L’Ostéo4pattes

K10 - Regard sur le chien âgé

Créé le : mardi 20 mars 2007 par Bénédicte Lucazeau

Dernière modificaton le : mercredi 29 novembre 2017

Participer au bien être de tous types de chiens qu’ils soient jeunes ou adultes est une vraie satisfaction sans cesse renouvelée.

Cet article démontre, s’il était besoin, que "vieux et arthrosique" ne sont pas synonymes d’irréversibilité. La résolution de certaines dysfonctions ostéopathiques fait gagner à l’animal une mobilité significative.

L’émotion ressentie lors d’une séance d’ostéopathie pour un vieux compagnon a une autre dimension. Le confort que l’on peut leur apporter se transforme rapidement en une joie de vivre retrouvée. L’ oeil du patient pétille comme celui d’un chiot, l’envie de jeu et de galopade reprend le dessus. Mais le retour à la ré-alité « physiologique » est souvent un frein à cet engouement !

Dégénérescence, manque d’activité.

La vieillesse et le manque d’activité sont souvent les facteurs prédisposant à l’établissement d’une dysfonction ostéopathique.
Avec l’âge les composants du segment mobile se détériorent, ce qui modifie leur souplesse et leur résistance. Les disques intervertébraux perdent leur fonction d’amortisseur, ce qui conduit lors de traumatismes ou de dépassement des barrières physiologiques à des dysfonctions articulaires puis à des discopathies.

D’autres phénomènes dégénératifs liés à l’âge du sujet entraînent une moindre souplesse du rachis comme l’arthrose, qui se caractérise au niveau dorsolombaire par la destruction progressive des cartilages articulaires et l’apparition d’ostéophytes sur les corps vertébraux dans la zone sous ligamentaire. On a ici une atteinte des structures qui concourt à la fixité des articulations intervertébrales.

Cette particularité peut être facilement observable lors du déplacement du chien en ligne droite, la région dorsolombaire n’effectue plus d’oscillations droite/gauche avec souplesse. Ce sont surtout les postérieurs qui effectuent lors de la marche une "poussée" sans réelle transmission dans le rachis. Les membres antérieurs vont recevoir cette poussée et s’actionner en "traction".

On a alors une démarche globalement saccadée et peu harmonieuse, modulable évidemment selon le stade et le lieu de "fixité pathologique".

Le manque d’activité peut être un facteur favorisant la lésion ostéopathique. En effet, les muscles para-vertébraux sont "mous" et ne jouent pas alors entièrement leur rôle contentif. Plus la synovie est sollicitée plus elle est fonctionnelle, donc en l’absence d’activité elle s’appauvrit.

Les traumas

Lorsque le chien devra exécuter un mouvement brusque, ces structures ne joueront pas complète-ment leurs rôles et cela pourra conduire également à un verrouillage articulaire. C’est le cas par exem-ple du chien qui présente une lombalgie suite à un saut joyeux du canapé vers le sol pour accueillir son maître ou une descente de la voiture précipitée.

Le chien pousse un jappement de douleur, et reste prostré dans un coin. Parfois tout rentre dans l’ordre dès le lendemain ou bien les premiers signes d’atteinte d’un segment mobile se manifestent.
La poussée des postérieurs dans un mouvement de montée devient hésitante et douloureuse (chien couché qui veut se relever ou monter des escaliers). Dans un cas ou dans l’autre, il faut rester vigilant car très souvent le vieux chien ne sort pas indemne à 100 % de cet évènement. J’ai remarqué qu’il y avait souvent une nette amélioration de la locomotion, suite à un incident tout à fait bénin, après une séance d’ostéopathie fonctionnelle. Plus l’intervention est proche de l’évènement, plus les chances de récupération sont optimisées. La dégradation physiologique est un fait naturel inévitable dans cette catégorie d’âge. La prévention par le maintien du bon fonctionnement des articulations est indispensable.

Les viscères

L’influence de l’état des organes sur l’appareil locomoteur du chien âgé n’est pas à négliger. L’ensemble musculo-squelettique par son rôle de support est responsable de la bonne position des viscères et donc de leur bon fonctionnement. Lors d’une dysfonction organique, deux contraintes atteignent l’appareil musculo-squelettique : la contrainte gravitationnelle viscéro-spatiale et la contrainte neurologique.

La première contrainte est due par exemple à l’alourdissement congestif de l’organe malade et donc de la modification de son volume. Le déséquilibre ainsi créé dans la cavité abdominale va solliciter le support rachidien et modifier les courbes rachidiennes. La deuxième contrainte est activée, souvent conjointement, lorsqu’une structure viscérale est distendue, irritée, compressée. Il en résulte donc une perturbation de la sustentation via les ligaments des viscères. Ces contraintes sont responsables de l’émission d’informations neurologiques excitatrices vers la moelle épinière créant ainsi une zone de perturbations tant au ni-veau sensoriel, moteur ou auto-nome. Une zone de douleur apparaît avec parfois des spasmes musculaires favorisant l’instauration d’un cercle vicieux.

Sans être obligatoirement dans un cadre pathologique, le simple fait d’une surcharge pondérale (souvent présente chez le chien âgé) ou d’une dis-tension stomacale, peuvent provoquer un état de contraintes citées précédemment.

Les tissus

Pour terminer sur l’état général du chien vieillissant, on constate très souvent lors de l’approche palpatoire une modification des tissus.
Le premier constat est une modification de la sensibilité cutanée soit par une hypoesthésie soit par une hyperesthésie (en relation avec le dermatome innervé via les nerfs du segment lésé).

Le deuxième constat est le changement de texture de la peau suivant une dysfonction vertébrale. Dans l’état de chronicité, celle-ci devient plus épaisse, plus rugueuse et légèrement brunâtre, donc moins élastique. Dans l’aigu ce sont surtout les différences de chaud/froid qui retiennent l’attention.

Conclusion

Chaque chien vieillissant est unique.

Son histoire est souvent encombrée d’atteintes physiques diverses et variées. Les techniques ostéopathiques devront s’adapter au cas par cas. L’objectif ne sera pas de se diriger directement à l’endroit douloureux car il peut être seulement le reflet d’un phénomène lésionnel installé depuis longtemps.

La recherche des zones de "micro et macro-mobilité" est nécessaire par un test de l’ensemble du rachis. Globalement, j’effectue un test de la pièce osseuse là où elle veut aller par le mouvement majeur de rotation sagittale, puis j’applique un second mouvement souvent mineur telle une rotation frontale (inclinaison). J’arrête pour sentir les réactions des structures sous-jacentes, puis je continue en appliquant un troisième mouvement comme une rotation horizontale en tenant toujours l’ensemble du segment.

L’accumulation des tensions ainsi effectuées va permettre à l’organisme de s’auto-corriger en retrouvant son point d’équilibre.
Des réactions physiologiques peuvent apparaître : le chien halète, tremble, etc.

Être très attentif à la qualité des tissus nous renseigne sur les limites de nos corrections : une dysfonction structurelle fixée dans le temps sera perçue par une qualité des tissus "sans vie".
Dans ce cas un travail en amont ou en aval de la lésion est préférable.
Outre les soins, il est important d’être à l’écoute de l’état psychologique du chien. Ressentir si l’envie de vivre est toujours présente ou si il a "rendu les armes".

C’est d’ailleurs ce moment précis, où se rencontrent l’envie du praticien qui veut donner du "bien-être" et celle du chien qui veut (ou non) recevoir, qui est le plus touchant, le plus émouvant.



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