L’Ostéo4pattes

K118 - Torticolis sur un Python Réticulé.

Créé le : samedi 29 mars 2014 par Patrick Chêne

Dernière modificaton le : samedi 9 décembre 2017

Un python Réticulé femelle souffre d’un "torticolis". A la base du cou elle présente plusieurs vertèbres qui font voir une angulation anormale avec le reste de la colonne. Cette angulation est très ancienne, elle a déjà une fois il y a plus d’un un an été traitée avec succès par ostéopathie et cette fois ci, elle persiste depuis plusieurs mois.

L’angulation est variable, elle s’accentue en cas de stress et lors du nourrissage.
Mais cela ne gêne pas cette femelle dans les fonctions essentielles.

Aucune radio n’a été passée, le propriétaire convaincu que c’est musculaire, n’a pas non plus parlé de cela à son vétérinaire habituel. Et aucun traitement médicamenteux n’a été instauré.

Il est décidé de tenter un traitement ostéopathique.

En effet, pour l’ostéopathie un "torticolis" n’est très souvent rien d’autre qu’une dysfonction et non une lésion, une innervation devenue dissymétrique des muscles paravertébraux, dont un des côtés est plus tendu que l’autre. La plupart du temps, cette dissymétrie est le simple fait d’un dysfonctionnement des ganglions de la chaîne paravertébrale dont le seuil de sensibilité est abaissé (notion de lentille neuronale) . Et il suffit alors de modifier par une astuce manuelle quelconque le tonus des muscles hypertendus et en retour le seuil de sensibilité du ganglion innervant le muscle en question.

Par où on commence ????

Les concepts habituels de l’ostéopathie, vertèbre par vertèbre ne sont pas pertinents sur cette femelle de plus de 6 mètres de long et au nombre indéterminé de vertèbres, car les repères anatomiques des vertèbres n’ont pas été décrits dans aucun cours que je connaisse, ni leur mobilité intrinsèque n’a été codifiée comme par exemple pour les lombaires humaines avec des lois dites de Fryette. Il est donc hors de question d’utiliser des tests de mobilité de chaque vertèbre.

Ce sont ici la tenségrité et les techniques qui en dérivent qui vont nous permettre de trouver un guide pour la main. La tenségrité est une notion d’architecture dont les équations nous permettent de dire qu’un système dit "en tenségrité" est un système :
- auto contraint, in extenso il tient en équilibre par la simple répartition de ses forces internes indépendamment des forces externes qui s’exerce sur lui (pesanteur, pression quelconque)
- il est auto résiliant, in extenso une pression ou une traction que l’on exerce sur lui le déforme et il revient en place des que l’on cesse l’application de la force externe, sauf si la force appliquée dépasse la capacité d’absorption du système qui alors flambe (terme consacré pour dire qu’il se casse...). L’application progressive de la pression permet de dégager une courbe dite courbe en J, ou au début la pression semble "fluidifier" le système.

Cette photo montre bien le lieu de la raideur et de l’angulation, alors que toutes les courbes de l’animal sur le carrelage sont fluides et harmonieuses, cette zone de 10 cm juste derrière la tête, présente des plis et une raideur inhabituelle, la main est ici sur la principale zone en dysfonction, il y a une perception tactile mais pas d’anomalie visuelle

Il se trouve qu’il a été prouvé par de nombreux travaux qu’une cellule fonctionne en tenségrité avec son cytosol et son cytosquelette. Pour fonctionner au mieux une cellule a besoin d’être fluide et des tensions excessives la perturbe dans sa chimie. De plus le phénomène de mécano transduction connu de longue date, nous permet de dire que plus elle a de pression, plus elle se liquéfie et plus elle est souple et en meilleur état de fonctionnement.

A ma connaissance par contre aucune démonstration scientifique de la tenségrité à l’échelle globale du corps n’a été faite. Pourtant la pratique de l’ostéopathie nous permet de penser qu’on a toutes les raisons de croire que ce qui est vrai pour la cellule est vrai pour un amas de cellules : un tissu, un organe, un corps dans sa globalité. Ce qui nous permet d’utiliser avec succès des techniques de pression (tissulaire) ou des techniques vibratoires qui agissent localement ou globalement sur un corps à propriété tenségritive.

Aussi le plus "simple" est de s’apprendre à déterminer à la main les points où les cellules semblent plus dures et plus denses et de travailler ces zones par des pressions, vibrations ou autres techniques appropriées. Il faut donc en passer par un apprentissage de sa sensibilité manuelle et un étalonnage de ses sensations, ce qui est la limite du processus explicatif d’un cas vu en ostéopathie à un néophyte : la consultation ostéopathique passe toujours par une phase de perception descriptible mais non prouvable sauf à la faire percevoir par une autre main entraînée.

Pour ce qui est de cette femelle, le résultat de la perception est assez inattendu et pour tout dire sans repère d’expériences antérieures qui fonderaient les sensations trouvées ce jour là, sur ce cas là. Mais c’est aussi un avantage puisque sur des principes large (la tenségrité) et même sans connaissances précises (dans ce cas introuvables) on peut toutefois agir au mieux et avec peu de moyens.

Diagnostic :

Un diagnostic ostéopathique est une suite de tests qui mettent en relation les différentes dysfonctions trouvées. Il sera suivi par une suite de gestes techniques pour tenter résoudre les dysfonctions principales et terminé par de nouveaux tests qui confirment l’évolution de la situation.

C’est ainsi qu’il a été trouvé deux zones attirant l’attention :
- la perception d’un cisaillement fascial juste en arrière du crâne au niveau des premières vertèbres.
- Et un mètre plus loin une sensation très dense en paravertèbral à gauche dont la tension semblait faire faire un arc aux vertèbres périphériques à cette tension, le tout sur une zone d’environ 20 cm.

Dessin naïf des perceptions manuelles et du visuel à la première consultation et à la deuxième deux mois plus tard, les symptômes sont largement amendés, même si l’on trouve des traces (en rouge) des tensions initiales à la deuxième consultation

Autant le cisaillement fascial était attendu au niveau de la cassure, autant n’en trouver qu’un en début d’anomalie et pas à la fin était moins évident. Et la perception de ce globe de tension en périphérie de la colonne fût une sensation assez inédite que je n’ai pu rattacher à rien de connu dans mon expérience d’ostéopathe, ce n’était même pas une sensation fasciale ou viscérale.

La résolution des tensions trouvées est passée par la mise en pression des zones concernées et ce qu’on appelle un déroulement fascial, c’est à dire suivre les mouvements ressentis à l’intérieur du tissu. A la fin de la consultation, la sensation de dureté des zones concernées disparait.

A ce stade, on sait que l’on a trouvé une anomalie dans la perception des tissus, qu’on a appliqué une manœuvre ostéopathique, que les tests effectués en fin de séance montrent une diminution ou une résorption de l’anomalie qui est légèrement perceptible visuellement. Mais l’on ne peut rien dire de plus.

L’évolution de la modification tissulaire se poursuit habituellement sur une à deux semaines et seule ici l’observation de l’animal en particulier au moment du nourrissage permettra de dire si il y a amélioration.

Un mois plus tard, le propriétaire donne par mail ce commentaire :
- "J’ai nourri la femelle python réticulé cette semaine. Elle a mangé sans faire de mouvement anormal au niveau du cou. Il serai bien toutefois si vous passer par là de la revoir."

Une deuxième consultation est donc réalisée deux mois après la première et donne le résultat suivant :
- l’anomalie visuelle tout en s’étant atténuée n’a pas totalement disparu.
- la sensation de cisaillement derrière le crâne n’est plus là.
- le globe tendu en para-vertébral à gauche semble toujours là, beaucoup moins tendu, beaucoup moins gros (sensation divisée par 4 en volume et au moins par 10 en tension)
- Mais il a été compensé par un globe symétrique de même taille et même tension, à droite et légèrement en arrière.

Je suis incapable de donner la signification de cette compensation, faute d’expérience analogue antérieure. Il faudra donc attendre le résultat clinique et une éventuelle troisième consultation pour savoir ce qu’il advient de ces deux zones ....

Ce cas est très démonstratif des difficultés de l’ostéopathie à se faire une place au "soleil" de la raison. Même si les concepts de fonctionnement peuvent s’étayer, il vient un moment où l’explication doit céder la place à "l’art" ostéopathique, où les sensations nous ont emmené plus loin que ce que l’on peut raisonner en médecine habituellement (dichotomie et arbre décisionnel). On pourrait se sentir intellectuellement frustré, mais le pragmatisme et la satisfaction d’avoir aidé à la résolution du cas avec peu de moyens sont aussi pourvoyeurs de bonheur professionnel intense. Et l’ostéopathie se révèle un excellent outil pour manier la complexité quand la voie analytique a échoué de manière intrinsèque ou parce que les moyens demandés par cette méthode étaient hors de portée. Le diagnostic classique n’est que symptomatique, le diagnostic ostéopathique n’est pas ici explicitant, mais il a permis une amélioration nette du confort de l’animal.



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