L’Ostéo4pattes

ψ12 - Gants de Soi (AR)

Créé le : mardi 31 octobre 2006 par Alain Chanteraud

Dernière modificaton le : mercredi 29 novembre 2017

Lorsque Howard Gardner publia en France (1997) son Frames of Mind : the Theory of Multiple Intelligence, déjà j’étais éveillé et je faisais preuve sans doute de ce minimum vital d’intelligences qui me permettait d’aimer, de communiquer ou de jouer. Nous ne savons plus dix ans plus tard ce qu’il convient de penser de cette hypothèse, ce que l’on peut en dire, s’il faut s’en défier. Cela étant, j’ai toujours continué de croire que cette présentation cataloguée restait repérable car magnifiée, comme une évidence, chez certains autres praticiens humains. [1].

L’intelligence d’Einstein m’a le plus impressionné tout d’abord, moi qui suis tout de même d’une sensibilité littéraire... Cette capacité logico-mathématique, scandaleuse capacité à ne prendre que la juste mesure des choses, la logique scientifique qui ne souffre aucun déraisonnement me laisse sans voix. Ce type de génie n’est pas pour autant si sûr de sa science : il doute en permanence et ce n’est que par curiosité qu’il pousse vers de nouvelles conquêtes de savoir, de découvertes.

Tout comme je reste bouche bée face aux plus grandes constructions architecturales, aux œuvres de géants capables de bouger les montagnes, des aigles habiles à repérer dans l’espace les meilleurs points d’ancrage pour encore progresser, plus loin, plus haut ; ces navigateurs et ces architectes gardent un potentiel conceptuel qui les place toujours au centre de mondes qu’ils peuvent toujours dépeindre ou décrire aussi précisément que possible, aussi clairement qu’ils le voient, eux. Ils semblent tenir dans leurs mains une immensité en réduction, mais ils adaptent l’échelle de la carte à notre capacité de lecture.

J’ai aussi une tendresse particulière pour ces autres intelligences dites empathiques, celles des aptes à l’entraide, ceux dont la largesse d’esprit les dote de ce que l’on pourrait appeler « l’inter-personnalité ». On se retrouve en confiance avec ces gens-là car ils portent sur nos maux un regard doux et bienveillant. Et, face à ces personnes accueillantes pour le moins, je me suis souvent senti comme un enfant tranquille dans les bras d’une mère aimante.

Il n’est pas rare par ailleurs de rencontrer cette forme interpersonnelle chez les thérapeutes les plus habiles de leurs mains, les maîtres au doigté créatif, ceux dont le geste résulte d’une mécanique corporelle complexe et totale. Les kinesthésiques sont capables de vision digitale, car ils professent l’osmose avec la respiration même de leur vis-à-vis.

Bien entendu nous sommes tous propres à l’usage de certaines de ces intelligences (certains plus que d’autres à l’évidence) ; il en est ainsi par exemple des compétences verbo-linguistiques. J’entends bien : entre un Julien Gracq ou un Arthur Rimbaud et le poète qui sommeille en nous, il existera longtemps la distance de la terre à l’étoile... Mais ne s’en moque-t-on pas un peu ? Cela dit, certains ont bien de la chance de rêver sans encombre.

De la même manière le génie musical ou rythmique, indispensable à la reconnaissance des sons ou à la pratique d’un instrument fut-il sa propre voix, n’est sans doute pas donné à tout le monde : il est impossible croit-on de connaître deux Mozart en même temps... Je ne l’affirmerai pas ; il n’est pas si exceptionnel de croiser un individu qui impressionne par ce qu’il réalise plus facilement que nous, et les petits Mozart valent bien autant que les grands pour ceux qui les aiment.

Plus rare par contre est l’intelligence intra-personnelle, une sorte de sixième sens méconnu, l’intuition féminine fameuse qui serait par trop injuste si elle restait réservée au beau sexe : heureusement, cette capacité à comprendre les émotions, à les « contrôler » comme on le dit dans quelques disciplines orientales, se révèle et s’apprend, parfois oui, parfois non.

Enfin, il faut avouer que nous ne serions pas grand chose sans le sens de la nature qui nous permet de vivre pleinement comme acteur animal parmi des êtres biologiques, indigènes nus dans les herbes, dans les pierres et dans l’eau.

Et la neuvième intelligence ? Elle appartiendra sans doute à ceux qui savent ce qu’ils font en pleine conscience mais surtout, qui dominent déjà peu ou prou une grande part des intelligences précédentes et qui en font mystère parce que souvent, cela les a rendu sages. Ce n’est même pas être humble mais plus sûrement devenir bon comme bonheur, cet état qui rayonne des plus stables d’entre nous. La neuvième, telle une symphonie, ce sera l’intelligence sociable, celle du don, de l’équilibre zen prompt aux rapports humains durables et sains.

Je pense bien entendu aux ostéopathes qui comprennent en deux mots, qui écoutent, qui expliquent, qui touchent et qui se taisent, qui soignent ou qui soulagent, qui raniment les corps physiques et les pensées profondes, qui refondent les espoirs et dynamisent les volontés. Les femmes et les hommes ostéopathes que j’ai rencontrés sont ainsi, serviteurs du bien-être et c’est tout ! Il me semble qu’ils jouissent alors de ces intelligences multiples qui font les êtres multiples les plus généralistes qui soient et donc, les plus fréquentables par le plus grand nombre. Je pense également que parmi ce nuage de définitions, équilibre est un joli mot, un mot qui leur va comme un gant... C’est pas nouveau, mais le savoir et le redire, c’est déjà rassurant.

[1Howard Gardner est un chercheur américain (1943) spécialisé dans les sciences cognitives et de l’éducation (Harvard). Gardner est de plus en plus souvent cité dans les formations psycho-pédagogiques françaises.

La grande idée qu’il a développé dès les années 80 mais constamment reprise et travaillée depuis, notamment grâce aux multiples traductions de ses nombreux ouvrages de part le Monde, c’est que les humains (sans doute pensait-il surtout aux “apprenants” ou aux élèves en situation scolaire) ne disposent pas d’une intelligence (terme quelque peu malpropre donc), mais plutôt de plusieurs, 7 repérées dans un premier temps, puis 8 et, récemment, 9 ! Chacun étant à même de développer une, deux, ou plusieurs de ses intelligences...

Ainsi distingue-t-il les intelligences logico-mathématique, spatiale, interpersonnelle, corporelle-kinesthésique, verbo-linguistique, intrapersonnelle, rythmo-musicale, naturaliste et enfin... existentielle qui ferait appel à un certain sens sprirituel ou philosophique. Ce que je veux souligner ici, c’est la nécessité de faire appel parfois à plusieurs de ces intelligences en même temps : il me semble que c’est tout à l’honneur des ostéopathes d’en offrir le plus bel exemple



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