spastique sous l’effet de la stimulation anormale des fibres sympathiques. Ce spasme crée une ischémie, une anoxie des tissus, un œdème et peut-être une inflammation qui auront des conséquences sur la physiologie des muscles, des organes ou du tissus nerveux des zones concernées.

V► Diagnostic ostéopathique

La main du praticien va suivre des tensions musculaires et /ou fasciales, accompagnant des mouvements facilités, réduisant des restrictions de mobilité. Ce geste se dimensionne de l’infiniment petit au macroscopique.

C’est-à-dire qu’il naît de la perception manuelle objective une sensation de mouvement ou une restriction de mobilité qui vont se poursuivre par l’accompagnement d’une mobilisation des éléments anatomiques (vertèbre, muscle ou chaîne musculaire, articulation, etc.) en suivant le fil directeur de cette sensation initiale, comparée au schéma biodynamique équilibré et normal de la zone anatomique concernée par le test ostéopathique.

La main est l’interface entre le patient et le thérapeute. C’est par là que les tensions et les dysfonctions (depuis la peau, le tissu conjonctif, les structures musculo-tendineuses et articulaires jusqu’au mouvement respiratoire primaire) du patient vont être captées grâce à l’écoute, l’attention et l’intention du thérapeute. Ce sera là « l’action passive » de la main. En ajoutant à ce qui précède le paramètre « action active », le thérapeute interviendra sur les tensions et dysfonctions, tout en restant à l’écoute attentive, en suivant les mouvements perçus (techniques fonctionnelles) ou en allant à l’encontre (techniques structurelles), en agissant à distance de la zone à traiter (méthode indirecte) ou au contact de ces structures (méthode directe).

VI► Biomécanique et neurophysiologie

Douze cas cliniques vont permettre d’illustrer l’intérêt de l’ostéopathie dans le cadre d’une consultation généraliste. Les séances d’ostéopathie ont été pour certains cas prescrites par des confrères non ostéopathes. L’ensemble de ces cas montre l’intérêt de l’acte d’ostéopathie en première intention ou en complément d’autres actes médicaux ou chirurgicaux.

En voici un en exemple, il permet de comprendre qu’un problème comportemental, dont on ne comprend pas l’origine avec une vue classique, peut se solutionner facilement en ostéopathie :

ICARE, pinsher nain, mâle de 11 ans

• J0 [DrA] Il a mordu à deux reprises sa propriétaire lors de tentatives de mise en place du harnais, pouvant évoquer une douleur à la manipulation, non retrouvée lors de l’examen physique. Le reste de l’historique et de l’examen physique est sans anomalie. Il lui a été administré une injection de METACAM, relayé par du FORTIFLEX.

• J22 [Dr A] Par crise, il vocalise comme s’il était algique et mord lors de la prise dans les bras. La radiographie face et profil du thorax est sans anomalie. L’échographie abdominale montre des plages hypo échogênes disséminées sur l’ensemble du parenchyme hépatique, sans effet de masse, de petite taille. Aucune autre anomalie splénique, ganglionnaire, digestive… Surrénales de taille normale (4mm d’épaisseur), vessie/prostate sans anomalie. Les analyses hémato biochimiques montrent une légère hémoconcentration (60%) et une élévation modérée des PAL (278ui/l). Il lui a été injecté 5mg de SOLUMEDROL, relayé par 2mg 2 fois par jour d’OROMEDROL et de CALCIGON.

• J25 [Dr A] La nuit dernière, il a eu des crises de gémissement sans boiterie et sans anomalie à la consultation du jour. Il est testé un traitement : 1/2 comprimé de CRISAX le soir.

• J28 [Dr C] En urgence : le chien a de nouveau mordu sa propriétaire (visage et main) lors de la tentative de prise dans les bras. Aucune autre anomalie rapportée, appétit et comportement normaux. (Questions : réaction suite à douleur aiguë ou purement problème comportemental). L’examen physique est sans anomalie excepté une appréhension à la manipulation L4-L5-L6 et une extension des hanches limitée. Injection de 5mg de SOLUMEDROL, relayée par 1/2 comprimé de DEXORAL.

• J30 [Dr B] Il n’a pas remordu mais reste nerveux. Il ne supporte pas le CALCIGON et prend du CLOMICALM 1/2 cp /j., DEXORAL 1/2 cp/j et RELAZINE tous les deux jours. Il est prescrit des séances d’ostéopathie.

• J43 Consultation d’ostéopathie : Il a remordu sa propriétaire quand elle l’a saisi il y a quelques jours. Parfois il lève le postérieur droit mais ne semble pas boiter pour autant. Je note une conversion supérieure de l’ilium droit et un sacrum en rotation gauche et latéroflexion droite. Donc une dysfonction sacro-iliaque droite associée à une légère amyotrophie de l’a. sacro coccygienne. Je détecte une légère tension réactionnelle autour de Th7 que je traite en fonctionnel.

• J57 Il n’y a pas eu d’incident depuis la dernière séance, sauf depuis hier soir : il a loupé la marche et ce matin il a eu le postérieur gauche en l’air. Je détecte L3 en rotation droite et l’ilium en restriction de mobilité supérieure. Les muscles sartorius et pectiné sont contracturés.
• J73 Visite de contrôle : rien à signaler.

• J100 Visite de contrôle : pas de trouble clinique mais je note l’ilium droit en conversion supérieure et L3 en rotation droite. Je traite en fonctionnelle directe dans le sens de la lésion.

• J130 Visite de contrôle : rien à signaler et le Mouvement Respiratoire Primaire est très équilibré et très fluide.
• Cinq mois après le J130 : il n’a plus manifesté de trouble.

MOONDY, cocker anglais, mâle de 9 ans

• J0 [Dr A] Depuis une petite chute en promenade, il manifeste une douleur récurrente de la hanche droite, sans boiterie sur le plat mais hésite à monter. Le reste de l’historique et de l’examen physique général ne révèle aucune anomalie. Une radiographie face et profil de la colonne vertébrale lombo-sacrée ne révèle aucune anomalie significative. Il reçoit une injection de METACAM avec un relais per os pendant 5 jours.
• J25 [Dr B] Il est incapable de sauter et de monter les escaliers, avec parfois un épisode douloureux (un cri très fort pendant 30 secondes) en moulinant le postérieur gauche et reste sans bouger ensuite. Douleur à l’extension du postérieur droit et raideur de la masse commune à droite entraînant le coucher du chien et des clonies à gauche. La radiographie montre une « instabilité L7-S1 » avec bascule du bassin. Il est prescrit PREVICOX et CALCIGON pendant 3 jours et d’envisager une séance d’ostéopathie.
• J27 À l’examen ostéopathique, je note une hypotonie musculaire sur les abducteurs et les extenseurs de la cuisse, ainsi que des fasciculations toniques/cloniques des fléchisseurs de la cuisse. L’ilium gauche est en conversion inférieure. La manipulation ostéopathique s’est réalisée en deux temps. Un premier temps qui consiste en un examen manuel de la tête aux pieds en réduisant toutes les petites dysfonctions éventuellement rencontrées afin de trouver une détente globale du corps. Le second temps a été focalisé sur une manipulation lombo-sacrée à partir de la queue, en allant chercher les mouvements fonctionnels, les suivant dans leurs volutes, atteindre leurs limites et « toucher » les endroits d’immobilité. Le geste étant tout d’abord sur le registre des fascias et leur sensation fluidique pour « s’enfoncer » dans des accompagnements fonctionnels directs et parfois indirects. L’intention qui s’est dessinée à mesure est la décontraction des muscles en contracture et la détente des derniers espaces intervertébraux surtout à gauche. Le contrôle en fin de séance : disparition des fasciculations musculaires et réalignement de l’ilium gauche. Je lui ai donné une dose ARNICA 1000K.
• J34 Pour contrôler l’évolution : il ne se plaint plus, il commence à pouvoir gravir les escaliers. Rien n’a bougé depuis la dernière séance. Je note seulement quelques tensions de Th5 à Th9 et L3. J’effectue des manipulations fonctionnelles.
• J40 Il continue de s’améliorer.

BIBLIOGRAPHIE

1.Pierre TRICOT : « Ce qui marche, ce qui ne marche pas en ostéopathie »-Ed. Josette LYON, 2003.
2. Robert BARONE : « Anatomie comparée des mammifères domestiques » Tome 1 : ostéologie, 1986 et Tome 2 : Arthrologie et myologie, 1989 – Ed. Vigot,
3. Claire DOUART, Patrick CHÊNE : ENVN « Formation à l’ostéopathie vétérinaire : le bassin » 2004 / 2005
4. Jean François MEGRET : « La tenségrité, vers une biomécanique osthéopathique »-Mémoire de fin d’étude pour l’obtention du diplôme d’ostéopathe le 14/06/2003 à Montpellier
5. R.E. BUXBAUM, S.R. HEIDEMANN : Thermodynamic model for force integration and microtubule assembly during axonal elongation – J. Theor. Biol. 134 379-390 (1988).
6. Francis LIZON : « La consultation ostéopathique et homéopathique du chien et du chat »-Ed. Similia, 1988
7. Frédéric MOLINIER : « traité d’acupuncture vétérinaire » - Ed.Phu Xuan
8. Pascal EVRARD : « introduction à l’ostéopathie structurelle appliquée au cheval –Olivier édition, 2002
9. Irwin KORR : « Bases physiologiques de l’ostéopathie », collection SBORTM – Ed. OMC s.a. 1988
10. Claire DOUART, Eric BETTI, Emmanuel POMMIER : ENVN « Formation à l’ostéopathie vétérinaire : le membre pelvien » 2004 / 2005

Cet article est le résumé d’un mémoire préparé pour l’obtention du diplôme de l’école vétérinaire de Nantes. disponible ici en version à télécharger -> bibliothèque



Notez cet article
6 votes






Accueil | Contact | Plan du site | Se connecter | Visiteurs : 818 / 695701

Suivre la vie du site fr 

Site réalisé avec SPIP 3.1.8 + AHUNTSIC