L’Ostéo4pattes
Source : http://osteopathie-france.fr/osteopathes/2896-cortecs-point-de-vue-de-candide

Cortecs - Point de vue de Candide

Point de vue d’un non-scientifique convaincu et modeste
Créé le : jeudi 8 décembre 2016 par Jean Louis Boutin

Dernière modificaton le : jeudi 8 décembre 2016

Après bien d’autres, me voilà en mon nom personnel - enfin pourront dire certains - prêt à donner mon point de vue, un de plus d’ailleurs, auquel les auteurs du rapport sur l’ostéopathie crânienne établi par le Collectif d’enseignement et de recherche en esprit critique et sciences (CORTECS) donneront, je n’en doute point leur(s) réponse(s).

J’ai lu attentivement ce rapport et j’ai été tout à fait surpris du parti pris des auteurs.

L’esprit critique annoncé est effectivement mis en pratique dans l’analyse ou mieux dans les différentes analyses faites. De ce seul point de vue, nous n’avons rien à ajouter. La démonstration est claire, je dirai sans bavures et sans ratures, encore que... nous y reviendrons.

Je reste impressionné par la quantité d’études utilisées pour l’argumentation. La vérité doit être démontrable, tout comme la charge de la preuve incombe à celui qui croit détenir la vérité, ici l’ostéopathie crânienne (1), et en ce domaine, il n’était point besoin d’un rapport aussi important pour en faire la démonstration : la preuve de l’efficacité de l’ostéopathie crânienne reste totalement à démontrer tout comme la validité scientifique des 5 composantes du Mécanisme Respiratoire Primaire (MRP) qui, là aussi, reste à démontrer, et pour notre part, enfonçons un clou : je doute que cette preuve sur le concept ou les concepts le soit un jour, quelle que soit la méthodologie actuelle ou future employée. L’ajout, faute de preuve, de différents autres concepts comme le quantique, le fascia, le somato-émotionnel ou autre - tous termes qui m’ont laissé longtemps sceptique et me laissent encore sceptique et dubitatif - n’est qu’un ajout de concepts non validés à un concept lui aussi qui cherche ses preuves. Si j’étais mathématicien je dirai 0+0=0 ! CQFD.

Malgré tout plusieurs questions se posent avec ce rapport. Certains les ont posées et ont reçu des réponses argumentées par Cortecs. Rien ne sert d’y revenir. N’étant pas assez au fait des méthodes d’étude scientifiques, même si j’ai saisi celles-ci en lisant ce rapport, j’avoue que certains éléments non scientifiques m’ont surpris.

Un exemple : la critique des travaux de Jean-Claude Herniou, du moins le résumé qui en est fait va totalement à l’encontre de ce que j’ai lu de son article publié sur le Site de l’Ostéopathie par mes soins « Le mécanisme respiratoire primaire n’existe pas ».

Son étude sur le mouton cherchait « à évaluer et à comparer la mobilité de la suture et de l’os frontal du mouton soumis à faible contrainte (p.99 du rapport).

Or de cette étude, il en est ressorti pour Herniou que le MRP n’existait pas ! En effet, dans l’interview qu’il donne à la revue Æsculape (2) Herniou précise parfaitement ceci :

« Depuis 1987, j’ai la preuve que le liquide céphalo-rachidien (LCR), très cher à mes confrères ostéopathes, n’est pas le moteur de la mobilité crânienne. Le LCR n’est le moteur de rien du tout. Et, plus important encore, j’ai la preuve que le « mécanisme respiratoire primaire », tel qu’il est habituellement décrit en Ostéopathie, n’existe pas.

Quand je lis ce qui est écrit à ce niveau je suis, pour le moins, perplexe !... Il me semble que de nombreux auteurs, par culte de Sutherland, perpétuent une erreur grossière. Cette idée bien explicable pour l’époque est aujourd’hui totalement obsolète. À mon avis, elle décrédibilise l’ostéopathie ».

Fallait-il donc tout cela pour démontrer ce qui est déjà démontré ?

Rappelons également que Sutherland s’est largement servi des écrits de Swedenborg (1688-1772) pour inventer son MRP. Et quitte à être iconoclaste, Sutherland a simplement rajouté le mouvement des os du crâne et celui du sacrum entre les iliaques à la théorie de Swedenborg exposé dans son livre « The Brain » (3).

Cela dit, je n’ai aucune disposition scientifique pour aller à l’encontre des démonstrations faites dans ce rapport. Par contre j’aurai plusieurs petites observations à faire sur sa forme, à savoir quelques imprécisions, de rares mais surprenantes fautes d’orthographe, et des conclusions qui me surprennent.

Bien que le concept d’ostéopathie crânienne soit fort bien exposé dans ces pages, les auteurs ont du mal - il faut les comprendre - pour bien analyser ce qu’est le MRP et ce qu’est l’IRC ou l’impulsion rythmique crânienne (4) au point, semble-t-il, parfois de les confondre :

« Le fait de percevoir un phénomène rythmique et de pouvoir caractériser sa fréquence ne permet pas de conclure quant à l’existence du phénomène rythmique, encore moins quant à l’existence d’un MRP ou IRC » (p.73 du Rapport).

S’il est existe des certitudes en ostéopathie crânienne, c’est celle du sens que les ostéopathes donnent à l’abréviation MRP et notamment au « M » : c’est un mécanisme et non un mouvement. Même si cela est faux, au sens où le mécanisme n’est pas démontré scientifiquement, le MRP est et reste un mécanisme et en tant que tel il est impossible de soutenir que c’est un phénomène rythmique que l’on pourrait palper…

Et plus loin encore :

« Il est important de préciser que dans cette étude [Frymann 1971] n’est pas évoqué un mouvement des os du crâne entre eux, mais un mouvement crânien global, de type MRP ou IRC » (p.93 du Rapport).

Le MRP pas plus que l’IRC ne sont des mouvements globaux. Le MRP est un essai d’explication donné par Sutherland, une sorte de formalisation explicative, d’hypothèse liée à la palpation qu’avait Sutherland, mais n’a jamais été donné par son créateur comme une vérité scientifique absolue. Ce sont ses élèves qui en ont fait une théorie qui se voudrait scientifique pour essayer d’expliquer ce que ressent un ostéopathe quand il met les mains sur le crâne. Le Dr Dominique Bonneau a essayé d’éclairer ce phénomène de palpation dans un article publié dans la revue de Médecine Manuelle Ostéopathie (5). Mais le fait d’avoir voulu en faire une théorie scientifique pure et dure a amené les ostéopathes crâniens à s’enfermer dans une conception qui ne devrait plus avoir cours, même si leur palpation pourrait avoir un sens…

De même le concept de MRP est vu non pas comme un mécanisme mais comme un mouvement développant une force interne et provoquant une mobilité du sacrum :

« Sutherland pense que le sacrum est mobile entre les iliums. Il qualifie cette mobilité d’involontaire, car elle ne serait pas liée à une activité musculaire. Des forces externes comme internes (à l’instar du MRP) pourraient en être responsables » (p.29 du Rapport).

Ailleurs, il est fait référence à un projet de loi sur l’ostéopathie initié par le professeur Debré, projet de loi particulièrement contesté à l’époque et qui n’a jamais été discuté à l’Assemblée nationale et encore moins en commission. Pourquoi les auteurs font-ils référence à ce projet Debré, qui n’a ni queue ni tête ? (6) :

« Pour un rappel historique de l’évolution du cadre législatif de l’ostéopathie, nous renvoyons à la proposition de loi portant sur la création d’un Haut Conseil de l’ostéopathie et de la chiropraxie enregistrée à la Présidence de l’Assemblée nationale le 21 septembre 2011 (dite proposition de loi Debré). Elle rappelle notamment que jusqu’en 2002, « l’exercice de l’ostéopathie et de la chiropraxie était réservé aux seuls médecins, toute autre personne pratiquant ces disciplines relevait de l’exercice illégal de la médecine » (p. 52-53 du Rapport).

Mais pourquoi n’ont-ils pas noté dans leur rapport que les manipulations dites d’ostéopathie et de chiropraxie ne sont devenues réservées qu’aux seuls médecins par un arrêté du 6 janvier 1962 :

Article 2 :

Ne peuvent être pratiqués que par les docteurs en médecine, conformément à l’article L. 372 (1°) du code de la santé publique, les actes médicaux suivants :

1° Toute mobilisation forcée des articulations et toute réduction de déplacement osseux, ainsi que toutes manipulations vertébrales, et, d’une façon générale, tous les traitements dits d’ostéopathie, de spondylothérapie (ou vertébrothérapie) et de chiropraxie.

Arrêté du 6 janvier 1962 fixant liste des actes médicaux ne pouvant être pratiqués que par des médecins ou pouvant être pratiqués également par des auxiliaires médicaux ou par des directeurs de laboratoires d’analyses médicales non médecins.

Avant cette date, les quelques ostéopathes et chiropracteurs existants, les kinésithérapeutes et les quelques gymnastes médicaux qui exerçaient encore, pratiquaient les manipulations vertébrales...

Une autre imprécision surprenante pour des scientifiques, c’est d’associer le new âge avec la Société de théosophie :

« … Passé par la Société théosophique de Helena Blavatsky, association ésotérico new-ageuse empruntant nombre de ses concepts à l’Hindouisme, à l’occultisme et à l’astrologie, Steiner fonda ensuite la Société anthroposophique… » (p.136 du Rapport).

Je reste confondu devant cette assimilation, non pas que je sois un adepte de la Société théosophique, mais parce que je me suis posé la question de la date de création de cette société. Si on en croit Wikipédia (7), la Société théosophique a été « fondée à New York le 17 novembre 1875, par Helena Petrovna Blavatsky, ainsi que par le Colonel Henry Steel Olcott et William Quan Judge ».

Mais qu’allait donc faire le new âge en cette affaire même si ses adeptes ont cherché dans les écrits anciens des références et des appuis ?

Il reste à dire quelques mots de l’orthographe. Je suppose que le clavier n’avait pas toujours les accents français car de très nombreuses fois nous trouvons ou au lieu de où ce qui perturbe momentanément la lecture. Et que dire alors de cette confusion de verbe :

« Nous considérons que l’expérience minimale est le fait d’avoir terminé une formation spécifique à la pratique. Il nous semble en effet indispensable, en tant que patients, de ne pas devoir attendre qu’un praticien est (sic au lieu de ait) plusieurs années d’expérience pour pouvoir fonder ces choix thérapeutiques sur des examens reproductibles » (p.158 du Rapport).

Finalement c’est bien peu de choses, et je me suis même posé la question de savoir : fallait-il le signaler ?

Que conclure de ces 286 pages ? je crois avoir montré sinon démontré que pour moi le concept d’ostéopathie crânienne n’a pas de valeur en soi, qu’il n’est pas un énoncé scientifique, qu’il ne sera - je le pense sincèrement - jamais démontré comme tel. Par contre le fait de mettre les mains sur un crâne a sûrement des effets autres que ceux d’un placebo, mais cela reste encore à démontrer.

Me vient alors la conclusion évidente : toutes ces personnes qui ont fait des études pour prouver la justesse de l’ostéopathie crânienne - je n’ose les appeler savants bien que certains soient de vrais chercheurs - n’ont pas su trouver les moyens de rendre leurs études scientifiquement démontrées et démontrables par manque de moyens financiers, par manque d’intérêt à la démonstration scientifique, par manque de temps, pressés qu’ils étaient de démontrer ce qu’ils faisaient, peut-être plus par manque de formation scientifique… Quel dommage qu’il n’y ait pas eu de CORTECS à l’époque de Sutherland aux USA !

Enfin, l’esprit humain n’est-il pas fait de telle sorte qu’il lui faille toujours chercher la preuve de ce qu’il fait et de ce qu’il pense. Me vient alors ce qu’en écrivait Éric-Emmanuel Schmidt (8) :

« Comme ils ne supportent pas l’ignorance, les hommes créent les savoirs. Ils inventent des mythes, ils inventent des dieux, ils inventent un dieu, ils inventent des sciences. Les dieux changent, se succèdent, meurent ; les modèles cosmologiques également, et ne persistent qu’une ambition, celle d’expliquer ».

Candide

Jean-Louis Boutin

Notes

Source des images 

=> Image de titre : Wikipédia - article Candide. L’image est sous-titrée : « On jouait gros jeu. Candide était tout étonné que jamais les as ne lui vinssent » (chap. XXII).

=> Photo de Helena Blavatsky  : Wikipédia - Portrait d’Helena Blavatsky en 1877 à New York.

1. Nous employons comme les auteurs du rapport le terme d’ostéopathie crânienne pour simplifier, mais nous aurions préféré l’ostéopathie dans le champ crânien, car c’est ainsi que l’inventeur du « crânien » l’a donné.

2. Interview de Jean Claude HERNIOU, Ostéopathe D.O. DGBM par Guy ROULIER D.O. parue dans la Revue Æsculape n° 10 de Janvier -février 1998

http://www.osteopathie-france.fr/l-osteopathie/comprendre-losteopathie/osteo-cranien/mise-en-cause/624-le-mrp-nexiste-pas

3. Emanuel Swedenborg - The Brain considered anatomically, physiologically and philosophically.Edited, translated and annotated by R. L. Tafel, A.M., Ph.D., in four volumes. Volume I : The cerebrum and its parts. James Speirs London 1882,

https://archive.org/details/brainconsidered00tafegoog

4. Nous renvoyons à l’étude princeps de Patrice Tidière DO MRO(F) -Impulsion rythmique n’est pas Mécanisme Respiratoire Primaire paru dans la revue Ostéo, la revue des ostéopathes n° 51 - Janvier 2000

5. Dominique Bonneau, « La peau du crâne », Revue de Médecine Vertébrale et des articulations périphériques Avril 2004, n° 13, p. 40-44

6. Voir Dossier du projet de loi sur le site

7. Article de Wikipédia sur la Société théosophique

8. Éric-Emmanuel Schmidt, La nuit de feu, Albin Michel, 2015, p.68-69.



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