L’Ostéo4pattes

Le Mouvement à partir du Coeur

Une invitation à danser sa vie, avec ou sans les chevaux
Créé le : samedi 25 avril 2015 par Eric Ancelet

Dernière modificaton le : vendredi 1er mai 2015

Je reprends l’écriture de ce texte le 28 mars 2015. Une longue pause, car j’ai perdu le goût de ce plaisir solitaire, figé devant un ordinateur, écrire sans savoir qui lira, dire à qui n’entend pas, comme le dernier des hommes sur Terre adressant son message au Cosmos silencieux !

A cela je préfère les mots partagés dans la présence des corps, ou mieux, l’absence de mots, la puissance d’un silence ou d’un geste partagé dans l’authenticité de la présence. L’antique transmission orale, de bouche à oreille, qui fut l’apanage de peuples considérés aujourd’hui comme moins civilisés (bien que « premiers »), mais auxquels je dois reconnaître cette qualité essentielle d’avoir honoré la terre sur laquelle ils marchaient, quand d’autres, créateurs d’écriture et d’agriculture, la détruisent avec une remarquable ténacité.

Donc, plutôt des mots dits que des mots écrits, plutôt des maudits que des bénis oui oui.

Et au delà, et très vétérinaire en cela – car comment guérir un animal assigné aux quatre murs de notre résidence, réduit au silence des corps ? je reconnais la primauté absolu du mouvement des corps sur le mouvement des mots, de la danse sur la rhétorique.

Ostéopathes et acupuncteurs, praticiens de la libre circulation des énergies, nous cherchons obstinément à redonner du mouvement. Mais nous, quand et comment bougeons-nous ?

Voici mon premier jet, revu et complété ces jours-ci :

Ce texte est issu de mon vécu lors du Colloque Vetosteo de juin 2014 à Saint Girons en Ariège, et des réflexions qui en ont découlé.

Les 20 et 21 juin, j’ai eu l’opportunité d’animer quatre fois un atelier de deux heures intitulé « L’Écothérapie, une approche globale de la relation homme/animal », ateliers suivis et couronnés par une conférence de trois quart d’heures. Cette expérience très enrichissante – de très belles rencontres m’a permis de mieux saisir la portée de ce concept original émergé après trente cinq années de pratique des thérapies dites « alternatives  » auprès des animaux – plus particulièrement le cheval – et de leurs accompagnants humains (comme référent vétérinaire, mais aussi en tant que psychothérapeute, maître de stage, écrivain, conférencier, danseur ...).

Au fil des heures, jours et années passées à me confronter, rencontrer, lire, écouter, apprendre, expérimenter, trouver les mots, les postures et attitudes justes, des liens se sont établis ou confirmés, approfondis et renforcés, entre des approches fort éloignées a priori les unes des autres, mais qui toutes habitent mon cœur.

Aux multiples facettes d’une médecine vétérinaire résolument non conventionnelle, dite alternative, et en passant par la biophysique, la bioélectronique Vincent, la géobiologie, prémices de l’approche quantique du réel (tout est là, tout est possible, à chaque instant et en tout lieu), se sont rajoutés la psychologie des profondeurs de C.G.Jung, l’anthroposophie de R. Steiner, la danse comme mouvement intégré et plein de sens, l’écothérapie, la permaculture, plus récemment le yoga … approches qui toutes parlent d’écoute et d’observation, d’équilibres, de relations, de liens affectifs, de façons diverses de (se) (re)mettre en mouvement, de coévoluer, de chercher du sens, d’apporter du bienêtre, de trouver un chemin qui a du cœur vers l’harmonie, la guérison, dans tous les règnes de la création, ensemble, les uns par et pour les autres. Amen.

Je n’écris plus, et pourtant je suis en train d’écrire. Je propose ici une ouverture illimitée, de l’esprit et du cœur, du regard et du geste, ouverture soutenue par une forte intention d’intégrer justement tous les éléments de l’écosystème dans lequel je me meus dans l’instant présent (un jardin, un lieu dit, privé et domestiqué, ou cohabité et sauvage, une région, une planète ...), une ouverture à la fois théorique et pratique, depuis les mains du thérapeute en contact avec le corps animal, jusqu’à l’infini des possibles, ou mieux, l’infini des peaux cibles sur lesquelles vous poserez vos regards et vos mains.

Ce « mouvement à partir du cœur » pourrait être expérimenté au cours d’une séance de biodanza, et si affinité une rencontre prolongée sur un, deux ou trois jours, réservée aux vétérinaires ostéopathes, associant cercles de parole, séances de « mise en mouvement des corps à partir du cœur », pratique de l’écothérapie en présence des chevaux médiateurs... Ceci est une proposition. A bon entendeur, salut !

« Accompagner l’individu en souffrance en harmonisant tous les aspects de sa relation au monde, tel est le fondement d’une médecine réellement évolutive que nous pourrions nommer écothérapie » Hippothèses Livre 2, Naître et Grandir – Moments d’une vie équine

Je présente l’écothérapie comme l’art de prendre soin des relations. Ce qui, entre l’un et l’autre, troisième terme invisible, donne réalité et sens à l’autre comme à l’un. Je propose de dénouer les attachements qui aliènent, pour créer ou recréer des liens qui libèrent l’authentique en nous, autour de nous, entre nous.

On peut écrire aussi échothérapie, une thérapie qui fait écho, qui crée des résonances, pour un commerce équitable entre espèces. S’agit-il ici d’une science exacte, d’un ensemble de techniques transmissibles par un enseignement ? En aucun cas. C’est un support de réflexion multidisciplinaire sur l’origine et le sens de la santé et de la maladie, sur les mystères de la co-errance des espèces en coévolution, en co-création permanente du réel. C’est avant tout une expérience à vivre ensemble, dans la présence et le mouvement des corps, une façon d’interpeller l’inconscient commun à tous (et pour cela qualifié de collectif) pour y trouver des réponses, un plan de route, une marche à suivre.

Jeu de mots dans le miroir des maux du Je (l’Ego est un Je d’enfant), les cothérapies décriraient les mille façons de (se) soigner ensemble, tant il est difficile de savoir, dans la diversité des rôles, dans l’extrême complexité des liens, de l’espace et du temps, qui est qui, et qui prend soin de l’autre …

Mais n’allons pas trop vite en besogne.

Si je dessine au tableau une pyramide (de Maslow ?), je placerais à la base la puissante fondation d’un Doctorat Vétérinaire en bonne et due forme, puis couche après couche toutes les études et recherches peu conventionnelles, les acquisitions, les lectures, les rencontres, les expériences, un ensemble très dense de matière que trente cinq années de pratique ont compostée jusqu’à constituer ce terreau très fertile sur lequel, tout au sommet de la pyramide, a éclos la fine fleur de l’écothérapie. La fleur à peine émergée poursuit sa croissance en spirale vers la lumière, et elle nous invite à la suivre dans les espaces permaculturels où elle se déploie. Chacun de nous a sa pyramide, dont l’ultime pointe invite à de très fructueuses convergences, les uns vers les autres, et ensemble unis vers …

Chacun de nous est ici et maintenant une part essentielle de la biodiversité qui faisait et fera le juste équilibre et la beauté de ce monde.

J’esquisse ensuite, sur le même tableau, une silhouette humaine et une silhouette animale que je voudrais équine. Et je demande : « que voyez-vous » ?

Il m’est répondu « un bipède et un quadrupède », ce qui est juste selon cette vision occidentale qui ne voit d’abord que les pleins. Mais encore ? Un espace vide entre les deux. Oui ! Mais est-ce un espace vide ? L’esprit occidental soucieux de rationalisme conçoit parfois sans les percevoir ces vides qui ne le sont pas, et dans le meilleur des cas décèle, interroge, corrige si besoin est cet invisible, immense champ d’énergie que nos corps déforment et dont ils se nourrissent, champ riches en vibrations et informations de toutes sortes qui créent sans cesse entre les éléments plus tangibles, des relations.

Entre l’Un et l’Autre il y a toujours une infinité de possibles dans la plénitude d’une relation.

Troisième terme et Maître Mot, l’entredeux, res media qui a donné le mot remède, support visible ou invisible de toute guérison.

Donc, un cheval et son accompagnant humain, le second apparemment responsable et parfois propriétaire du premier. Deux c’est bien, mais entre deux points ne peut passer qu’une ligne.

Pour qu’une forme apparaisse, une structure, il faut au minimum trois points. Sur la feuille blanche, une seconde silhouette humaine vient évoquer le thérapeute.

Triangulation, jeux de rôles, la situation devient immédiatement plus complexe, et pourtant nous n’avons pas encore ouverts, ni les yeux ni le cœur, sur l’infini de l’alentour, le paysage, le biotope où se déroule la rencontre. L’équin est « malade », l’humain responsable agacé, inquiet, coupable, et le troisième apparu, l’humain soignant, est censé être compétent à donner du sens à cette complexité, en défaire tous les plis pour accéder à la simplicité d’une guérison sans récidive ni effets secondaires nuisibles.

Si le premier est « malade », qui, ou quoi, est responsable du mal (nous parlons d’étiologie, l’étude des causes, qui est trop souvent l’art de projeter sur l’autre notre responsabilité en désignant un bouc émissaire, un coupable, si possible étrange et étranger) ? Nous passerons sans insister sur le fourre-tout conventionnel du « mauvais microbe (ou ver) », du « mauvais gène », du hasard, du « coup de froid », et autres causes chères aux pasteuriens et darwiniens de tout … poil.

Le premier point qu’il est nécessaire d’évoquer concerne les besoins fondamentaux de l’espèce, ou plutôt des espèces en présence. La non-couverture des besoins fondamentaux (instinct migratoire, quête alimentaire, physiologie digestive, instinct grégaire, sexualité et procréation, liens affectifs ...) constitue chez les mammifères que nous sommes un ensemble de contraintes psychophysiologiques (stress) qui est cause essentielle de mal-être, souffrance, dépression, rupture d’adaptation et décompensation, effondrement psycho-neuro-endocrino-immunitaire, pathologies multiples et variées.

Il faudra donc ouvrir les yeux sur ce qui se trouve très largement autour du « patient », son environnement du point zéro du symptôme à l’infini des espaces et champs perturbés, air, eau, terre, flores, faunes, structures humaines trop humaines … et se renseigner a minima sur l’habitus, mode de vie et nutrition, de l’équidé en souffrance.

C’est au second bipède qu’est exposé le problème ayant motivé la consultation, un trouble dans la relation, et c’est lui qui va établir l’anamnèse (terme que l’on pourrait traduire par restaurer la mémoire, ou plutôt supprimer l’amnésie, ce qui en psychothérapie peut prendre des années).

La situation de ce bipède est particulière. S’il a été formaté dans une École Vétérinaire, fondement de sa pyramide sociale au sortir de l’enfance et du foyer parental, alors il ne peut regarder que du côté de l’animal. Nous n’évoquerons pas ici le chemin tortueux qui l’a conduit d’une médecine palliative et iatrogène, dite « conventionnelle », aux médecines autres qui considèrent des champs plus vastes et qui pour cette raison se disent « globales » ou « holistiques ». Nous espérons simplement qu’ils seront nombreux, nos confrères, à s’égarer hors des sentiers battus.

Fin du premier jet. Long silence de plusieurs mois.

Reprise le 28 mars 2015.

Nous disions que le vétérinaire n’est pas censé regarder le propriétaire de l’animal comme un patient, un être en souffrance, dont la complainte serait « j’ai mal à mon cheval » ou « j’ai mal à mon chien ».

Sauf à considérer le dit animal comme un organe externe, un support idéal et idéalisé de transfert ou de projection d’un ensemble considérable de conflits, émotions, frustrations ... que le corps animal va, dans l’absence des mots et la restriction du mouvement, évacuer par somatisation.

La médecine vétérinaire, dans ses aspects non symptomatiques non palliatifs, est pour une bonne part – euphémisme de l’éthosociopsychopathologie humaine …

Citation : « au-delà du « hasard » et de la « fatalité », au-delà des causes amplement rebattues et toujours décevantes telles que « mauvais microbe » ou « mauvais gène », cette proposition consiste à chercher l’origine du mal-être animal dans un contexte élargi dont l’humain serait l’épicentre, un humain confronté à certains conflits et situations existentielles douloureuses systématiquement perçus, amplifiés et exprimés par ses commensaux domestiques sous forme de troubles et « maladies » divers ».

Jusque là, rien de bien extraordinaire, c’est l’histoire de l’animal malade de l’humain.

« A partir de cette hypothèse originale d’une « psychosomatique croisée », la maladie animale (comparable ici à la maladie « infantile ») sera considérée comme un message sans paroles délivré symboliquement par le ou les organe(s) en résonance analogique avec le ou les conflit(s) humain(s) encore sans solution, non verbalisé(s) et bien souvent complètement inconscient(s). »

Les conflits en question sont individuels et/ou collectifs, avec pour corollaire, des environnements profondément dégradés qu’il serait possible de réaggrader par une approche permaculturelle respectueuse du vivant sous toutes ses formes.

Les trois décrits ci dessus, le propriétaire responsable, l’animal en souffrance, le thérapeute, forment le trio indispensable à la mise en œuvre d’une séance d’écothérapie.

Si toutefois ils parviennent à concevoir un autre type de relation que celui eminemment toxique médiatisé quotidiennement par les aliments industriels, les vaccins, la phénylbutazone, la cortisone, les antibiotiques, les vermifuges issus de la chimie de synthèse.

En écothérapie, le trio bourreau (le propriétaire), victime (le cheval), sauveur (le thérapeute), évolue vers d’autres fonctions : un humain en quête de sens, un médiateur/medium/miroir (le cheval ou les chevaux « volontaires »), un facilitateur de l’émergence d’une réponse juste.

L’écothérapie est une équithérapie.

C’est l’humain qui est considéré « en souffrance ». C’est lui qui, s’il devient capable de cesser ses projections, de transformer sa vision du monde, libérera l’animal de ses somatisations.

S’il s’agit d’écothérapie en action, il y aura autour des trois un cercle bienveillant de personnes, témoins de l’expérience avant d’en être à leur tour l’un des acteurs comme consultant. Le « groupe » permet d’amplifier le « champ sémantique », autrement dit la puissance, la conscience et le sens de ce qui émerge là.

La mise en scène, psychodrame ou constellation archétypale, consiste donc à mettre en présence humains et chevaux, à entrer dans le « temps cheval » afin de passer du temps chronos horizontal au temps kairos vertical (le célèbre et très recherché « moment présent »), de s’aligner sur l’axe du Soi et de recevoir de là une réponse. Il s’agit « tout simplement » d’entrer dans un espace et un temps sacrés.

La quadrature du cercle des Alchimistes, explicitée par Carl Gustav Jung, nous apprend que toute trinité implique toujours un quatrième terme, inconscient et mystérieux, ici le Soi (une façon laïque de nommer le divin), une instance de l’inconscient collectif, ou peut-être plus profondément de l’inconscient vital, d’où viendra dans l’instant présent, une réponse à la question posée.

Et d’ailleurs, quelle que soit la question exprimée par le consultant, l’inconscient répondra toujours à la question essentielle. Les chevaux valident sans erreur possible l’authenticité de l’expérience, qui sera ultérieurement mise en mots lors des groupes de parole.

Cette mise en présence du Mystère entre humains et animaux médiateurs, sera très
profitablement précédée par une ou deux séances de biodanza, afin d’intégrer le groupe humain, de mettre les personnes « ensemble » dans la bienveillance et la bonne humeur.

La biodanza est une pratique à partir du corps, qui peut se définir notamment comme « une poétique de la rencontre humaine » (selon Rolando Toro Araneda, le fondateur).

Elle se donne pour but de faciliter la rénovation existentielle jusqu’à la plénitude, de restaurer l’estime de soi dans le respect de l’autre, de favoriser l’expression pleine de l’identité par un « mouvement intégré plein de sens », un mouvement réalisé ensemble à partir du cœur, chacun se révélant dans la présence de l’autre.

L’affectivité est le noyau fédérateur et intégrateur de cette proposition. Intégration est ici le maître mot, qui s’oppose à dissociation, laquelle consiste à dire ou faire à l’opposé de son ressenti, de son besoin. Dans ce sens, la biodanza est réellement un processus de guérison.

Je n’ai pas écrit ce texte pour les mots. Peu de mots sont à même de traduire l’expérience vécue – la vivencia en biodanza ou en écothérapie. Les mots atrophient le réel.

J’ai écrit pour créer du lien, donner envie de se réunir pour vivre l’expérience. Si nous décidons de le faire, si nous osons nous rencontrer au delà des titres, compétences, pratiques et techniques qui sont les nôtres, au delà des mots écrits ou dits, la proposition s’adresse à un groupe de personnes réunies pour une première séance de biodanza, et au delà peut-être, un événement de deux ou trois jours en présence des chevaux. Lorsque ces personnes se seront manifestées, nous chercherons des dates et des lieux. Une expérience de rencontre avec Soi dans la présence de l’Autre humain et animal, afin de susciter d’autres types de relations et je l’espère un nouveau modèle co-évolutif plus respectueux des besoins des uns et des autres.

Éric Ancelet, Docteur Vétérinaire, psychothérapeute

pour me joindre : 05 61 68 26 29 / 06 45 65 17 16 (sms) / ancelet.eric chez orange.fr



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